L'examen du second article du projet de loi de modernisation de la santé par les députés hier en fin d'après midi a mis l'accent sur un sujet sensible, non résolu par ce projet de loi : la pénurie de médecins scolaires. A l'heure actuelle, on compte à peine 1 médecin pour 15 000 élèves, a souligné la députée des Hauts-de-Seine Jacqueline Fraysse (Gauche démocrate et républicaine), quand il en faudrait 1 pour 5 000 rapporte le Syndicat national des médecins scolaires et universitaires SNMUS-UNSA éducation en se référant aux préconisations de l'Académie de médecine. Résultat : « il y a pléthore de départements où les visites médicales pourtant obligatoires à 6 ans ne sont tout simplement pas faites », constate Jocelyne Grousset, secrétaire générale du syndicat. Exerçant jusqu'à l'année dernière en Seine-Saint-Denis, cette médecin se souvient que sur sa commune, à peine 15% des élèves avaient pu être suivis lors du premier bilan à 6 ans.
Cette question des moyens de la médecine scolaire a été écartée par la ministre de la Santé pour deux raisons. La première, c'est que l'article 2, adopté hier, prévoit l'instauration d'un « parcours éducatif de santé »  et non un parcours de soins, a précisé Marisol Touraine. Il ne s'agit donc pas, selon elle, « de donner du travail et des responsabilités en plus à la communauté médicale scolaire »  (le code de l’Éducation prévoit déjà son rôle en matière de promotion de la santé à l'école), mais de faire en sorte que « l'équipe pédagogique s'approprie cette question de la santé »  et que les agences régionales de santé et les rectorats travaillent davantage en lien pour promouvoir des actions de promotion de la santé tout au long de la scolarité.
Deuxième raison : cette question des moyens lui échappe. La médecine scolaire relève en effet du ministère de l’Éducation nationale. Mais « si l'organisation et les moyens ne suivent pas, ces intentions (de création d'un parcours de santé NDLR) se révéleront n'être que des leurres », a insisté la députée UMP d’Ille-et-Vilaine Isabelle Le Callennec.
De son côté, le SNMUS-Unsa espère que la négociation entamée avec le ministère de l’Éducation nationale sur une revalorisation des emplois de médecins scolaires - à l'arrêt depuis janvier – reprenne. « Il y a 300 postes vacants de titulaires aujourd'hui parce que la profession n'est plus attrayante. Nous avions obtenu une revalorisation en 2011 mais nous sommes revenus aujourd'hui à la situation de 2009 : un jeune médecin scolaire qui débute sera moins bien payé qu'un interne. On reste les médecins les plus mal payés de la fonction publique », dénonce Jocelyne Grousset.
E.S.