Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du lundi 14 septembre 2026
Sports

Suppression de l'obligation de vidange annuelle des piscines publiques : comment les collectivités s'approprient cette réforme

Une enquête flash de l'ANDIISS, réalisée en avril 2026 auprès de plusieurs agents territoriaux du sport, dresse un premier état des lieux de l'application du nouveau cadre réglementaire sur les vidanges de piscines publiques.

Par Lucile Bonnin

L’Association nationale des directeurs et des intervenants d'installations et des services des sports (ANDIISS) vient de publier les résultats d’une enquête flash menée en avril 2026 auprès d’un petit échantillon d’agents territoriaux du sport en charge des équipements aquatiques. Un retour intéressant qui permet d’observer de premières tendances après l’annonce de la fin de la vidange annuelle obligatoire pour les piscines publiques.

Une réforme attendue 

En novembre 2025, lors du congrès de l'AMF, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé la suppression de l'obligation annuelle de vidange des piscines municipales, une décision particulièrement applaudie par les élus locaux. Cette décision fait notamment suite aux demandes portées par l’AMF.

Un mois plus tard, cette annonce a été officialisée par la publication d'un décret et de plusieurs arrêtés au Journal officiel, la veille de Noël (lire Maire info du 12 janvier 2026). Concrètement, l'arrêté technique abroge l'obligation d'une vidange complète au moins une fois par an, mais cette suppression n'exclut pas les contrôles ni les cas où une vidange serait nécessaire : elle reste requise en cas de dégradation avérée de la qualité de l'eau, selon des indicateurs précis fixés par un troisième texte. 

Ce texte distingue deux niveaux de surveillance : d'une part le contrôle sanitaire officiel, dont les paramètres et la fréquence du programme d'analyses sont réalisés à la diligence du directeur général de l'agence régionale de santé, et d'autre part l'autosurveillance assurée par la personne responsable de la piscine elle-même. Seuls les pataugeoires et les bains à remous demeurent soumis à une vidange obligatoire, au moins deux fois par an. 

Sur le plan financier, le ministère des Sports évalue le coût annuel d'une vidange nationale pour les bassins intérieurs entre 6 et 10 millions d'euros, une charge qui pèse notamment sur les communes, gestionnaires de 80 % des piscines françaises. L'Andes, de son côté, estime que cette réforme permettra d'économiser jusqu'à 3 milliards de litres d'eau potable par an.

Les collectivités encore en phase d’adaptation 

Plusieurs mois après la publication de cette nouvelle réglementation, il semble que le cadre ne soit pas encore véritablement appliqué sur le terrain. 75 % des répondants indiquent que leur ARS n'a pas précisé les critères déclenchant une vidange : seuls 6 élus sur 24 ont reçu une position claire de leur ARS. 

« Les situations décrites restent hétérogènes »  et notamment dans les pratiques des collectivités : certaines maintiennent une vidange annuelle, d'autres espacent à 18 mois, 2 ou 3 ans, ou optent pour des vidanges partielles selon l'état de l'eau et des installations. Par ailleurs, 42 % des répondants ont formalisé un protocole interne en l'absence de position de leur ARS.

L’ANDIISS constate aussi que « les pratiques commencent à évoluer d’une vidange programmée selon le calendrier vers une décision davantage fondée sur l’état réel de l’eau, du bassin et des équipements ». 

Autre changement notable : « 58 % des répondants ont déjà réfléchi à une stratégie pour organiser les travaux nécessitant un arrêt de l’exploitation »  car « l’espacement des vidanges amène en effet à repenser les périodes consacrées à l’entretien technique et aux travaux programmés ».

Enfin, l’enquête souligne que cette nouvelle règlementation a plusieurs bénéfices même s’ils restent encore peu évalués. « 37,5 % des répondants ont déjà mesuré les impacts d’une optimisation des vidanges et 25 % sont en cours d’évaluation. Les premiers retours concernent notamment les économies d’eau, d’énergie et de coûts, ainsi que l’organisation de l’exploitation. » 

Ainsi, une collectivité rapporte avoir économisé « 1 000 m³ d'eau »  et « 40 à 50 MWh d'économie de chaleur »  grâce à l'espacement de ses vidanges. Un autre témoignage évoque un gain financier direct, avec une « économie entre 20 000 et 30 000 euros sans vidange » , ce montant intégrant le coût de l'eau, du chauffage et de la perte d'activité liée à la fermeture du bassin. 

L’ANDIISS rappelle enfin que « cette évolution ne signifie pas pour autant une réduction de la surveillance » . Les répondants soulignent d’ailleurs « l’importance du suivi de la qualité de l’eau, de l’état des équipements et de la maîtrise des risques, à travers notamment les analyses, les autocontrôles, le recours à des laboratoires extérieurs ou encore un suivi quotidien ». 

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