Édition du mardi 6 octobre 2020


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Stratégie pauvreté : les associations perdent patience

 

Les associations de lutte contre la pauvreté sont « inquiètes, impatientes voire en colère », résume le président du collectif Alerte qui les fédère, Christophe Devys. Elles avaient rendez-vous avec le Premier ministre, Jean Castex, vendredi 2 octobre (1), pour un rendez-vous attendu de longue date. Mais à la sortie, au terme d'un entretien de plus d'une heure, les associations doivent encore ronger leur frein : il leur faudra attendre 15 jours, date à laquelle le Premier ministre « annoncera des mesures qu’il imagine pouvoir prendre en réponse à nos propositions ». La date coïncidera avec la journée du refus de la misère, le 17 octobre. Elle marquera aussi les deux ans du lancement de la stratégie pauvreté par le président de la République.

Manque de stratégie
La déception des associations est à la mesure de leurs attentes. C'est ce qu'expliquent les présidents de plusieurs associations d'envergure nationale. Usant d'un langage plus ou moins policé ou diplomatique, tous font le même constat : le bilan du gouvernement est « décevant car les mesures de la stratégie pauvreté sont soit modestes soit relèvent d’une dynamique expérimentale comme le service public d'insertion qui sera expérimenté en 2021 », pointe Christophe Devys. Tandis que les « travaux du Revenu universel d'activité n’ont toujours pas repris depuis leur arrêt, début 2020 ». Beaucoup estiment le dossier opportunément enterré par la crise liée au covid-19. Un regret appuyé pour la présidente du Secours catholique, Véronique Fayet, ancienne adjointe au maire de Bordeaux : « La dignité passe par un revenu décent. Or le RSA et les minima sociaux ne permettent pas de vire dignement. » Autre regret, la « dynamique étroite » constatée entre associations et gouvernement pendant le confinement ne se prolonge pas à la sortie. 
Elles sont aussi critiques vis-à-vis des conseils départementaux qui « ont signé des conventions sur la stratégie pauvreté, mais avec quels résultats ? Nous ne voyons rien ! ». Or « tout ce qui est local est essentiel dans la stratégie de lutte contre la pauvreté », soutient Véronique Fayet. « Les collectivités peuvent jouer un rôle primordial d’incitation, d’encouragement, d’innovation, d'expérimentation, on le voit dans le petit déjeuner à un euro, même si l’incitation de l’Etat est insuffisante. »

Le contrecoup du confinement
Car la pauvreté progresse, et les conséquences de la crise sanitaire ne font que l'aggraver. « La crise alimentaire a montré qu’on ne peut vivre dignement avec le RSA aujourd’hui qui était équivalent à 50 % du smic à sa création et est tombé à 40 % », alors que de nombreux bénéficiaires ont perdu les « petits boulots » qu’ils effectuaient à côté, souvent non déclarés. Les associations critiquent « la place très limitée » accordée aux publics précaires dans le plan de relance.  Elles alertent sur la situation des jeunes, leur accompagnement qui « ne peut se réduire à quelques mois », l'errance des migrants, les insuffisances de places d'hébergement, les problèmes de logement, etc. 
Entre autres propositions, les associations demandent « un fonds exceptionnel pour aider à payer les loyers » de ceux qui ont ou vont perdre leur emploi. « C'est une bombe à retardement pour avril prochain », prévient le délégué général de la Fondation Abbé-Pierre, Christophe Robert. Le nouveau président de la Fédération des acteurs de la solidarité (Fnars), Pascal Brice, successeur de Louis Gallois, plaide pour « une amplification des actions sur l'insertion par l'activité économique, et notamment une augmentation des parcours Emploi compétences ». « Nous demandons une revalorisation du RSA, 855 euro par personne (seuil de pauvreté) serait la moindre des choses », défend Véronique Fayet.  Il va aussi falloir faire face à « l'explosion » des demandes d'aide alimentaire, alors que les bénévoles sont de moins en moins nombreux. Une partie non négligeable dépasse les 65 ans. 
À mi-chemin entre un peu d’optimisme – « le ministre nous a écoutés » – et la fatalité – « une allocation pour les jeunes sera sans doute le chantier le plus lourd » –, les associations gardent espoir sur les coopérations locales. C'est pourquoi elles suivront de près les débats qui commencent au Sénat mercredi 7 octobre sur la proposition de loi relative au renforcement de l’inclusion dans l’emploi par l’activité économique et à l’expérimentation « territoire zéro chômeur de longue durée ».

Rappelons que début septembre, l'AMF s'était exprimée sur ce sujet pour demander « une remise à plat » des dispositifs publics en matière de précarité alimentaire, et « un engagement plus fort de l'État » (lire Maire info du 9 septembre).

Emmanuelle Stroesser

(1) Le Premier ministre était entouré d'Emmanuelle Wargon, ministre du chargée Logement, Brigitte Klinkert, ministre chargée de l'Insertion, d'Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, et de Marine Jeantet, déléguée interministérielle à la lutte contre la pauvreté.

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