Une troisième canicule démarre, au moment où les premières mesures du gouvernement se mettent en place
Par Franck Lemarc

« Conditions anticycloniques associées à une masse d'air devenant de plus en plus chaude par le sud et l'ouest du pays et gagnant progressivement vers le nord et l'est les jours suivants. » C’est ainsi que Météo France décrit une situation qui aboutit, comme on le craignait depuis la semaine dernière, à une canicule qui devrait durer jusqu’au week-end prochain au moins, alors que les organismes peinent encore à se remettre de celle qui s’est déroulée fin juin. Il s’agit du troisième épisode de canicule depuis le mois de mai, ce qui est, au sens propre du terme, inouï.
Par ailleurs, 61 départements ont été placés en vigilance « élevée » de feux de forêt et trois en risque « très élevé » : le Vaucluse, les Deux-Sèvres et … l’Essonne, en région parisienne – ce qui là encore est du jamais-vu pour un département situé aussi au nord du pays.
Orsan 3 maintenu
De nombreuses communes ont réactivé les mesures spéciales qu’elles avaient mises en place il y a 10 jours : ouverture des parcs et jardins jusqu’à 22 ou 23 h, voire toute la nuit, contact des personnes isolées inscrites sur le registre municipal, distribution d’eau pour les sans-abri…
Le gouvernement n’a pas encore annoncé la réactivation de la cellule interministérielle de crise ni des différentes réunions mises en place jusqu’à la semaine dernière avec les différents acteurs, mais il est probable, au vu de la situation, qu’il le fasse rapidement. Le plan Orsan 3, pour les établissements de santé, reste activé.
S’il reste possible que la canicule soit moins violente que l’épisode précédent, les experts s’inquiètent du fait qu’elle survient alors que les organismes des personnes les plus fragiles, notamment, sont encore sous le choc de la canicule de fin juin, et craignent que ces organismes déjà affaiblis supportent encore plus difficilement ce nouvel épisode, fût-il moins violent.
Achat d’équipements de rafraîchissement
Autres différences avec la crise précédente : d’une part, les établissements scolaires sont désormais fermés, et ne seront donc pas victimes de la canicule ; et, d’autre part, une partie des climatiseurs commandés en urgence par le gouvernement à destination des établissements de santé ont été livrés. Lors d’une réunion la semaine dernière avec, notamment, les associations d’élus, le ministère ministre déléguée chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées a indiqué que la majorité des commandes ont été effectuées par des hôpitaux, et la ministre a invité les gestionnaires d’établissements pour personnes âgées et personnes handicapées à se saisir aussi de cette opportunité et solliciter la plateforme d’achat.
Rappelons que le gouvernement a fléché 50 millions d’euros à destination des établissements dédiés aux personnes âgées et 10 millions pour ceux dédiés aux personnes handicapées, pour les aider à s’équiper en systèmes de « rafraîchissement ». Tous les établissements sont éligibles (privés et publics, à but lucratif ou non). Peuvent faire l’objet d’un remboursement les climatiseurs et ventilateurs, mais aussi les brise-soleil, stores, rideaux thermiques, indique le ministère de la Santé, qu’il s’agisse d’achat ou de location. Les remboursements seront effectués par les ARS sur la base de la présentation d’un justificatif de bon de commande passé entre le 18 juin et le 31 août.
Par ailleurs, lors de cette réunion, il a été annoncé que les mesures précises du plan Orsec-Chaleurs extrêmes, annoncé la semaine dernière par le Premier ministre (lire Maire info du 30 juin), seraient dévoilées dès cette semaine, et accompagnées de « fiches » opérationnelles.
Remontée des données
Par ailleurs, le gouvernement souhaite agir sur la très épineuse question de la remontée des données – plus d’une semaine après la canicule précédente, les services de l’État ne sont toujours pas en mesure de donner un bilan humain précis.
Dès ce début de semaine, de nouveaux outils vont être mis en place dans les établissements de santé et médico-sociaux afin de leur permettre de faire remonter quotidiennement – avant 11 heures chaque jour – un certain nombre d’indicateurs : nombre d’hospitalisations toutes causes confondues, nombre de décès, survenue d’un problème technique sur le groupe froid, l’informatique ou le réseau électrique.
Ces données seront, indiscutablement, utiles. Mais elles ne permettront pas, en revanche, de mesurer de façon aussi précise les décès à domicile – dont le chiffre reste la grande inconnue de la canicule précédente.
Forte hausse de la consommation d’eau… et des fuites
Autre conséquence de ces canicules à répétition : la tension croissante sur la ressource en eau. La FNCCR (Fédération nationale des collectivités concédantes et régies) a indiqué hier à l’AFP que, selon ses premières estimations, la canicule de fin juin a amené une hausse de la consommation en eau comprise entre 15 et 20 %. Cette hausse des volumes en distribution a même atteint 25 % localement. Ce sont les usages agricoles de l’eau qui seraient les principaux responsables de cette hausse, selon la fédération, en particulier pour « l’abreuvement et le refroidissement des bêtes » dans les élevages.
Autre problème très préoccupant : plusieurs adhérents de la FNCCR ont constaté une hausse marquée du nombre de fuites dans les réseaux d’eau. Ce serait une des conséquences du phénomène de RGA (retrait gonflement des argiles). Si le phénomène est connu pour les dégâts qu’il occasionne sur les habitations, il ne faut pas oublier que les canalisations sont également fortement mises à mal par ces mouvements de terrain. Par ailleurs, précise la FNCCR, des canalisations enterrées sous des routes asphaltées sont également victimes de la très forte augmentation de la température dans le sol. Certaines peuvent se déformer et casser.
On ne cesse, hélas, de découvrir des conséquences nouvelles de la modification rapide du climat. L’urgence de « l’adaptation » à cette situation n’en est que plus grande.
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La proposition de loi pour un acte III de la loi Montagne a été adoptée au Sénat





