| Édition du jeudi 11 juin 2026 |
Finances locales
« Globalement satisfaisante », la santé financière des petites communes repose sur « des équilibres de plus en plus fragiles »
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Si les dépenses d'investissement des petites villes ont été en forte progression l'an passé, celles-ci ont largement pioché dans leurs réserves pour les financer, selon une étude de l'Association des petites villes de France et de La Banque Postale qui soulignent que « les marges de manœuvre se réduisent ».
« Après plusieurs années marquées par la crise sanitaire, le retour de l’inflation et les fortes tensions sur les dépenses énergétiques et salariales, les petites villes semblent avoir préservé, en 2025, des équilibres financiers globalement satisfaisants. » Dans une étude parue en début de semaine, l’Association des petites villes de France (APVF) et La Banque Postale se félicitent de la « résilience » des 4 160 communes ayant entre 2 500 et 25 000 habitants.
Elles mettent, toutefois, en garde : cette stabilité repose sur « des équilibres de plus en plus fragiles » et les marges de manœuvre des petites communes se réduisent.
Dépenses contenues
Si globalement les petites villes dépensent en moyenne toujours plus par habitant (1 699 euros par habitant), leurs dépenses de fonctionnement demeurent « relativement contenues » avec une « augmentation modérée » de 1,1 % portée principalement par les frais de personnel (qui représentent plus de la moitié des dépenses), constatent d’abord les auteurs de l’étude. On peut d’ailleurs noter que celles des communes de 10 0000 à 15 000 habitants ont même légèrement reflué (- 0,3 %).
Une situation qui va donc à l’encontre des affirmations régulièrement portées par le gouvernement pour justifier la participation des collectivités à l'effort de redressement des finances publiques. Des « préjugés » également battus en brèche par Jean-François Debat, qui occupe pour l'instant la présidence du Comité des finances locales en remplacement d'André Laignel, et qui a rappelé mardi que les dépenses de fonctionnement de l'ensemble des strates de collectivités ont très peu progressé l'an dernier (+ 1,4 %). Malgré notamment l’augmentation des cotisations à la CNRACL.
Dans le même temps, les recettes de fonctionnement des petites villes ont progressé de 1,6 %, suivant ainsi de près la progression de 1,7 % des valeurs locatives cadastrales. « Cette hausse a permis de maintenir l’épargne brute à 5,6 milliards d’euros avec toutefois de nombreuses disparités qui se sont accrues entre les communes entre 2024 et 2025 », remarquent l’APVF et La Banque postale qui soulignent que « les communes de plus de 10 000 habitants ont montré une meilleure résilience de leur épargne que les communes de moins de 5 000 habitants », dont l’épargne brute a plongé de 3,4 % l’an dernier.
Bien que les petites villes semblent avoir préservé des équilibres financiers « globalement satisfaisants » en 2025, les auteurs de l’étude estiment néanmoins que « cette stabilité repose sur des équilibres de plus en plus fragiles ». « Si les recettes fiscales continuent de progresser, les marges de manœuvre des communes se réduisent progressivement sous l’effet de la hausse des charges structurelles et d’une dynamique des concours financiers moins favorable », préviennent-ils.
Investissement : grignotage des réserves
En parallèle, ils pointent une « mobilisation croissante des réserves pour financer les investissements », dont le niveau est resté « soutenu » en cette fin de mandat, avec une hausse de ces dépenses de 8,2 %. En particulier pour accompagner « les transitions écologique, énergétique et démographique auxquelles les territoires sont confrontés ». Une différence notable avec l'investissement des collectivités dans leur ensemble qui a, lui, ralenti (+ 1,7 %) l’an passé.
Malgré un mandat qui avait « commencé difficilement » avec la crise sanitaire, l’année 2025 semble donc confirmer « la capacité des petites villes à poursuivre leurs projets d’équipement et à répondre aux besoins de proximité de leurs habitants », jugent les auteurs de l’étude. Mais, là aussi, les situations sont disparates puisqu’une petite ville sur quatre a investi moins de 240 euros par habitant en 2025, quand un autre quart a déboursé plus de 577 euros par habitant.
Alors que les dépenses d’investissement des petites villes ont progressé de 23 % entre les deux derniers mandats, ces dernières ont pourtant limité le recours aux nouveaux emprunts - « surtout à partir de 2023 (-15 %) » – dans un contexte de remontée des taux d’intérêt. Raison pour laquelle la progression de l’encours de dette est restée limitée, avec une capacité de désendettement des petites villes qui est dorénavant de 3,7 ans.
De ce fait, « le financement des nouveaux investissements a été possible grâce à l’optimisation du recours aux subventions (notamment celles de l’État) », expliquent les auteurs de l’étude. En outre, les petites communes ont eu « davantage » recours à l’autofinancement, via leur trésorerie qui a fondu de 8,4 %. En 2025, elles ont notamment prélevé un milliard d'euros sur leur fonds de roulement. Résultat, sans être en difficulté, ces communes sont en train de consommer progressivement leurs réserves.
En 2027, « ne pas déclarer la guerre aux collectivités »
Sous la menace de nouvelles ponctions en 2026 et en 2027, les petites villes – et les collectivités en général – doivent pourtant faire face à des budgets toujours plus contraints. Ce qui pourrait avoir à terme des conséquences, notamment sur leurs dépenses de solidarité, dont les petites communes restent des acteurs importants puisqu'elles dépensent, en moyenne, 8 % de leur budget de fonctionnement (soit environ 2,5 milliards d'euros) en interventions sociales et santé.
Des craintes existent aussi sur l’investissement. Jean-François Debat dit ainsi redouter « un véritable attentisme de la part des élus [en la matière], puisque chacun anticipe le pire » et réclame au gouvernement un « changement de méthode » pour l’élaboration du budget 2027.
« Les collectivités ont déjà donné, on sait qu’il y a un effort collectif à conduire, on le fait, mais j’alerte officiellement le gouvernement sur le risque qu’il prendrait à vouloir jouer un combat inutile » avec ces dernières, vient d'ailleurs d'avertir le rapporteur général de la commission des finances du Sénat, Jean-François Husson, invitant l’exécutif à « être extrêmement prudent et à ne pas vouloir déclarer une guerre aux collectivités territoriales ».
Consulter l'étude.
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Fonction publique
Dans la fonction publique territoriale, un recours aux contractuels largement contraint selon la Cour des comptes
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Si la Cour des comptes constate une montée en puissance des effectifs contractuels dans la fonction publique, la fonction publique territoriale (FPT) enregistre une hausse moins forte que celles des deux autres versants. Si ce recours aux contractuels est largement contraint pour la FPT, il génère, selon les magistrats, des difficultés de gestion pour les employeurs territoriaux.
C’est à une tendance de fond, à laquelle aucun versant de la fonction publique n’échappe, que la Cour des comptes consacre son dernier rapport : la montée en puissance des agents contractuels.
Entre 2011 et 2023, les effectifs contractuels de la fonction publique territoriale ont augmenté de 25 %, un rythme inférieur à celui de la fonction publique de l'État (+ 46 %) et à la fonction publique hospitalière (+ 39 %). En 2024, l'intégralité de la croissance des effectifs publics (+ 0,6 % tous versants confondus) est portée par les seuls contractuels, les fonctionnaires étant quasi stables (- 0,1 %).
Des tensions de recrutement sur les postes vacants
Le rapport de la Cour des comptes souligne d’abord que le recours aux agents contractuels dans la fonction publique territoriale (FPT) relève essentiellement d’une contrainte de recrutement : les employeurs territoriaux y recourent principalement en raison de « l’absence de candidat titulaire sur les offres d’emploi » (48,9 % des cas selon le baromètre HoRHizons 2025) et de la nécessité de « faire face à des vacances d’emploi temporaires » (44,8 %). Ainsi dans la FPT, le recours aux agents contractuels est davantage subi que choisi.
Sur la nature des contrats, le rapport indique que dans les collectivités territoriales, les agents contractuels sont « pour 69 % d'entre eux, en contrat à durée déterminée (CDD) ». Concernant les rémunérations, la Cour précise que « leur salaire moyen mensuel était de 2 140 euros en 2023 contre 2 652 euros pour l'ensemble des agents publics et 2 714 euros pour les fonctionnaires titulaires », et que « 10 % des agents contractuels [perçoivent] moins de 1 482 euros net par mois ». La Cour prend toutefois soin de nuancer cette comparaison en précisant que celle-ci « a une valeur limitée en raison des différences de postes » entre contractuels et fonctionnaires.
Des projections préoccupantes à l'horizon 2033
Les magistrats dénoncent le fait que « face aux changements en cours, aucune doctrine n'émerge et ne guide l'action des employeurs publics ». Pourtant, le recours grandissant aux contractuels génère des difficultés de gestion concrètes pour les employeurs territoriaux : renouvellements de contrats fréquents, « surcoûts de gestion difficiles à chiffrer ». La Cour dénonce également un modèle source de tensions internes.
Le rapport précise en effet que « plusieurs employeurs publics et certaines organisations représentatives du personnel ont donné, lors des entretiens avec la Cour, des exemples qui concernent les affectations (les agents contractuels ont davantage de liberté pour choisir leur affectation que les fonctionnaires), les rémunérations (celles des agents contractuels sont moins encadrées que celles des fonctionnaires) et la carrière (les promotions sont plus nombreuses pour les fonctionnaires que pour les contractuels) ».
C’est surtout sur l’absence d’anticipation de cette mutation professionnelle que la Cour se montre sévère. Elle fustige le fait qu’en 2026 « aucun des employeurs des trois versants de la fonction publique n'est en mesure d'estimer la place des agents contractuels d'ici 2033. Tous constatent a posteriori l'augmentation du nombre d'agents contractuels, mais aucun ne se projette dans l'avenir et n'anticipe si cette évolution se poursuivra, ralentira ou accélèrera ».
La Cour présente trois scénarios à l'horizon 2033 : « au rythme actuel, ces agents représenteront au moins un tiers des effectifs de la fonction publique ; dans l’hypothèse d’une accélération, par exemple, si les agents contractuels remplaçaient un fonctionnaire sur quatre partant à la retraite, ce taux serait d’environ 40 %. »
Les substitutions de titulaires par des contractuels pourraient entraîner une baisse de la masse salariale publique de 0,3 % à 1,2 % sur la période 2026-2033. Les magistrats précisent cependant que la montée en charge des emplois permanents contractuels s'accompagne d'une revalorisation progressive des rémunérations versées aux contractuels, ce qui atténue l'effet d'économie, tout en expliquant d’ailleurs que la recherche d'économies n'a pas été le moteur de cette évolution mais que ce sont des « mutations structurelles et sociétales ».
Les magistrats recommandent ainsi « en commençant par la fonction publique de l'État, [de] définir en 2027 une doctrine d'emploi des agents contractuels s'inspirant des scénarios d'évolution de la fonction publique exposés ».
Des procédures de recrutement « perfectibles »
Les magistrats estiment également que « les procédures de recrutement, plutôt fiables et garantissant l’égalité de traitement entre les candidats dans la FPE, sont perfectibles dans les deux autres versants de la fonction publique » et notamment dans la FPT. Les magistrats estiment que, aussi bien dans la FPH que dans la FPT, le « processus de recrutement ne respecte pas toujours le principe d'égalité de traitement avec les fonctionnaires comme avec les autres contractuels ».
Face à ce constat, « la Cour recommande aux ministères chargés de la fonction publique, des collectivités territoriales et de la santé de veiller au respect des règles de fond et de procédure applicables au recrutement des agents contractuels par les collectivités territoriales et leurs groupements et les établissements publics de santé, afin notamment d’assurer l’égalité de traitement entre eux et avec les fonctionnaires. »
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Intercommunalité
Commissions départementales de coopération intercommunale : les élections approchent
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Comme après chaque élections municipales, les commissions départementales de coopération intercommunale vont être renouvelées. Une récente circulaire fixe les règles et les premiers arrêtés préfectoraux sont en train de paraître. Explications.
La directrice générale des collectivités locales, Cécile Raquin, a signé le 28 mai dernier une nouvelle circulaire sur « les modalités de composition et de fonctionnement » des CDCI. Cette nouvelle circulaire s’imposait dans la mesure où quelques modifications législatives et réglementaires sont intervenues depuis le précédent texte, datant de 2020. La circulaire met en avant la grande complexité du mode d'élection des représentants aux CDCI, qui serait un considérable casse-tête pour les maires si, dans la plupart des cas, les associations départementales de maires ne faisaient pas un énorme travail de préparation des listes.
Rappelons que les CDCI ont plusieurs rôles : elles doivent tenir un « état de la coopération intercommunale » dans le département ; mener des réflexions sur une éventuelle révision du schéma départemental de coopération intercommunale (SDCI) et des consultations auprès des communes sur l'évolution du périmètre ; exercer un « pouvoir général de proposition » sur la coopération intercommunale. Enfin, ce qui est une nouveauté depuis 2025, les CDCI doivent débattre de la qualité et de la quantité de la ressource en eau « à l’échelle de chaque commune et à l’échelle du département » ainsi que de la performance des services d’eau.
Élection avant le 23 juillet
La circulaire de la DGCL, adressée aux préfets, rappelle notamment les règles fort complexes gouvernant à la composition de ces commissions et à l’élection des représentants du bloc communal, qui vont intervenir dans le courant du mois de juillet. Dans certains départements, les candidatures devront être déposées dans les prochains jours.
Pour mémoire, les CDCI réunissent des représentants de chaque strate de collectivités et de leurs groupements : 50 % des sièges reviennent aux représentants des communes, 30 % à ceux des EPCI. Les syndicats intercommunaux et mixtes ont 5 % des sièges restants tout comme les conseillers régionaux. Les conseillers départementaux, enfin, ont 10 % des sièges. Des parlementaires (députés et sénateurs) sont par ailleurs « associés » aux travaux des CDCI, sans voix délibérative. C’est le préfet de département qui préside la commission.
L’élection des représentants du bloc communal doit être organisée dans les trois mois qui suivent le renouvellement général des conseils municipaux et des assemblées délibérantes des EPCI – délai qui court à partir de l’installation des organes délibérants des EPCI. Selon les cas, ceux-ci ont été installés au plus tard le 17 ou le 24 avril dernier. La date limite pour procéder à l’élection des représentants aux CDCI est donc fixée au 24 juillet. La date de dépôt des candidatures et celle de l’élection est fixée par arrêté préfectoral. Un premier arrêté a par exemple déjà été publié par la préfète de la Côte-d’Or fixant, pour ce département, la date limite de dépôt des candidatures au lundi 22 juin. L’élection (par correspondance) se déroulera entre le 24 juin et le 3 juillet.
Cinq collèges
La complexité de ce scrutin réside dans le fait qu’il faut procéder, pour le seul bloc communal, non pas à une mais à cinq élections, correspondant à cinq collèges différents.
Le premier collège est constitué « des communes ayant une population inférieure à la moyenne communale du département ». Il représente 40 % du nombre de sièges revenant aux communes.
Le deuxième collège est constitué par les cinq communes les plus peuplées du département. Le troisième est constitué des communes ayant une population supérieure à la moyenne du département, autre que les cinq les plus peuplées.
Il faut également retenir que des règles spécifiques sont prévues pour les communes et EPCI situés en zone de montagne, qui disposent, en quelque sorte, d’un « bonus » de sièges.
Enfin, un collège est attribué aux EPCI et un autre aux syndicats mixtes et syndicats de communes.
Il n’est pas besoin de décrire ici les règles très compliquées de répartition des sièges entre ces différents collèges : l’arrêté préfectoral qui sera pris dans chaque département indiquera le nombre de sièges dont dispose chacun. Par exemple, en Côte-d’Or, sur les 23 sièges qui reviennent aux communes, 9 sont dévolus au premier collège, 9 au deuxième et 5 au troisième. Les EPCI disposent par ailleurs de 14 sièges et les syndicats de deux.
Électeurs et candidats
Ce sont les maires qui élisent les représentants des communes. Plus précisément, les maires de chacun des trois collèges élisent leurs représentants, et ne votent pas pour les autres collèges. Les représentants des EPCI sont élus par les présidents d’intercommunalité de chaque département.
Toutefois, il faut rappeler qu’en cas de liste unique, il n’y a pas d’élection : le préfet se contente de désigner les représentants. C’est un cas fréquent : l’association départementale des maires propose une liste au préfet, pour chaque collège, et si aucune autre candidature individuelle ou collective n’est présentée, l’élection n’est pas organisée.
Si seuls les maires et présidents d’EPCI votent pour cette élection, les candidats peuvent être, en revanche, aussi bien maires qu’adjoints ou conseillers municipaux. Pour les EPCI, les candidats doivent obligatoirement être délégués.
Pour chacun des trois collèges, rappelle la circulaire, les listes présentées doivent comprendre « un nombre de candidats de 50 % supérieur au nombre de sièges à pourvoir ».
L’élection se fait à la proportionnelle, avec application de la règle de la plus forte moyenne.
Le scrutin se fait exclusivement par correspondance et par voie postale : la transmission de son bulletin de vote par télécopie ou mail est « exclue ».
Formation restreinte
Le reste de la circulaire détaille le fonctionnement et les missions des CDCI. Rappelons que dès la séance d’installation de la commission, celle-ci devra élire une « formation restreinte », dont la composition est ainsi fixée : la moitié des membres élus au collège des communes (dont deux membres représentant des communes de moins de 2 000 habitants) ; le quart des représentants des EPCI ; la moitié des représentants des syndicats. La formation restreinte est élue au scrutin uninominal majoritaire à trois tours, et peut se faire à main levée.
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Urbanisme
40 ans des lois Littoral et Montagne : un bilan positif, malgré des points de blocage
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À l'occasion des 40 ans des lois Littoral et Montagne, une mission d'information transpartisane a été lancée en février au Sénat, afin de dresser un bilan de ces textes précurseurs en matière de différenciation. L'occasion de faire remonter les difficultés de terrain, et d'esquisser des propositions d'amélioration.
Après une consultation des élus locaux, des déplacements sur le terrain et de multiples auditions (ministres, directeur du Conservatoire du littoral, associations d’élus, etc.), les travaux de la mission d’information sénatoriale, présidée par le sénateur écologiste de l’Isère Guillaume Gontard, se poursuivent. Au menu ce 9 juin, le bilan de ces législations spécifiques en matière de droit de l’urbanisme. Deux avocats spécialisés – Loïc Prieur, maître de conférences à Sorbonne Université, et Grégory Mollion, maître de conférences en droit public à l’Université Grenoble Alpes – étaient ainsi conviés, aux côtés de la sous-directrice de l’urbanisme réglementaire et des paysages à la DHUP, Émilie Vouillemet.
En préambule, Guillaume Gontard a rappelé les résultats de la consultation des élus réalisée entre février et mars. Sur les 585 participants, 81 % des élus de montagne et 70 % des élus du littoral retiennent un bilan positif de ces deux législations. Pour autant, 49 % des élus de montagne et 60 % de ceux du littoral estiment que la loi qui les concerne est déséquilibrée en faveur du volet protection, au détriment du volet aménagement. Autre donnée : entre 60 et 70 % des élus s’estiment insuffisamment informés et accompagnés pour l’application des règles d’urbanisme.
Lors des auditions du 9 juin, tous les intervenants se sont accordés sur le caractère structurant de ces lois adoptées à l’unanimité, qui ont joué leur rôle de protection. Pour autant, des points de blocage persistent, comme l'a rappelé le sénateur des Hautes-Alpes Jean-Michel Arnaud, rapporteur de la mission. Avec en tête, l’insécurité juridique tenant à la jurisprudence, forcément prolixe face à des textes peu bavards. Parfois, « des solutions différentes sont adoptées sur des parcelles voisines, les décisions jurisprudentielles étant toujours plus restrictives ». Autre remontée de terrain : un « durcissement dans l’application des lois par les services de l’État » serait à relever ces dernières années.
Renforcer le rôle des Scot
Pour l'avocat Loïc Prieur, la priorité est de « renforcer le rôle des documents d’urbanisme ». Les lois Montagne et Littoral ont une particularité : elles sont directement opposables aux permis de construire. Leur interprétation par les juges s’est donc imposée au travers de contentieux individuels. Première piste d’évolution : que la loi s’applique uniquement à travers le SCoT, renforcé dans la détermination des règles applicables pour la territorialisation de la loi. Réponse de l’État, par la voix d’Émilie Vouillemet : « Si le PLU ou si le SCoT s'écarte de la loi, le permis de construire va avoir une effectivité immédiate. C’est une garantie de l’opérationnalité des mesures portées par la loi, qui permet aussi d’éviter des annulations intégrales de documents. ». Mais « lorsqu’on voit des jurisprudences qui sont désormais plus libérales que ce que les SCoT prévoient, le côté garde-fou disparaît un petit peu… », a nuancé Loïc Prieur, qui propose par ailleurs, pour éviter les contentieux, de renforcer l'implication des associations de défense de l'environnement lors de l'élaboration des Scot via une consultation systématique.
Autre piste d’amélioration suggérée par l’avocat pour la loi Littoral : s’inspirer de la loi Montagne qui contient des dérogations que le Scot peut activer. Pourrait ainsi être réglée la question des bâtiments agricoles sur les espaces proches du rivage dans les petites îles. L’idée serait de « permettre au SCoT de venir moduler cette distance et ainsi d'autoriser des bâtiments agricoles par dérogation au principe de continuité, y compris dans l'espace proche du rivage », a plaidé Loïc Prieur.
Pour Grégory Mollion, l'idée de renforcer le rôle des documents d'urbanisme dans la lecture et dans la manière de dire le droit est également centrale. « Les outils de la loi Montagne sont pertinents. La seule limite, c'est le niveau d'interprétation par les acteurs du territoire ». Les élus locaux ne disposent pas toujours de services ou de conseils pour élaborer leurs documents d’urbanisme. « Les services de l'État sont un premier rempart dans le cadre du contrôle de légalité, ou lorsqu'ils s'associent aux élus pour élaborer leurs documents d’urbanisme. Mais ils disposent probablement de peu de moyens humains pour être plus présents, notamment pour aider à rédiger les SCoT. »
Autre point de blocage remonté par Grégory Mollion, les territoires soumis à une double législation : « Les communes d'outre-mer ont la difficulté, comme nos grands lacs dans les Alpes, d'être soumises à la double législation. Et qui dit double législation dit, pour faire simple, application prioritaire de la loi Littoral, et ainsi, pour les projets touristiques, exclusion de tout dispositif touristique sur les communes à double régime. ».
Accompagner les collectivités
Du côté de l’État, tout a l’air de fonctionner à merveille : ces lois n’empêchent pas le développement des territoires concernés, d’après les chiffres avancés par Émilie Vouillemet. « Ces politiques publiques n'interdisent pas de construire : entre 1990 à 2021, le parc de logements dans ces territoires a progressé de plus de 8 points de plus que la moyenne nationale. Sur le territoire métropolitain, le nombre de résidences principales du littoral s'est accru de 1,2 % en moyenne annuelle et celui des résidences secondaires de 1,5 %. »
Si la DHUP appelle de ses vœux une certaine stabilité normative – « il n'y a pas d'urgence à légiférer là où des outils existent » –, un objectif est partagé : le renforcement de l'accompagnement des collectivités dans l'élaboration du SCoT. « Aujourd'hui, il y a toujours un engagement fort de l'État national et de l'État local dans l'accompagnement des collectivités locales. Il y a une très bonne collaboration au sein des services de l’État, avec la mise en place d'un réseau ayant permis un dialogue nourri, qui se traduit par une instruction technique – bientôt actualisée », a assuré Émilie Vouillemet. Par ailleurs, « la DHUP accompagne le développement d'une ingénierie de qualité, un peu méconnue sur le territoire, mais qui existe. Il est également nécessaire de travailler sur la formation à la fois des agents des services de l'État et des collectivités locales, mais aussi des élus nationaux et locaux. »
Réponse directe du rapporteur : « Au-delà de l’accompagnement aléatoire des collectivités locales, on a eu quelques témoignages qui évoquaient clairement des blocages législatifs, des difficultés au quotidien, ainsi qu'un empilement de réglementations, de normes en concurrence, qui ne facilitent pas le travail des territoires. Je ne retrouve pas cette lucidité opérationnelle dans les propos que vous avez exprimés ce soir. ». Les conclusions de la mission d’information sont attendues d’ici fin juin.
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Climat
Malgré les pluies de cet hiver, le risque de sécheresse se profile déjà
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Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) vient de publier son état des lieux mensuel qui met en lumière une baisse assez rapide du niveau des masses d'eau souterraines. Malgré les pluies considérables de cet hiver, le danger de sécheresse n'est pas écarté.
On pouvait espérer, en se remémorant les pluies tombées pendant 40 jours entre le 7 janvier et le 19 février, qu’un risque au moins était écarté pour l’été prochain : celui de la sécheresse. En mars, le BRGM constatait une recharge « exceptionnelle » des nappes phréatiques, avec 67 % des points d’observation au-dessus des normales mensuelles.
Mais après cet hiver exceptionnellement pluvieux est venu un printemps qui l’a été bien moins, et une vague de fortes chaleurs très précoce à la fin du mois de mai. Ces deux aléas ont en partie annulé les effets bénéfiques des pluies de cet hiver.
Situation « dégradée »
77 % des nappes phréatiques sont aujourd’hui en baisse, constate le BRGM dans son dernier bulletin de situation. Si la situation est encore « globalement satisfaisante », la vidange des nappes phréatiques est accélérée par le déficit pluviométrique important des mois d’avril et de mai. Et la vague exceptionnelle de chaleur survenue autour du 23 mai, avec des températures parfois supérieures à 35 °C, n’a évidemment rien arrangé : non qu’elle ait directement influé sur le niveau des nappes souterraines, mais parce qu’elle a accentué brutalement les besoins en eau notamment dans le domaine agricole.
De façon assez contre-intuitive, le BRGM montre que la situation au 1er juin 2026 est moins bonne que celle de l’année précédente à la même date. Il y a un an, au moins un tiers des nappes du pays étaient à un niveau haut ou très haut, notamment dans toute la partie nord-ouest du pays. Aujourd’hui, la plupart des nappes qui étaient « hautes » sont passées au niveau « normal », et les niveaux « bas ou modérément bas » se sont largement étendus notamment dans le centre du pays. Le seul point réellement positif est la situation des Pyrénées-Orientales, où les nappes étaient quasiment vides l’an dernier après plusieurs années de sécheresse, et où elles sont maintenant rechargées à un niveau satisfaisant.
Globalement, la situation est donc « plus dégradée » qu’il y a un an, avec 42 % des points d’observation en dessous de la normale contre 31 % au 1er juin 2025.
Déjà des vigilances sécheresse
Tout va donc maintenant dépendre de la météo des mois à venir. Si de nouveaux pics de chaleur importants devaient avoir lieu – comme semble le redouter Météo-France dans ses prévisions saisonnières – et qu’il ne pleut pas beaucoup, la vidange va se poursuivre de façon accélérée et un risque réel de sécheresse, dans certaines régions, est à craindre pour « la fin de l’été ».
Il n’est d’ailleurs, hélas, pas besoin d’attendre la fin de l’été : un certain nombre de départements sont déjà concernés par des situations de « vigilance » sécheresse. C’est le cas du Bas-Rhin, où six cours d’eau ont été placés hier en vigilance par la préfecture. Tout le département des Vosges a également été placé en vigilance – sans restrictions d’eau pour le moment, mais la préfecture appelle chacun à se montrer économe afin de « préserver la ressource » cet été. Des vigilances ont également été prononcées, localement, par les préfectures de l’Indre, du Lot, de la Corrèze, des deux départements de la Corse, ainsi que dans le Béarn et le Pays basque.
Sombres prévisions
S’il est impossible à ce jour de prévoir de façon certaine les températures à attendre en juillet et août et encore moins le niveau de pluviométrie, il y a de fortes raisons de craindre de nouveaux épisodes de très forte chaleur – le prochain allant peut-être se dérouler dès le week-end prochain, d’après Météo-France.
Hier, l’institut Copernicus a rendu un nouveau rapport particulièrement alarmant sur l’évolution de la situation climatique en particulier en Europe, continent qui se réchauffe plus rapidement que les autres. Le mois de mai a été, sur ce continent, le deuxième plus chaud de l’Histoire (après celui de 2024). L’institut constate qu’en Europe, les événements climatiques naguère jugés « exceptionnels » sont en train de devenir « la norme », et juge que la vague de chaleur de la fin du mois de mai, qui a notamment touché la France et le Royaume-Uni, est un phénomène qui « s’inscrit dans le cadre du réchauffement rapide de l’Europe et de la tendance à long terme à des vagues de chaleur plus fréquentes, plus intenses et survenant plus tôt dans la saison ».
Autre prévision peu réjouissante de l’institut Copernicus : le phénomène climatique El Niño va très probablement se produire cette année et pourrait avoir une ampleur « sans précédent ». Cette hypothèse d’un « super El Niño » est aujourd’hui jugée probable par une majorité d’experts travaillant sur ce sujet.
Pour mémoire, ce phénomène météorologique cyclique, qui se produit tous les deux à sept ans, a pour conséquence de fortement réchauffer les eaux de surface de l’océan Pacifique, ce qui provoque une réaction en chaîne dans de vastes parties du monde, allant de l’Amérique du sud au sud de l’Afrique, à l’Inde, l’Océanie, la côte ouest des États-Unis et l’Amérique centrale. Les effets d’El Niño sont très différents selon les régions et prennent des formes très diverses, allant de vagues de chaleur extrêmes à des pluies diluviennes. Si l’Europe n’est pas directement touchée par ces phénomènes extrêmes, El Niño peut toutefois entrainer un réchauffement de la température mondiale, accentuant y compris en Europe les effets du réchauffement climatique global.
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Journal Officiel du jeudi 11 juin 2026
Ministère de l'Économie, des Finances et de la souveraineté industrielle et numérique
Ministère de l'Intérieur
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