Pour répondre à cet enjeu, John Billard, maire du Favril (Eure-et-Loir) et vice-président de l’Association des maires ruraux de France (AMRF) en charge du numérique, a développé le site internet de sa mairie, en partenariat avec Docapost, une filiale du groupe La Poste, avec un leitmotiv en tête : « Comment remettre la mairie au centre du village ». L’idée du nouveau site internet, qui verra le jour « dans les semaines à venir », est de « proposer un accès à tous les services publics » quel que soit l’échelon en charge de la compétence. « L’usager s’identifie ainsi une seule fois (…) L’organisation du site est faite de telle sorte à ce que la collectivité qui traite la compétence (intercommunalité, département) soit informée pour régler la situation », a expliqué le maire qui plaide pour que la commune soit « le point d’entrée ».
France Connect Aidants pour sécuriser la relation aidants-usagers
Pour « s’occuper de ceux qui se sentent exclus du numérique », Xavier Crouan, directeur général à l’information et à la relation citoyen à Nantes Métropole, mise, quant à lui, sur une réorganisation des ressources humaines. Il « faut passer dans les collectivités d’un système d’accueil à un système de médiation pour accompagner les publics sensibles ». C’est en somme l’état d’esprit de l’outil « France Connect Aidants » proposé dans le Plan national pour un numérique inclusif (l’ensemble des propositions est à télécharger ci-dessous). Sa vocation est de « permettre une connexion sécurisée par un professionnel habilité préalablement qui sera amené́ à faire des démarches administratives en ligne à la place d’une personne ne parvenant pas à les faire seule. L’objectif est de sécuriser la relation aidant-usager », précisait Orianne Ledroit, directrice de la Mission Société numérique. « Il faut bien imaginer que certains Français ne monteront pas en compétence parce qu'ils n'en ont tout simplement pas envie. »
Toutes « ces bonnes intentions » n'ont pas suffi à convaincre Laurence Comparat, maire-adjointe à la ville de Grenoble et présidente de l'association OpenData France, présente dans la salle. Selon elle, « on est face à un risque, c'est qu'il y ait une perte de droits pour nos concitoyens les moins à l'aise avec le numérique », redoute-t-elle, en référence notamment à la baisse du nombre d'emplois aidés et à la suppression en 2019 de 800 emplois à Pôle Emploi. « Ce plan n'est pas à la hauteur des enjeux », conclut l'élue.
Le plan France Très Haut, « un paquebot à l'arrêt »
Un autre plan gouvernemental est loin de faire l'unanimité. Il s'agit du Plan France Très Haut débit. Lancé en 2013 « pour couvrir l'intégralité du territoire en bon débit en 2020 et en très haut débit en 2022 », ce plan (3,3 milliards d’euros financés par l’État) « est un paquebot à l’arrêt », s’est agacé Ariel Turpin, délégué général de l’Association des villes et des collectivités pour les communications électroniques et l’audiovisuel (Avicca).
Dans son viseur : les zones dites Amel (Appels à manifestation d’engagements locaux), lancées par le gouvernement à la fin de l’année 2017 pour permettre aux opérateurs privés de financer les dernières phases des réseaux d’initiative publique (RIP), « qui deviennent rentables ». Le maintien des Amel retarde de surcroît la réouverture du guichet du Fonds pour la société numérique (FSN) : celle-ci ne sera étudiée par Julien Denormandie, ministre chargé de la Ville et du Logement, qu’à la fin de l’année 2019.
Dans les zones Amii (financées par le secteur privé), 92% des locaux devront être raccordables à la fibre optique jusqu’à l’abonné (Ftth) à la fin de l’année 2020 (les 8% restants seront raccordables à la demande). Là encore, Ariel Turpin a tiqué : « Le calendrier sur le fixe ne sera pas tenu. On n’est plus sur un objectif 100% Ftth en 2020 donc ce n’est plus mesurable. Je ne vois pas dans ce cas comment les engagements non respectés par les opérateurs pourraient être éventuellement sanctionnés. » « On est marqué à la culotte par l'Avicca, c'est une très bonne chose », a rétorqué Zacharia Alahyane, directeur de la Mission France Mobile et représentant de l'État.

