Manuel Valls affiche la ligne de conduite du gouvernement face au terrorisme
Au chapitre des mesures, il semble qu’il n’y aura pas de « Patriot act » à la française – du nom des lois d’exception extrêmement dures votées aux États-Unis dans la foulée des attentats du 11-Septembre. S’il est hors de question de « remettre en cause l’État de droit », Manuel Valls a toutefois fait plusieurs annonces : les moyens humains et matériels des services de renseignement, ainsi que ceux de la police, vont être notablement « renforcés ». Un fichier des djihadistes présents sur le territoire va être créé, et les personnes qui y sont inscrites vont devoir se soumettre à des « obligations de contrôle ». Dans les prisons, qui semblent être devenues un haut lieu de la radicalisation des jeunes musulmans, des « quartiers spécifiques » vont être créés pour isoler les détenus « considérés comme radicalisés ». Mais le Premier ministre a été très clair : il ne s’agit nullement de créer un Guantanamo français.
D’autres mesures devraient suivre dans les jours qui viennent : Manuel Valls a demandé à ses ministres de l’Intérieur et de la Justice de lui faire des propositions « sous huit jours » pour faire évoluer la loi, notamment sur la surveillance d’internet et le renforcement des possibilités d’écoutes téléphoniques. Il est cependant hors de question, pour le chef du gouvernement, de légiférer « dans la précipitation ».
Au-delà des annonces, la partie de son discours où le Premier ministre s’est montré le plus enflammé a été celle où il a évoqué les dangers liés au développement du communautarisme et les fractures entre communautés. Il a dit la volonté absolue du gouvernement de protéger les citoyens de confession juive, regrettant que la réponse de la « communauté nationale » n’ait pas été plus forte après les attaques antisémites qui ont marqué les dernières années (depuis la tuerie de Toulouse jusqu’aux récentes agressions de Créteil), et estimé « totalement insupportable » que des juifs aient « peur de se promener dans la rue » dans un pays qui fut « une terre d’émancipation des juifs il y a deux siècles ». Mais Manuel Valls a souhaité aussi évoquer les agressions contre des mosquées, qui se sont multipliées depuis la semaine dernière, en promettant qu’elles seraient elles aussi protégées. « L’islam est la deuxième religion de France, a martelé le Premier ministre, elle a toute sa place en France ! » Sous de chaleureux applaudissements, il a dit sa volonté de ne plus accepter qu’en France « des juifs aient peur parce qu’ils sont juifs et que des musulmans aient honte d’être musulmans ».
Manuel Valls a enfin souhaité qu’en même temps « la République fasse preuve de la plus grande fermeté et de la plus grande intransigeance » face à l’intégrisme religieux et qu’elle « fasse la démonstration » que « la laïcité, l’égalité-hommes-femmes, sont compatibles avec toutes les religions sur le sol national ».
Fait rarissime : à l’issue de son discours, le Premier ministre a été acclamé, debout, par l’ensemble des députés de gauche comme de droite.
Première conséquence de cette volonté de fermeté du gouvernement contre l’antisémitisme : le polémiste Dieudonné a été arrêté ce matin et placé en garde à vue, pour être entendu pour des faits d’apologie du terrorisme. Dimanche soir, de retour de la marche unitaire à Paris, il avait écrit « se sentir Charlie Coulibaly ».

