La réserve parlementaire a un montant différent selon qu’il s’agisse de simples députés, de membres du bureau de l’Assemblée (140 000 €), de vice-présidents ou présidents de groupe ou de commissions (260 000 €) ou du président de la chambre lui-même (520 000 €).
Il ressort de la publication de ces données que les communes sont, juste devant les associations, les grandes bénéficiaires de ces dons : 52 % de la réserve parlementaire est consacrée à des projets d’investissement dans celles-ci : achat de matériel, rénovation de bâtiments, création d’équipements sportifs ou de salles des fêtes… Beaucoup de députés-maires (ou anciens maires) commencent d’ailleurs par aider leur propre commune. C’est le cas de Gilles Carrez (200 000 euros pour sa commune du Perreux-sur-Marne), Jean-Christophe Fromentin (99 000 euros pour Neuilly), Nicolas Sansu (50 000 € pour Vierzon). D’autres maires sont généreux vis-à-vis de communes appartenant à leur intercommunalité, comme Jean-Yves Le Bouillonec, maire de Cachan (94), qui a octroyé 100 000 € à la commune voisine d’Arcueil ; ou Olivier Carré, maire d’Orléans, qui a offert aux petites communes d’Olivet et de Mareau-aux-Prés 40 000 € chacune. Des communes parfois petites profitent agréablement d’avoir un maire qui est aussi député : c’est le cas par exemple de Montesquieu-Volvestre (3 200 habitants en Haute-Garonne), a qui le maire Patrick Lemasle a versé 110 000 €.
En dehors des communes, ce sont les associations et les fondations qui profitent le plus de la manne. Fondation Jean-Jaurès aidée à hauteur de 200 000 € par le président de l’Assemblée, fondation Énergie pour l’Afrique de Jean-Louis Borloo (50 000 €), toujours sur le budget de Claude Bartolone. La réserve de la présidence de l’Assemblée finance le Conseil d’État (250 000 €) et l’aide aux réfugiés (360 000 €). Certaines associations sont, elles, aidées par de nombreux députés (comme les Restos du cœur, qui bénéficient de dons de Claude Bartolone, Marie-George Buffet, Jean-Luc Warsmann, Pierre Lellouche, Olivier Carré, Gilles Carrez, Olivier Dussopt, Guy Delcourt, Marcel Bonnot...)
À l’autre bout du prisme, de très nombreuses petites sommes sont octroyées par les députés à des associations, projets locaux : fanfares, clubs de sport, écoles, chasseurs, amicales… Ce sont des milliers de dons, le plus souvent entre 1000 et 2 000 euros, qui sont ainsi faits chaque année.
En tout, plus de 15 000 dons ont été effectués sur la réserve parlementaire.
Dernière remarque : on pourra s’étonner qu’un certain nombre de ces dons soit destiné à des ordres religieux ou des associations confessionnelles. C’est le cas par exemple de dons du député Éric Ciotti (Société du Saint-Sépulcre, Archiconfrérie de la Miséricorde Pénitents noirs, Archiconfrérie de la Sainte-Croix…) ou de Marion Maréchal Le Pen (Association des œuvres paroissiales de Monteux, Confrérie de Saint-Gens). L’usage de la réserve parlementaire, qui est indiscutablement de l’argent public, à des fins de financements d’associations ou de confréries religieuses, ne pose-t-il pas un problème sur le terrain de la laïcité ? La question vaut d’être posée.
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