Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux

Édition du jeudi 5 mars 2026
Climat

Après les pluies exceptionnelles de l'hiver, un « faux printemps » à haut risque

Météo France vient  de publier son bilan climatique de l'hiver 2025-2026. Cette saison a été hors norme, autant du fait des températures élevées que de la pluviométrie exceptionnelle. Au sortir de cette séquence, la précocité d'un temps printanier est tout aussi inquiétante. 

Par Franck Lemarc

Il y a ce qui relève des hasards météorologiques, et ce qui relève d’une tendance de fond. Si l’exceptionnelle pluviométrie de janvier-février relève en partie de la première catégorie semble en partie appartenir à la première catégorie, il n’en va pas de même des températures anormalement élevées qui ont, une fois de plus, marquée cette saison.

Douceur exceptionnelle

L’hiver 2025-2026 a en effet été exceptionnellement doux : avec une température moyenne de 7,6 °C, il a été le quatrième hiver le plus chaud depuis 1900. En dehors d’un bref épisode de froid entre fin décembre et début janvier, les mois de décembre et de surtout de février ont été anormalement doux avec, pour ce dernier mois, une anomalie de 3,5 °C au-dessus de la moyenne 1991-2020. 

Conséquence logique : le nombre de gelées est très fortement déficitaire sur l’ensemble du pays, tous concentrés sur la brève période de froid de la fin décembre. Quelques chiffres : il n’y a eu cet hiver que 27 jours de gel à Besançon au lieu de 53 en moyenne, 15 jours au lieu de 28 à Lille, 13 jours au lieu de 33 à Auch.

La fin du mois de février a été marquée par des températures tout à fait exceptionnelles, notamment le 25 février où il a fait 20,4 °C à Paris, 21,2 °C à Cherbourg et même 24 °C à Châteauroux.

Cette situation est en train de devenir la norme : depuis 2019, il n’y a pas eu d’hiver froid en France – c’est-à-dire que tous les hivers ont connu une température supérieure à la moyenne des 20 années précédentes. 

Pluies exceptionnelles

Ces températures anormalement élevées ont été masquées par les pluies exceptionnelles tombées sur le pays entre le 7 janvier et le 19 février, soit 40 jours consécutifs où il a plu quotidiennement – ce qui n’est jamais arrivé depuis que les relevés existent. Cette situation semble à la fois conjoncturelle et structurelle. Conjoncturelle, parce qu’elle est la conséquence d’une situation météorologique particulière : l’anticyclone des Açores est resté pendant des semaines « coincé »  très au sud, tandis qu’une énorme dépression s’est durablement installée sur l’océan Atlantique, des Antilles jusqu’à l’Europe. Structurelle, parce que selon les experts, le réchauffement climatique lui-même, en accélérant l’évaporation des océans, provoque mécaniquement des précipitations plus abondantes. 

Le mois de février 2026 aura été le plus pluvieux jamais mesuré, tandis que l’hiver pris dans son ensemble a été le 8e plus pluvieux de l’histoire des relevés (c’est-à-dire depuis 1959). De nombreuses communes ont battu des records absolus de pluviométrie (798 mm de pluie pendant tout l’hiver à Quimper, 526 mm à Montpellier, 404 mm à Arles, 312 mm à Albi. L’excédent de précipitations, sur l’ensemble de l’hiver, a atteint 70 % en Bretagne, 62 % en région Paca, 92 % en Occitanie et même 103 % en Corse. 

Ces précipitations intenses ont eu au moins un avantage : celui de recharger de façon spectaculaire les nappes phréatiques. Le BRGM n’a pas encore publié son bilan de situation de la fin février, mais celui de mi-février montrait des niveaux des nappes en forte hausse sur la presque totalité du pays. Les régions les plus touchées par la sécheresse de ces dernières années, notamment les Pyrénées-Orientales, ont retrouvé des niveaux normaux. 

Mais hélas, les pluies ont été telles que les sols se sont rapidement trouvés saturés, ce qui a provoqué les crues sévères du mois de février. L’hiver a connu 18 jours en vigilance rouge crue, ce qui est là encore un record absolu. Ces épisodes de crues, notamment sur les fleuves Garonne, Loire et Charente ont été « remarquables par leur étendue géographique et leur persistance dans le temps », souligne Météo France, qui note que ce n’est peut-être pas fini : la très forte humidité des sols et les débits encore élevés des rivières peuvent provoquer, en cas de nouvelles précipitations, des crues rapides. 

Pour couronner le tout, l’hiver a été également marqué par trois tempêtes importantes (Goretti, Nils et Pedro). Ces trois tempêtes (la première en Bretagne, Normandie et dans le nord et les deux autres dans le sud-ouest) ont occasionné des vents à plus de 150 km/h et, pour ce qui concerne Nils, de très gros dégâts dans l’Aude ou dans l’Hérault, où la saturation des sols en eau, conjuguée aux vents violents, a conduit à l’arrachage d’innombrables arbres. Certaines forêts, comme celle du massif de l’Espinouse, dans le parc régional du Haut-Languedoc (Hérault), ont été ravagées : dans ce massif, 80 000 mètres cubes d’épicéas sont au sol, réduisant à néant des dizaines d’année de gestion forestière, déplore l’ONF. 

Le « faux printemps »  et ses risques

Au sortir de cet hiver catastrophique, le changement de temps est spectaculaire, avec l’arrivée particulièrement précoce de températures dignes d’une fin avril… ce qui n’est guère plus rassurant. 

Le pays vit maintenant une période que les experts appellent un « faux printemps », soit « un épisode de douceur anormalement précoce en fin d’hiver qui provoque une reprise anticipée de l’activité biologique des plantes ». Ce « faux printemps »  est le plus marqué depuis 1900, d’après l’expert en agrométéorologie Serge Zaka, qui notait fin février, sur X, que « la vitesse de croissance de très nombreux végétaux s’étend de 40 à 80 % de leur vitesse potentielle, alors qu’à ce moment de l’année elle devrait tourner entre 0 et 10 % ». Du côté des grandes cultures, le colza est déjà en fleurs avec un à deux mois d’avance. Pour l’arboriculture, les abricotiers, amandiers, cerisiers et pêchers sont également déjà en fleur dans de nombreuses régions. Le maraîchage connaît une situation contrastée : dans les régions qui ont été touchées par les crues, certaines exploitations sont entièrement perdues, tandis que dans d’autres régions, la croissance se fait avec une considérable avance, laissant craindre une importante surproduction. 

Mais le problème le plus inquiétant, pour l’agriculture, est la crainte d’une poussée de gel, toujours possible tout le mois de mars voire en avril. Quelques jours de gel sévère frappant une végétation déjà en fleurs pourraient anéantir la production sur certaines parcelles.

C’est ce qui s’était produit, on s’en souvient, au début du mois d’avril 2021 (lire Maire info du 9 avril 2021) : un brusque coup de froid, avec des températures qui étaient localement tombées sous les – 10 ¨C, avait littéralement « grillé »  les futures récoltes sur ces centaines de milliers d’hectares, en particulier dans la vigne et l’arboriculture. Certains producteurs avaient vu leur récolte détruite à 100 %. 

À l’époque, de nombreux élus et parlementaires avaient plaidé pour que l’État soit à l’initiative d’un vaste plan d’investissements pour protéger les agriculteurs – notamment les vignerons – contre ces aléas que le réchauffement climatique va rendre de plus en plus fréquents. Il semble que, cinq ans plus tard, on en soit au même point. Les agriculteurs en sont réduits, aujourd’hui, à croiser les doigts. 

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