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Édition du mardi 13 janvier 2026
Social

La Cnaf revoit le cadre des centres sociaux et espaces de vie sociale

En publiant une nouvelle circulaire sur le cadre de la politique d'animation de la vie sociale, la branche famille choisit de mettre l'accent sur la place des habitants et l'ancrage territorial des projets des centres sociaux et espaces de vie sociale. Ces derniers ont un an pour s'y préparer.

Par Emmanuelle Stroesser

« Ces équipements de proximité, ouverts à tous les publics », portés par des associations ou des collectivités locales, « constituent un levier essentiel de cohésion sociale et de soutien aux familles sur les territoires », rappelle en préalable la Cnaf. Sur certains territoires, ils peuvent même être « les seules structures de proximité capables d’apporter des réponses aux besoins des personnes ». 

Renforcer le maillage, l’impact et la pérennité

L’enjeu de la nouvelle circulaire (1), publiée le 18 décembre 2025, n’est pas de les remettre en cause, mais bien de « renforcer les fondements de cette politique publique tout en l’adaptant aux enjeux émergents (transitions numérique, écologique, défis démographiques et démocratiques) », explique la Cnaf.  

La dernière circulaire de la Cnaf sur sa « doctrine d’animation de la vie sociale »  datait de 2012. Il était donc temps de l’ « actualiser ». La Cnaf introduit « des évolutions de critères d’agrément »   et « de nouvelles modalités de financement pour les centres sociaux »  autour de trois objectifs : développer le maillage des structures d’animation de la vie sociale en ciblant les territoires faiblement couverts (2), renforcer l’impact des structures d’animation de la vie sociale, et enfin pérenniser le fonctionnement des structures d’animation de la vie sociale sur les territoires. 

Focus sur les familles et la participation des habitants

À compter du 1er janvier 2027 – date d’application de la nouvelle circulaire – pour être agréé (ou renouveler son agrément), tout centre social devra présenter un projet « social et familial de territoire »  intégrant donc « obligatoirement un volet familles ». Ce volet est, de fait, déjà mis en place par 94 % des centres sociaux, observe la Fédération nationale des centres sociaux, ce que la Cnaf souligne d’ailleurs. « Mais le formaliser ainsi marque une évolution importante car cela met en avant cette dimension de l’action collective pour les familles comme faisant partie du projet social ancré sur son territoire », décrypte son délégué général, Denis Tricoire. Un bon point donc.

Autre avancée selon la fédération des centres sociaux, ce nouveau cadre définit plus finement les objectifs selon trois axes d’intervention (« agir pour les familles », « agir pour renforcer la cohésion sociale et les solidarités », « agir pour la citoyenneté et prévenir les exclusions » ).

Le tout est conforté par un autre changement de taille : la fusion des deux prestations de service sur lesquelles reposaient jusque-là le financement des centres sociaux, en une seule prestation dite d’animation globale et familiale.

Cette prestation unique fait que les centres n’auront donc plus qu’un dossier à remplir. Un allègement de charge administrative inestimable qui s’accompagne d’un allongement – également salué – de la durée de l’agrément (porté de 4 à 5 ans), ainsi que de possibles dérogations s’agissant des qualifications exigées pour la fonction de directeur ou directrice, de référent famille. Des dérogations que la Cnaf justifie pour répondre aux difficultés de recrutement rencontrées, et qui étaient demandées par les professionnels en raison du « manque cruel d’attractivité de nos métiers », ajoute Denis Tricoire.  

Des acteurs toujours très fragiles

On se souvient qu’il y a deux ans, en janvier 2024, les centres sociaux s’étaient mobilisés dans tous les territoires – avec le soutien de l'AMF – pour alerter sur la fragilité de leur modèle économique. La situation ne s’est pas franchement améliorée depuis, pour utiliser un euphémisme. « Des collectivités ont renforcé leur soutien et c’est précieux » , reconnaît Denis Tricoire. Les collectivités locales (qui gèrent 35 % des centres sociaux) restent, « le premier partenaire financier des centres sociaux » . Mais le contexte ne prête pas à l’optimisme. À l’image des départements qui continuent de se désengager. « Même ceux qui jusque-là nous soutenaient passent sous le régime de restriction assez radical. C’est dramatique pour les structures mais surtout les habitants, les jeunes, les territoires qui sont impactés », alerte Denis Tricoire. 

Conscientes des difficultés des centres sociaux, les municipalités les accompagnent à hauteur de leurs moyens mais attirent toutefois l’attention sur la situation budgétaire complexe des collectivités qui limite leur capacité à agir. Ainsi, l’AMF se dit « attentive »  au maintien des aides de la Cnaf.

Dans ces circonstances, cette nouvelle circulaire est accueillie comme « une réponse ». « Car l’un des nœuds du problème est la capacité de l’ensemble des partenaires à prendre leur part dans le soutien aux centres sociaux. Or la circulaire insiste sur l’importance de l’engagement de tous les partenaires autour du diagnostic du projet social et des discussions en amont sur les leviers financiers » , insiste le délégué. Charge aux acteurs et partenaires de se l’accaparer.  

Près d’un Français sur dix concernés

Au 31 décembre 2024, la CAF recensait 2 409 centres sociaux et 1 796 espaces de vie sociale (EVS). Chaque année, plus de 6,2 millions de personnes fréquentent un centre social ou un espace de vie sociale. Parmi elles, près de 3 millions participent directement aux actions, projets et services proposés, et plus de 2,7 millions prennent part aux événements organisés.


(1)   Circulaire n°2025-238 sur le cadre réglementaire de la politique d’animation de la vie sociale (et ses annexes, 67 pages) abroge la circulaire Cnaf n° 2012-013 du 20 juin 2012 et sa lettre-circulaire n° 2016-005 du 16 mars 2016.
(2)   Et de poursuivre l’objectif fixé par la COG 2023-2027 d’ « au moins une structure AVS par quartier prioritaire en milieu urbain et par intercommunalité en milieu rural ».

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