« Globalement satisfaisante », la santé financière des petites communes repose sur « des équilibres de plus en plus fragiles »
Par A.W.

« Après plusieurs années marquées par la crise sanitaire, le retour de l’inflation et les fortes tensions sur les dépenses énergétiques et salariales, les petites villes semblent avoir préservé, en 2025, des équilibres financiers globalement satisfaisants. » Dans une étude parue en début de semaine, l’Association des petites villes de France (APVF) et La Banque Postale se félicitent de la « résilience » des 4 160 communes ayant entre 2 500 et 25 000 habitants.
Elles mettent, toutefois, en garde : cette stabilité repose sur « des équilibres de plus en plus fragiles » et les marges de manœuvre des petites communes se réduisent.
Dépenses contenues
Si globalement les petites villes dépensent en moyenne toujours plus par habitant (1 699 euros par habitant), leurs dépenses de fonctionnement demeurent « relativement contenues » avec une « augmentation modérée » de 1,1 % portée principalement par les frais de personnel (qui représentent plus de la moitié des dépenses), constatent d’abord les auteurs de l’étude. On peut d’ailleurs noter que celles des communes de 10 0000 à 15 000 habitants ont même légèrement reflué (- 0,3 %).
Une situation qui va donc à l’encontre des affirmations régulièrement portées par le gouvernement pour justifier la participation des collectivités à l'effort de redressement des finances publiques. Des « préjugés » également battus en brèche par Jean-François Debat, qui occupe pour l'instant la présidence du Comité des finances locales en remplacement d'André Laignel, et qui a rappelé mardi que les dépenses de fonctionnement de l'ensemble des strates de collectivités ont très peu progressé l'an dernier (+ 1,4 %). Malgré notamment l’augmentation des cotisations à la CNRACL.
Dans le même temps, les recettes de fonctionnement des petites villes ont progressé de 1,6 %, suivant ainsi de près la progression de 1,7 % des valeurs locatives cadastrales. « Cette hausse a permis de maintenir l’épargne brute à 5,6 milliards d’euros avec toutefois de nombreuses disparités qui se sont accrues entre les communes entre 2024 et 2025 », remarquent l’APVF et La Banque postale qui soulignent que « les communes de plus de 10 000 habitants ont montré une meilleure résilience de leur épargne que les communes de moins de 5 000 habitants », dont l’épargne brute a plongé de 3,4 % l’an dernier.
Bien que les petites villes semblent avoir préservé des équilibres financiers « globalement satisfaisants » en 2025, les auteurs de l’étude estiment néanmoins que « cette stabilité repose sur des équilibres de plus en plus fragiles ». « Si les recettes fiscales continuent de progresser, les marges de manœuvre des communes se réduisent progressivement sous l’effet de la hausse des charges structurelles et d’une dynamique des concours financiers moins favorable », préviennent-ils.
Investissement : grignotage des réserves
En parallèle, ils pointent une « mobilisation croissante des réserves pour financer les investissements », dont le niveau est resté « soutenu » en cette fin de mandat, avec une hausse de ces dépenses de 8,2 %. En particulier pour accompagner « les transitions écologique, énergétique et démographique auxquelles les territoires sont confrontés ». Une différence notable avec l'investissement des collectivités dans leur ensemble qui a, lui, ralenti (+ 1,7 %) l’an passé.
Malgré un mandat qui avait « commencé difficilement » avec la crise sanitaire, l’année 2025 semble donc confirmer « la capacité des petites villes à poursuivre leurs projets d’équipement et à répondre aux besoins de proximité de leurs habitants », jugent les auteurs de l’étude. Mais, là aussi, les situations sont disparates puisqu’une petite ville sur quatre a investi moins de 240 euros par habitant en 2025, quand un autre quart a déboursé plus de 577 euros par habitant.
Alors que les dépenses d’investissement des petites villes ont progressé de 23 % entre les deux derniers mandats, ces dernières ont pourtant limité le recours aux nouveaux emprunts - « surtout à partir de 2023 (-15 %) » – dans un contexte de remontée des taux d’intérêt. Raison pour laquelle la progression de l’encours de dette est restée limitée, avec une capacité de désendettement des petites villes qui est dorénavant de 3,7 ans.
De ce fait, « le financement des nouveaux investissements a été possible grâce à l’optimisation du recours aux subventions (notamment celles de l’État) », expliquent les auteurs de l’étude. En outre, les petites communes ont eu « davantage » recours à l’autofinancement, via leur trésorerie qui a fondu de 8,4 %. En 2025, elles ont notamment prélevé un milliard d'euros sur leur fonds de roulement. Résultat, sans être en difficulté, ces communes sont en train de consommer progressivement leurs réserves.
En 2027, « ne pas déclarer la guerre aux collectivités »
Sous la menace de nouvelles ponctions en 2026 et en 2027, les petites villes – et les collectivités en général – doivent pourtant faire face à des budgets toujours plus contraints. Ce qui pourrait avoir à terme des conséquences, notamment sur leurs dépenses de solidarité, dont les petites communes restent des acteurs importants puisqu'elles dépensent, en moyenne, 8 % de leur budget de fonctionnement (soit environ 2,5 milliards d'euros) en interventions sociales et santé.
Des craintes existent aussi sur l’investissement. Jean-François Debat dit ainsi redouter « un véritable attentisme de la part des élus [en la matière], puisque chacun anticipe le pire » et réclame au gouvernement un « changement de méthode » pour l’élaboration du budget 2027.
« Les collectivités ont déjà donné, on sait qu’il y a un effort collectif à conduire, on le fait, mais j’alerte officiellement le gouvernement sur le risque qu’il prendrait à vouloir jouer un combat inutile » avec ces dernières, vient d'ailleurs d'avertir le rapporteur général de la commission des finances du Sénat, Jean-François Husson, invitant l’exécutif à « être extrêmement prudent et à ne pas vouloir déclarer une guerre aux collectivités territoriales ».
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