Que retenir de l’allocution télévisée du Premier ministre, hier soir ? Si les lycéens attendaient un geste de l’exécutif, ils ont été déçus : Sébastien Lecornu n’avait rien de nouveau à leur dire par rapport aux annonces faites lundi dernier.
Pas d’annonces pour les lycées
Il faut « prendre les jeunes au sérieux », a déclaré le Premier ministre, et les « écouter » car « leur colère ne vient pas de nulle part », sans toutefois tolérer « les violences, les insultes et les dégradations ». Préoccupé d’en finir avec le débat sur l’usage de la force dans les manifestations, Sébastien Lecornu s’est voulu clair : « Contrairement à ce que certains racontent et répètent, les forces de l’ordre n’ont pas pour instruction d’affronter les lycéens ».
Disant « comprendre les angoisses » de la jeunesse, à qui il a été demandé « des efforts considérables » pendant l’épidémie de covid-19 et qui voient « les guerres, le changement climatique, leurs parents en difficulté », le Premier ministre a affirmé vouloir « rétablir la confiance en l’avenir » de cette jeunesse. Il s’est félicité de l’ouverture d’une plateforme permettant aux jeunes d’exprimer leurs doléances. « Tout sera publié en transparence », a-t-il affirmé.
« Les premières décisions du gouvernement seront présentées à la fin du mois d'octobre. »
Sébastien Lecornu, Premier ministre
Au-delà, il s’est contenté de rappeler les « cinq chantiers » déjà évoqués dans son courrier aux ministres du début de semaine (lire Maire info du lundi 5 octobre) : les remplacements, les locaux, les rythmes scolaires, Parcoursup et la démocratie lycéenne. Mais aucune autre annonce n’a été faite pour l’instant : « Les premières décisions du gouvernement seront présentées à la fin du mois d’octobre ». Le budget de l’Éducation nationale sera débattu à l’Assemblée nationale « le 12 novembre prochain », a annoncé Sébastien Lecornu, ce qui laisse « un mois pour traduire les contributions des lycéens en amendements. (…) Chacun devra prendre ses responsabilités ». Le Premier ministre s’est refusé à faire « des promesses qui ne soient pas tenables », financièrement parlant. Il n’en a fait, en effet, aucune.
« 12 à 18 centimes » de baisse sur le gazole
En revanche, sur le deuxième sujet évoqué lors de cette allocution (l’angoisse « des familles qui subissent la hausse de l’énergie »), le Premier ministre a pu annoncer une baisse attendue du prix du diesel pour « début novembre ». À l’approche d’un appel à manifester le 17 octobre sur ce sujet et craignant sans doute que le mouvement des lycéens puisse s’agréger à une protestation de type « Gilets jaunes », Sébastien Lecornu a annoncé le « déblocage de stocks stratégiques de gasoil » qui devrait, mécaniquement, faire diminuer les prix.
Il a justifié ce choix par l’impossibilité « d’une aide générale ou d’une baisse massive des taxes », rappelant que « lors de la dernière crise énergétique [en 2021-2022], plus de 70 milliards d’euros ont été dépensés en bouclier et en aides ». « Nous ne pouvons pas rouvrir les mêmes dépenses », a constaté le chef du gouvernement.
L’avantage de la solution proposée est qu’elle ne coûtera pas un centime à l’État, dans l’immédiat du moins. De quoi s’agit-il ? Prélever « 10 millions de barils » sur les stocks stratégiques de la France et « les mettre à disposition des distributeurs » au prix où ils ont été constitués. Sur une page internet dédiée à cette mesure et mise en ligne hier soir, le gouvernement explique que le gazole qui constitue les stocks stratégiques du pays a été acheté à environ 28 centimes par litre, quand le prix du marché est d’environ 1,10 euro en ce moment. Au bout de la chaîne, cette opération devrait permettre, selon les calculs du gouvernement, une baisse de « 12 à 18 centimes » par litre, soit « 10 euros d’économies immédiates pour un plein moyen ». Cette mesure s’appliquera également sur le gazole non routier (GNR), utilisé par les agriculteurs, les pêcheurs et le secteur du bâtiment.
Évidemment, à terme, il faudra reconstituer ces stocks… et c’est là qu’interviendra la dépense pour l’État. Mais cela ne se fera pas avant l’automne prochain, et ce sera alors un autre gouvernement qui sera aux affaires.
Sébastien Lecornu s’est par ailleurs engagé à ce que le prix de l’électricité « n’augmente pas cet hiver ».
Vers de nouvelles mesures pour les agriculteurs
Enfin, le chef du gouvernement a abordé la situation des agriculteurs, rappelant que les conséquences de la canicule et de la sécheresse sont dramatiques pour cette profession : « Des milliers d’exploitations sont en péril. C’est inédit. » Des mesures nouvelles vont être annoncées aujourd’hui par la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, et le gouvernement va déposer « un plan de relance » de l’agriculture au Parlement – sans en dire plus.
Enfin, Sébastien Lecornu a évoqué la situation financière du pays et le débat budgétaire à venir. Rappelant que l’an dernier, le budget a pu être adopté grâce à des concessions faites par certains partis qui ont préféré « la stabilité budgétaire au bénéfice cynique d’une crise politique », il a fait appel au « patriotisme » des forces politiques présentes au Parlement « pour que les échanges engagés aboutissent aux compromis nécessaires ». Faute de quoi, a-t-il déclaré, la France serait « affaiblie ».
Si cette allocution du Premier ministre a été jugée décevante par les organisations lycéennes et étudiantes, et si nul n’est capable de prévoir quel impact elle aura sur une éventuelle mobilisation le 17 octobre, il semble néanmoins que le mouvement lycéen soit en recul ce matin. C’est en tout cas ce que veut faire entendre le gouvernement, qui a publié dès 8 heures le chiffre de « 375 établissements partiellement ou totalement fermés », soit « une baisse de 30 % en 24 heures ». Il faudra néanmoins attendre le reste de la journée, et notamment mesurer l’affluence aux manifestations prévues, pour savoir si le gouvernement a raison de voir arriver l’issue de cette crise.