Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du mercredi 18 novembre 2020
Sports

Sports : vers une sortie du confinement en décembre pour les clubs amateurs

Faut-il y voir, comme le pressent le député de la majorité, Cédric Roussel (Alpes-Maritimes), une « bouffée d’oxygène »  pour le monde du sport ou un effet d'annonce ? Après s’être entretenu hier plus de deux heures avec les acteurs de la filière, Emmanuel Macron a présenté un paquet de nouvelles mesures estimé à 400 millions d’euros par l’Elysée. « Le monde du sport mérite mieux », rétorquaient hier certains membres de l’opposition.

Si bien des questions demeurent, le scénario de la reprise d’activités se dessine pour les clubs sportifs amateurs. Au sortir d’une réunion avec, entre autres, des présidents de fédérations, d’associations et de clubs professionnels, Emmanuel Macron a dit « souhaiter que le retour des mineurs dans les associations sportives puisse être effectif au mois de décembre (les dates du 1er et du 19 décembre sont évoquées, d’après L’Equipe, ndlr) selon des protocoles sanitaires qui seront travaillés avec le ministère chargé des Sports et les acteurs locaux ». Il devra s’accompagner d’une campagne de communication nationale « pour faire la promotion de la pratique sportive au bénéfice de la santé des Français ».
L’AMF avait fortement poussé à la reprise de la pratique sportive en club par les mineurs dès le mois de décembre, par la voix de David Lazarus, co-président du groupe de travail sport, insistant sur la nécessité de privilégier la pratique en club plutôt que sur les temps périscolaires. Compte tenu, en outre, des enjeux économiques pour de nombreux clubs confrontés à une perte de licenciés sans précédent et des dégâts que peuvent causer l’absence de pratique sportive pour les adhérents, il était urgent de leur donner des perspectives de reprise. 
Hier encore, le député Fabien Di Filippo (Moselle, Les Républicains) se faisait l’écho, à l’Assemblée nationale, de « l’incompréhension et (de) la colère des acteurs du monde sportif amateur et de millions de pratiquants quotidiens de tous âges » : « comment comprendre qu’il soit possible de mettre une soixantaine d’enfants dans le même bassin en cours d’EPS, mais qu’il reste interdit de reprendre des activités en petits groupes distanciés de moins d’une dizaine d’enfants ? »  s’interrogeait-il. 

Un pass’sport en 2021
« Ce que nous faisons aujourd’hui, ce n’est pas ignorer les difficultés du monde sportif, c’est l’accompagner », lui a répliqué le ministre de l’Education nationale, de la Jeunesse et des Sports Jean-Michel Blanquer, répétant dans l’Hémicycle ce que le président de la République a officialisé le matin même : la création d’un pass’sport en 2021. Estimée à 100 millions d’euros, la mesure, destinée en priorité aux « plus fragiles »  comme les jeunes et les personnes en situation de handicap (lire Maire info du 17 septembre), est une « aide financière pour prendre en charge une part du coût d'inscription dans un club sportif d'un jeune de moins de 16 ans », précise le ministre dans L’Equipe. Je pense qu'une aide de 50 euros, comme l'a évoquée Denis Masseglia (président du CNOSF), est une bonne base de travail. Ensuite, à nous d'en définir les modalités, c'est tout le travail qui s'engage. Il nous faudra notamment décider qui en seront les bénéficiaires ». 
En direction du monde sportif amateur toujours, l’Etat a annoncé la reconduction en 2021 du fonds d’urgence (doté de 15 millions d’euros en 2020) pour les petites associations. Il investira ainsi 15 millions d’euros dans ce fonds « positionné à l’Agence nationale du sport »  (lire Maire info du 1er juillet). « En complément, une partie des crédits de l’Agence nationale du sport issus de plan de relance sera consacrée à la création d’un fonds de compensation pour amortir les pertes des fédérations sportives en termes de licences ».
A la rentrée, 122 millions d’euros sur deux ans (2021 et 2022) avaient, en effet, été accordés au sport dans le plan de relance du gouvernement (lire Maire info du 30 septembre). Parmi cette somme, 50 millions d’euros participeront à la rénovation, notamment en matière énergétique, d’équipements sportifs toujours plus vieillissants (lire Maire info du 1er septembre). 
5 000 postes de services civiques seront, enfin, fléchés vers le sport et des emplois seront créés dans les Comités régionaux olympiques et sportifs (Cros) « pour accompagner les petits clubs à se saisir des aides disponibles ». En septembre, le directeur général de l’ANS, Frédéric Sanaur, précisait que l’objectif était de passer de 5 300 emplois sportifs aujourd’hui à 7 500 en 2021 et 10 000 en 2022. 40 millions d’euros sont budgétés par l’ANS pour y parvenir.

Les spectateurs de retour dans les stades en janvier 2021 ?
Parmi les autres mesures annoncées hier, le président de la République a confirmé, pour le sport professionnel, « la mise en place du mécanisme de compensation de la billetterie à hauteur de 107 millions d’euros pour les clubs masculins et féminins ainsi que les organisateurs de manifestations sportives dont les fédérations. Cette aide exceptionnelle sera calculée en fonction des pertes et de la dépendance à la billetterie des structures. Le ministère des Sports engagera début décembre les versements dont la répartition par club sera précisée dans les prochains jours », précise un communiqué de Roxana Maracineanu. « Une exonération de cotisations sociales patronales hors retraite complémentaire et une aide au paiement des cotisations égale à 20% de la masse salariale, concernant les cotisations sociales devant être payées en octobre, novembre et décembre. Cet effort de 105 millions d’euros bénéficiera aux clubs (de moins de 250 salariés) qui n’ont quasiment plus de recettes du fait des restrictions de jauges puis du huis clos ». Le retour du public dans les stades fait, dans le même temps, l’objet d’une réflexion au gouvernement. Elle n’aurait pas lieu avant janvier 2021 avec désormais une « jauge relative ». Il ne serait plus question de fixer cette dernière à 1 000 ou 5 000 spectateurs selon les capacités d’accueil de l’équipement mais de la calculer par densité (un siège sur deux ou une personne par mètre carré).
Un groupe de travail est enfin lancé sur le dispositif du droit à l'image que réclament les acteurs avec l'appui de plusieurs parlementaires.

La majorité applaudit, l’opposition s’impatiente
Ces mêmes parlementaires ont réagi hier aux annonces de l’exécutif. Pour la majorité, Cédric Roussel (Alpes-Maritimes, La République en marche) et François Cormier-Bouligeon (Cher, La République en marche) se réjouissent de la prochaine création du pass’sport. Ils estiment, dans un communiqué, qu’Emmanuel Macron « a entendu le message du mouvement sportif. La baisse de 30 % du nombre de licenciés dans les fédérations sportives et les pertes financières sont très inquiétantes. Ce pass'sport permettra aux jeunes de revenir vers les inscriptions en club dès que la situation sanitaire le permettra. »  Régis Juanico (Loire, Génération.s) et Jean-Jacques Lozach (Creuse, PS), eux, attendent des précisions sur le calendrier dans lequel ce pass'sport sera déployé et surtout sur l’enveloppe qui lui sera consacré. « L’exécutif évoque un budget de 100 millions d’euros par an sans en préciser ni la cible, ni le nombre de jeunes concernés ». 
De façon plus générale, le montant de 400 millions d’euros annoncé par l’exécutif est, selon eux, « assez faible et sous-dimensionné ». D’autant plus que « sur les 400 millions mis en avant, plus de 200 millions sont annoncés depuis plusieurs semaines et ont d'ores et déjà été adoptés par le Parlement, abonde dans leur sens le sénateur Les Républicains de l’Isère, Michel Savin. Le monde du sport mérite mieux ».

Ludovic Galtier

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