Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux

Édition du mardi 30 juin 2026
Démocratie

Pour renforcer la participation citoyenne en France, le gouvernement mise sur sa plateforme numérique Agora

Une circulaire du Premier ministre signée le 23 juin dernier vise à renforcer la participation citoyenne dans l'élaboration, le suivi et l'évaluation des politiques publiques. La plateforme numérique « Agora » permet de recueillir l'avis des citoyens mais aussi de rendre compte de manière transparente des décisions prises à la suite des consultations.

Par Lucile Bonnin

C’est une plateforme numérique qui avait été lancée par le gouvernement en septembre 2023. Piloté initialement par feu le ministère du Renouveau démocratique, ce projet avait pour ambition de faire d’Agora « la première appli qui fait dialoguer directement les Français et le gouvernement, et [qui] permet à chaque citoyen de devenir un acteur à part entière de l’action gouvernementale. » 

Force est de constater que depuis son lancement il y a trois ans, les consultations publiées sur le site ne sont pas nombreuses et que l’initiative s’est rapidement essoufflée. En 2024 par exemple, une seule consultation – portant sur la rémunération des agriculteurs – a été mise en ligne. 

Pourtant, selon un sondage mené par la direction interministérielle du numérique, 3 Français sur 4 souhaitent pouvoir donner leur avis sur des thématiques qui font écho à leurs préoccupations quotidiennes si un outil simple d’utilisation le permet. C’était aussi une revendication phare du mouvement des Gilets jaunes en 2018 : permettre aux citoyens de participer à l’élaboration des politiques publiques et faire en sorte que le gouvernement rende finalement compte des suites données aux propositions.

Mais cette fois-ci, le gouvernement compte bien faire de cette plateforme un véritable réflexe politique aussi bien du côté des citoyens que du côté des services de l’État. C’est dans ce cadre que le Premier ministre a signé le 23 juin dernier une circulaire relative à l’utilisation de la plateforme de participation citoyenne souveraine Agora. 

Obligation d’utilisation pour les administrations 

Alors que « l'application compte à ce jour 213 000 utilisateurs »  et « 510 000 votes exprimés (…) aux 19 consultations menées depuis son lancement » , le Premier ministre appelle à faire à l’avenir d'Agora l'outil de référence pour toutes les consultations citoyennes en ligne organisées par l'État.

Pour ce faire, la circulaire instaure une obligation d'utiliser Agora dès lors qu'une administration envisage une consultation en ligne et que les fonctionnalités de la plateforme répondent à son besoin. Cette nouvelle obligation concerne « les membres du gouvernement, les préfets, les administrations et les opérateurs de l'État ». 

Cette orientation répond aussi à un objectif d'internalisation des compétences numériques de l'État, conformément à la circulaire de 2022 limitant le recours aux prestations intellectuelles externes. L'idée est que l'État dispose désormais de son propre outil de consultation qui doit in fine être privilégié. Afin de faciliter la mise en œuvre de cette politique, chaque ministère, préfecture de région et chaque opérateur de l'État susceptible d'organiser des démarches participatives doit désigner « un point de contact ».

« L'impérieuse nécessité de (…) rendre compte des résultats » 

Sébastien Lecornu insiste enfin dans cette circulaire sur « l'impérieuse nécessité »  de « rendre compte des résultats et des suites données »  aux citoyens après une consultation.

Ainsi, chaque consultation publiée sur le site Agora doit donner lieu à deux publications successives : d’abord une synthèse présentant les principaux enseignements des contributions citoyennes, puis une réponse officielle de l'autorité ayant lancé la consultation (ministre, préfet ou responsable administratif), précisant les suites données aux propositions. Attention : « une réponse argumentée, précisant les propositions qui sont retenues ou au contraire écartées, et les raisons associées, est attendue. » 

Pour l’heure, sur le site Agora, plusieurs consultations ont mené à des synthèses de résultats mais les actions mises en œuvre après la participation citoyenne ne sont pas présentées. Le gouvernement instaure désormais « un véritable "devoir de suite" pour plus de transparence ». 

Fonctionnalité « Questions au gouvernement » 

« Pourquoi raboter le fonds vert alors que celui-ci permet aux territoires de s'adapter au changement climatique ? », « Quand va-t-on mettre le fuel domestique avec une TVA de 10 % ? », « Face au vieillissement de la population, le gel des autorisations SAP favorise les grandes franchises et grands groupes, ça bloque l'innovation locale. Comment comptez-vous libérer ce marché crucial ? » 

Voici quelques exemples de questions qui ont été posées sur le site Agora par des citoyens via l’application mobile. Sur le site officiel du gouvernement, il est indiqué que « la principale nouveauté »  de la relance de la plateforme Agora « est le lancement d'un dispositif inédit : « questions au gouvernement »  ». 

Les citoyens peuvent, chaque semaine, soumettre une question portant sur un sujet d'actualité, tel que le logement, la santé, le pouvoir d'achat, la sécurité, la transition écologique ou encore la jeunesse. Les utilisateurs de la plateforme sont ensuite invités à voter pour les questions qu'ils jugent les plus importantes. La question ayant recueilli le plus de soutiens est enfin transmise au ministre compétent, qui y répond sous la forme d'une courte vidéo, accessible et diffusée directement sur l'application.

Il faudra néanmoins attendre encore quelques mois pour savoir si cette promesse de transparence sera réellement tenue et si les annonces sans lendemain qu’a déjà pu connaître la plateforme Agora ne seront pas répétées. 

Pour en savoir plus, rendez-vous sur agora.gouv.fr

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