Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du mercredi 15 juillet 2026
Canicule

Feux de forêt : l'ensemble du territoire hexagonal désormais menacé

Les feux de forêt ont gagné le nord du pays, ce week-end, avec notamment un grave incendie qui a ravagé 10 % de la forêt de Fontainebleau, en région parisienne. Pas moins de 17 feux de forêt étaient répertoriés hier sur le territoire, dont plus aucun département n'échappe à présent au danger.

Par Franck Lemarc

L’image est saisissante – et inimaginable il y a seulement quelques années : toute la journée de lundi 13 juillet, les Canadair ont effectué des rotations ininterrompues en puisant l’eau… de la Seine, près de Melun, en Seine-et-Marne. Cette image restera comme un symbole du changement climatique, avec, pour la première fois dans l’histoire de la Sécurité civile, des sapeurs-pompiers et des moyens aériens dépêchés de l’arc méditerranéen vers le nord, et non l’inverse. 

Les feux touchent le nord du pays

C’est dimanche 12 juillet que le feu a pris en forêt de Fontainebleau, à une soixantaine de kilomètres de Paris, au bord de l’autoroute A6, créant le chaos sur cet axe – avec des automobilistes contraints de faire demi-tour sur la bande d’arrêt d’urgence pour fuir le danger. Selon les premiers éléments de l’enquête, ce pourrait être un chantier sur le bord de l’autoroute – et plus précisément l’usage d’une disqueuse – qui a mis le feu à la forêt. Par la suite, d’autres départs de feu ont aggravé la situation, volontaires ceux-là : un jeune homme, sapeur-pompier volontaire, est ce matin en garde à vue, et a avoué avoir provoqué plusieurs départs de feu. 

L’incendie est arrivé aux portes de la ville de Fontainebleau, et plusieurs communes ont dû être partiellement évacuées, notamment Achères-la-Forêt et Le Vaudoué. Quelque 800 pompiers, quatre Canadair, quatre hélicoptères bombardiers d’eau et un Dash ont été mobilisés et ce matin, selon la préfecture, le feu est fixé. Mais il a ravagé plus de 2 000 hectares, soit 10 % de la surface de cet immense massif forestier – ce qui en fait l’incendie le plus grave jamais survenu dans ce lieu. Si le feu ne progresse plus, il n’est pas éteint, et les pompiers estiment qu’il faudra sans doute plusieurs semaines pour le noyer entièrement. Pour ne rien arranger, quatre incendies plus restreints se sont déclarés dans le sud du département (feux de chaume), mobilisant une partie des forces du Sdis. 

Cet incendie – comme d’autres qui ont touché ce week-end les départements de l’Oise, des Côtes-d’Armor et du Finistère – montre de façon implacable à quel point le réchauffement climatique modifie déjà les écosystèmes et expose la totalité du territoire hexagonal, désormais, aux feux de forêt. C’est tout le nord de l’Europe, d’ailleurs, qui va voir ses conditions d’existence profondément modifiées, au-delà de nos frontières : hier, en Grande-Bretagne, un rapport de l’agence nationale météorologique a été dévoilé, qui indique que le climat britannique a déjà « profondément changé »  par rapport à celui du 20e siècle, avec des conséquences qui seront sans doute plus graves encore qu’en France : « Une grande partie des infrastructures britanniques, du logement, de l'agriculture et des systèmes de santé ont été pensées pour un climat qui n'est plus représenté par les observations actuelles », souligne le rapport. 

Polémiques

Hier, sur l’ensemble du pays, ce ne sont pas moins de 17 incendies importants qui ont été répertoriés : outre la Seine-et-Marne, des incendies notables se sont déclenchés dans le Lot-et-Garonne, les Pyrénées-Atlantiques, l’Ardèche, la Savoie, la Lozère, le Lot, l’Anjou, la Saône-et-Loire… Les graves incendies qui se sont déclenchés la semaine dernière dans la Drôme et les Pyrénées-Orientales ne sont, quant à eux, toujours pas éteints même s’ils ne progressent plus. 

Dans ces conditions, la question des moyens de lutte contre le feu devient, forcément, un sujet politique, et il ne fait pas de doute que la séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, cet après-midi, sera agitée. Une polémique a notamment éclaté ce week-end à propos d’un décret signé le 21 février 2024 par le Premier ministre, Gabriel Attal, portant annulation d’une dizaine de milliards d’euros de crédits, dont une ligne supprimait quelque 53 millions d’euros de crédits destinés à la Sécurité civile. Selon plusieurs députés de gauche, ces crédits étaient destinés à financer l’achat de deux Canadair supplémentaires. De fait, l’entourage de l’ancien Premier ministre reconnaît que la commande de ces deux avions a été retardée, mais explique que c’est parce que le constructeur canadien de ces appareils était dans l’impossibilité de les livrer. Finalement, ce n’est que le 4 juillet dernier que le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a commandé ces appareils, qui ne seront livrés… qu’en 2032.

Sur la question des moyens toujours, l’État semble s’être enfin résolu à mobiliser un nouvel appareil, l’Airbus militaire A400M, qui pourrait être équipé d’un « kit de largage »  de 20 tonnes d’eau, soit trois fois la capacité d’un Canadair. Cet avion pourrait être mobilisé dès cet été, « d’ici 8 à 15 jours » , a déclaré le ministre de l’Intérieur avant-hier.
Plus généralement, c’est toute la politique d’aménagement des forêts qui devra probablement être remise à plat dans les mois qui viennent au vu des nouvelles menaces climatiques. Avec, au centre du débat, le rôle de l’Office national des forêts (ONF) dont les moyens financiers et humains n’ont cessé d’être réduits ces dernières années. 

Appel aux dons

Hier, la Fondation du patrimoine a annoncé le lancement d’une collecte de fonds « exceptionnelle »  pour « sauver les forêts françaises » . Les fonds récoltés serviront à financer des actions « de reconstitution et de sauvegarde »  des forêts, ainsi que des actions « de prévention et de préservation de la biodiversité ». Les dons peuvent être adressés à : www.fondation-patrimoine.org/lesprojets/incendies-sauvons-la-foret-francaise/105582/.

Par ailleurs, l’AMF et l’association départementale des maires des Pyrénées-Orientales ont lancé, la semaine dernière, une collecte pour alimenter un « fonds de solidarité »  à destination des communes sinistrées par les incendies dans ce département. Les communes du pays sont appelées à exprimer leur solidarité en versant à ce fonds, dont le produit sera reversé aux communes sinistrées. L’AMF666 a ouvert un compte spécifique où les dons peuvent être adressés. Voici ses coordonnées : 
« AMF66 – Solidarité communes incendies juillet 2026 », Caisse d’épargne Languedoc-Roussillon. BIC : CEPAFRPP348 – IBAN : FR76 1348 5008 0008 0144 0038 142 – Siret : 32866566600017 – NAF : 9499Z.

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