Baignade en milieu naturel : l'impérieuse nécessité de la prévention dans les communes
Par Lucile Bonnin
Avec la canicule, la baignade dans des espaces non aménagés – notamment les canaux et rivières – est plus fréquente malgré l’interdiction, tout comme la pratique des plongeons.
La ministre des Sports Marina Ferrari a annoncé il y a quelques jours que plus de 90 décès par noyade avaient été enregistrés depuis le 19 juin. En juin, deux adolescents se sont noyés à la suite d'une baignade dans le Doubs près de Besançon où la baignade est interdite en raison de nombreux dangers, notamment de courants très puissants.
Ces malheureux incidents sont constatés tous les étés. Pourtant, ils peuvent être évités. C’est pourquoi chaque année, à l’occasion d’une large campagne de sensibilisation (appelée #CoulePasTonÉté), Voies navigables de France (VNF) rappelle que « s’ils constituent un grand terrain de détente et de loisirs dans un contexte estival, proposant une multitude d’activités encadrées (vélo, balade en bateau, canoë-kayak, ou encore paddle) », la baignade est dangereuse dans les rivières, canaux et fleuves et, sauf exception, interdite.
Selon Santé publique France, « plus d’une noyade mortelle sur deux survient dans les cours d’eau ou les plans d’eau ».
Des risques « nombreux » et « insoupçonnés »
Le message diffusé par VNF est clair : « Hors des zones aménagées, la baignade est risquée ». Dans ses supports de communication, VNF identifie pas moins de six risques différents, qui peuvent coûter la vie.
Premièrement, le saut depuis un pont ou une berge est extrêmement dangereux, car la faible profondeur de l'eau et la présence d'objets ou d'ouvrages invisibles sous la surface (blocs de béton, pieux métalliques ou rochers) peuvent provoquer des blessures graves, voire mortelles, en cas de choc.
Les courants et aspirations sous l'eau, en particulier à « proximité des écluses ou des barrages », représentent un danger majeur : ils peuvent entraîner un nageur, provoquer son épuisement, le heurter contre des obstacles ou l'aspirer vers le fond, avec un risque réel de noyade.
Se baigner dans une zone non aménagée pour la baignade suppose aussi une absence d’infrastructures prévues pour accéder à l’eau. Ainsi les difficultés pour remonter « en lieu sûr » peuvent mener à un épuisement dans l’eau et éventuellement à une noyade ou blessure.
Le passage des bateaux, fréquent notamment dans les canaux, constitue un danger important : « les manœuvres d'évitement » sont difficiles, et tout choc avec une embarcation — notamment avec ses hélices — peut provoquer des blessures graves.
La faible visibilité dans l'eau est aussi un risque important car elle empêche de repérer les obstacles ou installations immergées, exposant les baigneurs à des blessures en cas de choc.
Pour finir, VNF précise que « les plantes aquatiques agrippantes » présentent un risque sérieux car elles peuvent coincer un nageur sous l'eau, le maintenir au fond et augmenter fortement le risque de noyade.
Agir à l’échelle de sa commune
Récemment, des préfets et des élus locaux se sont fait les relais de cette campagne #CoulePasTonÉté. Par exemple, la municipalité de Castelnau-d'Estrétefonds (Haute-Garonne) a partagé sur ses réseaux sociaux une vidéo de sensibilisation proposée par VNF. La municipalité de Cambrai (Nord) a également partagé sur son site internet les éléments de communication fournis par VNF.
Plusieurs éléments de communication (affiches, kit pour les réseaux sociaux, guide pédagogiques) sont mis à disposition sur le site de VNF. Par ailleurs, afin que chacun puisse profiter sereinement des berges et du domaine fluvial, VNF propose une cartographie des lieux de baignade autorisés et d’activités nautiques sur son site.
Rappelons que les maires peuvent, en plus de relayer cette campagne VNF dans leur commune, prendre d’autres dispositions.
Dans le droit français, « toute personne qui se baigne en mer, dans les cours d’eau, les lacs, les étangs et en général tous les plans d’eau dont l’accès est libre et qui n’ont fait l’objet d’aucune organisation particulière, le fait à ses risques et périls ». Si aucun arrêté municipal ou préfectoral n’a été pris pour l’interdiction de la baignade, et qu’aucun panneau « baignade interdite » n’est visible, la baignade est possible. C’est pourquoi il est primordial que le maire, s’il n’interdit pas la baignade, signale « les emplacements dangereux où il est interdit de se baigner » grâce à « un affichage lisible et explicite ». VNF précise que « les mairies et offices de tourisme peuvent renseigner le public sur les espaces de baignade autorisés à proximité de chez vous ou de votre lieu de vacances ».
De plus, « la jurisprudence estime que lorsqu’un lieu de baignade non aménagé est "notoirement fréquenté", même de façon saisonnière, le maire doit prendre des mesures en vue d’assurer la sécurité des baigneurs », pas forcément en installant un poste de surveillance, mais au moins « en prenant les mesures nécessaires à l’intervention rapide des secours en cas d’accident », notamment par l’installation d’un moyen d’alerter un centre de secours.
Enfin, les maires disposent d’une police spéciale de baignade qui les oblige à définir « les zones surveillées offrant des garanties de sécurité suffisantes pour l’exercice des activités de baignade et activités nautiques, ainsi que les périodes de surveillance ». À noter que lorsque les périodes de surveillance sont terminées, « la baignade aménagée devient une baignade non surveillée et non interdite » et donc « toute personne qui se baigne le fait à ses risques et périls ».
Si VNF explique que la baignade en rivière n’est autorisée « qu’au cas par cas », le droit l’autorise de fait sauf s’il y a une interdiction claire et affichée. Le cas par cas correspondrait alors à l’interdiction ou l’absence d’interdiction.
Mais concrètement, il faut tout de même prendre la mesure du risque : « En dehors des sites aménagés, les risques de noyade sont réels » et avec « le contexte météorologique, le risque d’hydrocution est élevé à cause des variations importantes de température entre l’air et l’eau ». Les zones de baignades surveillées sont donc à privilégier.
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