Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du mardi 16 novembre 2021
Élus locaux

L'Observatoire de la démocratie de proximité propose d'engager « une remise à plat des moyens d'actions » dont disposent les maires

Malgré une confiance accordée aux maires toujours élevée et le fait que la commune soit considérée comme le « dernier rempart démocratique », l'Observatoire constate « un délitement de l'engagement municipal ».

Par A.W.

L’Observatoire de la démocratie de proximité AMF-Cevipof/Sciences Po a publié, dimanche, une note de synthèse de ses cinq dernières enquêtes sur « La France, ses maires et ses territoires »  complétée par les résultats des élections municipales et le Répertoire national des élus. Depuis 2018, l’Observatoire a, en effet, réalisé plusieurs enquêtes auprès des maires en exercice (répétée en 2018, 2019 et 2020) et des Français (2019 et 2021).

Le lien de proximité, un « gage de repère » 

Dans cette note de six pages, Martial Foucault, professeur des universités à Sciences Po et directeur du Cevipof, rappelle que la confiance des Français envers leur maire continue de se maintenir à des niveaux élevés (environ 70 %) depuis près de 20 ans. Un lien de confiance « résilient »  entre représentants et représentés, en comparaison du « capital confiance dont disposent les représentants nationaux (députés, sénateurs, membres du gouvernement ou président de la République) ».

« On peut y voir une forme de résistance tant le modèle de démocratie représentative est de plus en plus contestée, en France et plus largement dans le monde entier », estime-t-il. Face à la montée du sentiment d’injustice et de déclassement apparu ces dernières années, « la place des maires s’est affirmée comme un rempart aux soubresauts d’une société défiante vis-à-vis du politique ». 

Cette confiance est d’autant plus élevée que la taille du territoire est petite. Près de quatre Français sur cinq résidant dans des communes de moins de 2 000 habitants font confiance à leur maire quand ils sont un peu plus de trois sur cinq dans les communes de plus de 200 000 habitants. Un écart qui s’explique notamment par le lien de proximité qui est « gage de repère dans une société de plus en plus atomisée ».

Contrairement aux idées reçues, toutes les générations sont attachées à leur commune. Si les personnes âgées de plus de 65 ans restent les plus nombreuses à déclarer « un attachement fort »  à la commune, les moins de 35 ans sont tout de même 55 % à partager cette idée. « Il n’existe pas non plus de séparatisme socioprofessionnel », selon le directeur du Cevipof pour qui, « il n’y a pas, d’un côté, une société populaire et traditionnelle qui aurait la fibre communale et, de l’autre côté, une société de classes supérieures et mondialisée qui en serait éloignée ».

Crise de l’engagement démocratique

Sur le front de l’engagement démocratique, la situation est loin d’être aussi satisfaisante. Si « aucun pays européen ne peut se targuer de mobiliser près d’un million de candidats à une élection locale », le directeur du Cevipof rappelle paradoxalement la « faible appétence »  pour l’engagement municipal. Il y a ainsi 25 % des Français interrogés qui ne sont « pas du tout intéressés »  par la vie de leur commune et 33 % qui se disent « intéressés sans être prêts à y consacrer du temps ».

Une forme de « délitement de l’engagement municipal »  est ainsi observée. Lors des dernières élections municipales de mars 2020 la participation (44 %) a ainsi été historiquement basse. A travers un graphique, l’Observatoire montre comment ce taux de participation varie en fonction de la taille de la commune, passant quasiment du simple au double selon la catégorie de communes. Il a atteint près de 67 % dans les communes de moins de 500 habitants, chutant progressivement jusqu’à parvenir à un peu plus de 36 % dans les communes de plus de 100 000 habitants.

Les maires eux-mêmes sont très partagés quant aux raisons de cet affaiblissement de la participation. Pour 45 % des maires interrogés en septembre 2020, ce serait davantage un phénomène passager lié à la crise sanitaire quand 55 % des autres maires estiment que la situation serait plus préoccupante car elle traduirait un désintérêt plus profond des citoyens pour la vie municipale.

Malgré le développement des formes d’expressions plus « participatives »  et « l’inflation de promesses de concertation ou de co-construction des projets », « les premières expérimentations d’inclusion plus grande des citoyens dans la vie de la cité ne parviennent pas à toucher l’ensemble de la population ». Notamment en ce qui concerne les citoyens les plus en marge, ceux qui sont désintéressés, désabusés ou fatigués des formes d’engagement classique, souligne Martial Foucault.

Remise à plat 

Bien que la commune constitue « une forme de dernier rempart démocratique des malheurs et inquiétudes des Français », « les maires se sentent de moins en moins capables de répondre [à ces enjeux] du fait d’une recentralisation de leur champ de compétence (par la montée en puissance des intercommunalités) et d’un rétrécissement de leur autonomie financière (la politique de transferts par l’État se substituant au produit de l’impôt local) ».

« La relation État-communes reste encore fortement abimée, non pas en raison d’une mauvaise relation interpersonnelle avec les préfets ou sous-préfets, mais plutôt d’une structure étatique qui ne dispose pas d’une culture politique du fait municipal et encore moins d’une ambition décentralisatrice », explique Martial Foucault, alors que les Français interrogés ne sont plus que 28 % à soutenir davantage de libertés ou de compétences aux collectivités territoriales.

Ce dernier propose ainsi d’engager « une remise à plat de la responsabilité des maires et des moyens d’actions dont ils disposent ». Dans le cas contraire, « ce n’est pas l’institution municipale qui ressortira affaiblie mais la démocratie représentative tout entière », estime-t-il.
 

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