Le Premier ministre annonce la création d'un plan Orsec-Chaleurs extrêmes
Par Franck Lemarc

« L’ensemble de la chaîne de prévision, et ensuite de réaction, des agents de Météo-France jusqu’aux agents hospitaliers à l’entrée des urgences de nos hôpitaux, en passant par les forces de sécurité civile, a tenu », s’est félicité hier Sébastien Lecornu, en ouvrant une nouvelle Cellule interministérielle de crise (CIC), au ministère de l’Intérieur. Avec un objectif clair à cette réunion : demander aux ministres de faire des propositions pour mieux « anticiper d’éventuels nouveaux épisodes ».
Risque de relativisation
La chaleur s’est enfin atténuée sur le pays, hier, se déplaçant vers l’Europe centrale qui fait, à son tour, face à une situation caniculaire. L’heure est donc au bilan… et à la préparation de la prochaine crise.
Il est bien trop tôt pour tirer un bilan humain de cette vague de chaleur qui a donné lieu à des pics historiques en France. Si le chiffre, très provisoire, d’un millier de décès supplémentaires a été donné hier par Santé publique France, il ne fait guère de doutes que le bilan sera plus lourd – du fait des conséquences sanitaires parfois à long terme d’un tel épisode, et parce qu’il est à craindre que des personnes décédées soient retrouvées chez elles ultérieurement. Le patron de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Nicolas Revel, a déclaré hier qu’il s’attendait à un nombre de morts « important », parce qu’il y a eu pendant la semaine passée « 50 % de plus de tout, 50 % de plus d’appels au Samu, 50 % de plus de passages aux urgences, 50 % de plus d’hospitalisations ». S’il juge que le bilan risque d’être plus lourd qu’en 2025 (5 700 morts imputables à la chaleur), il estime probable qu’il sera en revanche inférieur à celui de 2003 (entre 15 000 et 19 000 morts).
Si cela est devenu une habitude, prendre comme étalon la canicule de 2003 a un effet déformant, parce que cela a pour conséquence de relativiser tout autre bilan. On peut, peut-être, se féliciter à chaque canicule que ce bilan épouvantable n’ait pas été atteint à nouveau, mais ce ne doit pas faire oublier qu’un millier de morts est un chiffre absolument considérable, a fortiori dans un pays qui est la 7e puissance mondiale. Lorsqu’une tempête ou des inondations font 15 ou 20 morts, on parle de drame national – et ici, les milliers de morts attendus lors de cette canicule sont presque considérés comme un résultat satisfaisant. Cela devrait donner à réfléchir sur les moyens que s’est donnée la société pour lutter contre ce type d’événements.
Il faut rappeler qu’en 2003, les services de santé ont été totalement pris de court face à une situation qu’ils ne connaissaient pas : hier, dans les médias, le patron du Samu de Paris Frédéric Admet expliquait qu’en 2003, les médecins des hôpitaux ne savaient tout simplement pas traiter les pathologies auxquelles ils étaient confrontés – ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Rappeler aussi que la canicule de 2003 a donné lieu à la création de la « journée de solidarité » – soit la suppression d’un jour férié pour abonder un fonds qui, on l’a un peu oublié, avait pour finalité de climatiser les Ehpad et les hôpitaux. Cette mesure devant rapporter quelques 3 milliards d’euros par an, ce sont donc 60 milliards qui ont été collectés depuis. Mais les Ehpad n’ont qu’une seule pièce rafraîchie et les hôpitaux ne sont, dans leur immense majorité, toujours pas climatisés.
Il y a donc tout lieu de relativiser la satisfaction du gouvernement. Certes, des progrès ont été faits, mais cela ne rend pas plus acceptable le fait que des milliers de gens périssent du fait de la chaleur.
Plan Orsec
Conscient du fait qu’il reste beaucoup à faire, le Premier ministre a annoncé, hier, que les services de l’État vont « imaginer une nouvelle planification pour les chaleurs extrêmes » . Il faut, a-t-il poursuivi, « une doctrine générale encore plus claire, il faut que la plupart des acteurs du pays arrivent d’un coup d’un seul à comprendre globalement comment cela va s’organiser, qu’est-ce qu’il va se passer, qu’est-ce qui doit être supprimé, qu’est-ce qui ne l’est pas. »
Concrètement, cela va prendre la forme d’un nouveau « plan Orsec-Chaleurs extrêmes », « qui n’existe pas et que l’on va créer » , a expliqué Sébastien Lecornu. Ce plan devra « créer de la subsidiarité et clarifier le rôle de chacun ».
À plus court terme, il a annoncé la poursuite d’un plan d’urgence pour le rafraîchissement des établissements de santé, avec la livraison à partir du « début de la semaine prochaine » des 30 000 climatiseurs que l’État a acquis pour les hôpitaux. Rappelons que 130 millions d’euros ont également été débloqués par EDF, la Banque des territoires et La Banque postale pour équiper les écoles.
La question des logements
Mais les autorités sanitaires expliquent à présent qu’au-delà des établissements de santé et des écoles, l’un des problèmes majeurs de cette canicule s’est déroulé à domicile, dans les logements que l’on surnomme « bouilloires thermiques », où les températures ont parfois dépassé les 40 °C pendant plusieurs jours. Il est à craindre que de nombreux décès se soient produits dans ces logements, qui ne seront peut-être découverts que dans plusieurs jours.
Ce phénomène, expliquent les experts, peut se produire aussi bien dans les logements collectifs vétustes que dans le neuf. Dans ce dernier cas, il est en train d’apparaître que les normes de construction mises en avant ces dernières années avaient pour objectif principal, au nom de la maîtrise de l’énergie, de protéger du froid grâce à une bonne isolation. Mais il n’a pas été prévu dans ces normes de protéger de la chaleur – pire, l’excellente isolation de ces logements leur fait emmagasiner de la chaleur en cas de canicule.
Quant aux logements collectifs des grands ensembles des quartiers populaires, ils sont totalement inadaptés à la canicule – c’est le cas d’innombrables barres d’immeubles qui n’ont, tout simplement, même pas de volets ou de stores pour protéger un peu du rayonnement solaire. Cela devra peut-être être une priorité, dans les temps caniculaires à venir, d’équiper à minima ces logements de protection. En attendant, des collectifs se mobilisent pour exiger – comme c’est le cas par exemple en Allemagne – que les loyers soient suspendus ou au moins réduits lorsque la chaleur dépasse un certain seuil.
« Zéro logement bouilloire »
Ces collectifs, au premier rang desquels la Fondation pour le logement, exigent que le gouvernement mette en urgence à l’ordre du jour du Parlement une proposition de loi transpartisane déposée à l’Assemblée nationale il y a un an et baptisée « Zéro logement bouilloire ».
Cette proposition de loi a été cosignée par 150 députés, majoritairement de gauche mais aussi MoDem, Horizons, Renaissance et Liot. Elle vise, d’abord, à modifier la définition légale de la précarité énergétique pour y inclure la chaleur excessive et propose, à compter de l’an prochain, d’intégrer le confort d’été dans le concept de rénovation globale d’un logement. La proposition de loi vise également à transformer en avis simple l’avis conforme des ABF (Architectes des bâtiments de France) « pour l’installation de protections solaires dans les zones patrimoniales et aux abords des bâtiments historiques ». Elle prévoit enfin un droit, pour les locataires, d’exiger que les propriétaires installent des stores, des volets en bois ou des brasseurs d’air.
Le gouvernement saisira-t-il cette opportunité pour lancer le débat législatif sur ces questions ? Au-delà de l’annonce d’un plan « Orsec-Chaleurs extrêmes », il va devenir politiquement difficile de ne pas agir sur la question du logement. D’autant plus que Météo-France annonce, déjà, le retour possible de températures très élevées … dès la semaine prochaine.
Dans l’immédiat, c‘est le risque de feu de forêts qui est le plus urgent. Du fait de la grande sécheresse des sols et de la végétation et d’un fort renforcement du vent, six départements du sud (Pyrénées-Orientales, Aude, Hérault, Gard, Bouches-du-Rhône et Vaucluse) ont été placés en vigilance rouge incendie par Météo-France.
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