Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du jeudi 29 janvier 2026
Société

L'Unicef propose des pistes pour piloter efficacement les politiques de l'enfance

L'Unicef France publie aujourd'hui le premier rapport de son Observatoire des droits de l'enfant. À l'approche des élections municipales, cette publication vise à « Ã©clairer les politiques publiques et à soutenir la prise de décision » dans le champ de l'éducation, de la petite enfance, de la santé, du numérique, ou encore de la participation démocratique.

Par Lucile Bonnin

C’est un tout nouvel outil que propose dès aujourd’hui la branche française du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef). L’Observatoire des droits de l’enfant « est la première plateforme à échelle nationale qui centralise les données relatives aux enfants en France », peut-on lire dans l’introduction du rapport qui analyse les données recueillies dans cet observatoire.

Construit à partir de « diverses sources »  telles que les agences gouvernementales, les organisations internationales, des enquêtes nationales et internationales, l’Observatoire s’appuie sur des données classées en 11 thématiques liées avec le bien-être et les droits de l’enfant. L’objectif : « éclairer les enjeux qui affectent les enfants et soutenir la prise de décision »  notamment à l’échelle locale. 

Remettre l’enfant au coeur des débats face aux signaux inquiétants 

Selon l’Unicef, le contexte démographique en France traduit une double réalité : d’un côté la France hexagonale est « vieillissante », ce qui fait peser le risque que la place des enfants dans les priorités publiques soit « fragilisée »  ; de l’autre, dans les territoires d’outre-mer, « la jeunesse représente une force démographique encore insuffisamment valorisée mais confrontée à des niveaux élevés de pauvreté et d’inégalité d’accès aux services ».

Comme l’explique Adeline Hazan, ancienne maire de Reims et présidente de l’Unicef France, « les enfants sont de plus en plus affectés par le cumul des changements qui s’opèrent dans la société ». La montée des inégalités, les changements politiques et la crise climatique – entre autres – ont des effets sur les enfants « profonds et inégaux, amplifiant les vulnérabilités existantes et menaçant les progrès réalisés au cours des dernières décennies », alerte la présidente de l’agence onusienne. 

Citons l’exemple de la pauvreté et de la crise du logement. « Près de 32 000 enfants vivent sans domicile ou à l’hôtel et 38 enfants sans domicile sont décédés en 2024 », peut-on lire dans le communiqué de presse de l’Unicef qui évoque en la matière « une urgence majeure ». De même, il apparaît que « le droit à l’éducation n’est pas garanti pour tous : plusieurs milliers d’enfants demeurent non scolarisés, sans visibilité statistique nationale ». La politique de protection de l'enfance en France traverse aussi une crise grave. En avril, une commission d'enquête à l'Assemblée nationale dénonçait une « politique qui navigue à vue », « une honte absolue », « une situation dramatique »  (lire Maire info du 9 avril). 

Dans les territoires d’outre-mer, l’Unicef déplore des données trop « partielles »  sur les besoins des enfants. Depuis le passage du cyclone Chido à Mayotte, l’Unicef ne cesse d’alerter sur « violations persistantes des droits de l’enfant et une rupture d’égalité territoriale majeure ». L’agence appelle sans attendre à « une refonte structurelle du suivi national des droits de l’enfant ».

Des leviers pour les communes 

À partir des données de l’Observatoire, l’Unicef a établi plusieurs recommandations pour « un pilotage efficace des politiques de l’enfance ». Ces dernières, présentées dans le rapport d’une cinquantaine de pages, peuvent être suivies et mises en place au niveau local et peuvent être une source d’inspiration pour les candidats aux élections municipales.

L’Unicef insiste par exemple sur l’importance de la restauration scolaire qui est « un levier central d’égalité et de protection ». Selon une étude de l’Unicef, entre 2023 et 2024, 22,8 % des enfants déclarent manger moins de trois repas par jour et ce risque est 1,6 fois plus élevé pour les enfants ne mangeant pas à la cantine. À ce titre, l’Unicef regrette la restriction de l’accès au programme « Cantine à 1 euro »  (lire Maire info du 15 juillet) et encourage les communes à « garantir une tarification sociale systématique de la restauration scolaire, en ciblant prioritairement les enfants issus des ménages à faibles revenus ». De son côté, l’État devrait assurer « l’accompagnement technique et financier des petites communes et des territoires ultramarins, où les besoins nutritionnels des enfants sont les plus élevés ».

Concernant l’accueil du jeune enfant, les auteurs du rapport rappellent qu’il est essentiel de « garantir l’accessibilité inconditionnelle des modes de garde »  et « d’accroître la capacité d’accueil sur l’ensemble du territoire »  ce qui passera forcément par « un renforcement de l’attractivité des métiers de la petite enfance afin de lutter contre la pénurie de professionnels ». Il est essentiel aussi de lutter contre le non-recours aux modes d’accueil : cela peut passer par le déploiement de pratiques « d’aller vers »  ou par une communication claire sur les objectifs et la valeur éducative des lieux d’accueil par exemple.

Enfin, alors que la majorité des enfants estime que leurs avis et idées ne sont pas pris en compte par les adultes dans la famille, l’école, la ville ou au niveau politique (consultations menées par l’Unicef France en 2024 auprès des 6–18 ans), le renforcement des dispositifs de participation inclusifs est vivement encouragé par l’Unicef. L’agence onusienne propose même d’aller plus loin en abaissant l’âge du droit de vote à 16 ans aux élections municipales. Elle invite aussi les communes à développer les conseils municipaux d’enfants et de jeunes. Selon une enquête menée par l'AMF et l'Anacej, on compte actuellement plus de 7 000 conseils d’enfants et de jeunes en France (lire Maire info du 9 octobre)

Accéder à l'Observatoire de l'Unicef.

Consulter le rapport de l'Observatoire.

Suivez Maire info sur Twitter : @Maireinfo2