Enfants à la rue : 2 355 cas recensés par l'Unicef à la veille de la rentrée
Par Lucile Bonnin
La nouvelle édition du baromètre « Enfants à la rue », publiée par l'Unicef France et la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), dresse un constat sans appel : la situation se dégrade avec un nombre d'enfants sans solution d'hébergement en hausse constante depuis 2022.
De plus en plus de femmes et de très jeunes enfants dans la rue
Dans la nuit du 18 au 19 août 2026, 2 355 enfants sont restés sans solution d'hébergement après un appel au 115, soit 9 % de plus par rapport à 2025 et 42 % depuis 2022. « Le nombre d’enfants sans solution d’hébergement ou de logement ne cesse d’augmenter », selon la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) et l’Unicef France. D’ailleurs ces chiffres, déjà bien trop élevés, ne représentent qu’une partie de la réalité puisque ne sont comptabilisées ni « les personnes dont l'appel au 115 n'a pas été décroché, ni celles des personnes qui n'appellent plus le numéro d'urgence », ni la situation des mineurs non accompagnés.
Le phénomène touche l'ensemble des territoires : « À l'instar des années précédentes, si tous les territoires sont bien concernés par la présence d'enfants et de familles à la rue, ce sont les régions Ile-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Hauts-de-France et Occitanie qui comptent le plus grand nombre de familles » en demande non pourvue au 115 (DNP).
Les territoires d’outre-mer sont particulièrement touchés : « Le cas de La Réunion illustre une amplification inquiétante du phénomène des enfants à la rue. » Selon la Fondation pour le Logement, en 2025, « plus de 1 300 enfants sont restés sans solution d'hébergement à la suite d'un appel au 115, soit une hausse de 30 % en un an. »
L'Unicef déplore aussi « une présence de plus en plus marquée de très jeunes enfants et de femmes enceintes ou sortantes de maternité à la rue » . Selon les statistiques d’août 2026, 514 enfants de moins de 3 ans sont restés sans solution d'hébergement après un appel au 115, dont 173 de moins d'un an. De même, 604 femmes seules sans enfant sont restées sans solution à cette même période. Cet effectif « a doublé depuis 2022 » , comme l’effectif des femmes seules avec enfant(s) qui est aujourd’hui de 1 755.
Cette tendance s’inscrit dans un contexte où le taux de pauvreté ne cesse d’augmenter. Environ 3 millions d'enfants vivent actuellement sous le seuil de pauvreté. Au niveau national, environ 330 000 personnes sont sans domicile, un nombre qui « a doublé en 10 ans » , et 2,9 millions de ménages sont en attente d'un logement social à la fin juin 2025.
Logements, associations, droits : un système « à bout de souffle »
Malheureusement, le parc d’hébergement d’urgence est largement saturé. Les 203 000 places sont « manifestement insuffisante[s] pour répondre aux besoins croissants » , observe l’Unicef. Une enquête de la FAS menée auprès des Services intégrés d'accueil et d'orientation (SIAO) révèle que 89 % d'entre eux ont été « contraints de mettre en place des critères de priorisation » faute de places disponibles.
Le rapport de l’Unicef fustige notamment une « sous-budgétisation systématique des crédits de l'hébergement » en rappelant que cette gestion budgétaire a été « critiquée par la Cour des comptes » et par « les inspections générales des finances, des affaires sociales et de l'administration » . Sur le terrain, cette gestion « fragilise fortement les structures gestionnaires, majoritairement associatives ».
D’ailleurs, le rapport de l’Unicef alerte aussi sur la grande fragilité du tissu associatif local. Selon la FAS, près d'un quart des associations de solidarité disposaient de « moins de deux mois de trésorerie » fin 2024, la moitié subissait des « retards de paiement supérieurs à 90 jours » , et près d'un tiers étaient en « situation critique pouvant conduire à une fermeture à court terme » .
Enfin, l’Unicef fait un lien entre la hausse du sans-abrisme et la politique du logement actuelle. Les auteurs du rapport rappellent que la production de logements sociaux est passée de 124 000 en 2016 à seulement 95 000 en 2025 et que « cette baisse s’est fatalement répercutée sur les attributions réalisées dans le parc HLM, qui ont chuté de 20 % depuis 2017, atteignant un niveau historiquement bas avec 385 000 attributions en 2024 ». Le parc privé « est devenu de moins en moins accessible » , alors que le gouvernement « tarde à pérenniser et généraliser l'encadrement des loyers ».
L’Unicef et la FAS appellent à « une refonte (…) des politiques de lutte contre le sans-abrisme, ainsi que des mesures capables de répondre simultanément à l'urgence sociale et à la crise structurelle du logement » . Les deux structures préconisent aussi de « travailler conjointement avec le secteur de la protection de l'enfance » et « de mobiliser les secteurs de la santé et de l'emploi » , via « un accompagnement global, sans rupture » coordonnant « l'ensemble des acteurs intervenant auprès des familles ».
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