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Édition du jeudi 25 mai 2023
Santé publique

Près de 80 % des médecins généralistes estiment ne pas être assez nombreux sur leur territoire

Alors qu'un médecin sur deux anticipe une forte baisse de l'offre de soins sur sa zone d'exercice, encore davantage disent avoir des difficultés pour orienter leurs patients vers leurs confrères et refusent de nouveaux patients en tant que médecin traitant.

Par A.W.

« La baisse de la démographie médicale est fortement ressentie par les médecins généralistes libéraux. »  Dans une étude publiée ce matin sur l’offre de médecine générale par les médecins dans leur territoire, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) constate que 78 % d’entre eux considèrent qu’ils ne sont pas assez nombreux sur leur territoire, alors qu’ils n’étaient encore « que »  67 % à le penser en 2019.

Une évolution qui est principalement marquée chez les médecins jugeant l’offre « très insuffisante »  dans leur zone d’activité, ceux-ci étant « passé[s] de 22 % en 2019 à 34 % en 2022 ». Un ressenti qui n’est d’ailleurs pas qu’une vue de l’esprit, mais « cohérent »  avec l’indicateur d’« accessibilité potentielle localisée »  (APL) qui permet de mesurer l’adéquation entre l’offre et la demande de soins de premier recours à un échelon géographique, selon la Drees. 

Une forte baisse de l’offre de soins attendue

En outre, près de trois médecins sur quatre n’envisagent pas d’amélioration de la situation et anticipent une baisse de l’offre de soins sur leur territoire.

Près d’un sur deux (49 %) anticipe même une forte baisse de l’offre de soins sur sa zone d’exercice. Une part qui s’est accrue par rapport à 2019, année durant laquelle ils étaient 43 % à le penser, et qui est davantage représentée dans les zones les moins dotées en médecins généralistes. Parallèlement, ils ne sont plus que 25 % à prévoir une légère baisse (contre 30 % en 2019) et 17 % à estimer que la situation va se stabiliser ou s’améliorer (contre 20 % en 2019). 

Apparaît, par ailleurs, une difficulté majeure concernant l’orientation des patients vers d’autres professionnels de santé. Selon les médecins interrogés, ils sont désormais 87 % à avoir des difficultés pour orienter leurs patients vers des confrères spécialistes (contre 77 % en 2019).

Des difficultés qui explosent s’agissant de la réorientation vers des professionnels paramédicaux, comme les infirmières ou les masseuses-kinésithérapeutes. Ainsi, 62 % des médecins connaissent des problèmes alors qu’ils n’étaient que 39 % en 2019, et ce « malgré une hausse des effectifs [dans ce secteur] et une meilleure accessibilité géographique », souligne la Drees. Sans surprise, ces difficultés sont encore « plus marquées dans les zones ayant la plus faible accessibilité aux infirmières libérales : 71 % des médecins y éprouvent des difficultés pour orienter leurs patients vers des professionnels paramédicaux (contre 57 % des médecins des zones les plus dotées) ».

De la même manière, près d’un médecin sur deux (47 %) a des difficultés à orienter ses patients vers des services d’aide à domicile ou d’aide à la personne. A noter que l’évolution par rapport à 2019 est inconnue puisqu’il n’y a pas de données comparatives sur cet item. 

Médecin traitant : hausse des refus de nouveaux patients

La situation se dégrade également fortement pour les patients qui cherchent un médecin traitant. En effet, près de deux médecins sur trois (65 %) déclarent être dorénavant amenés à refuser de nouveaux patients en tant que médecin traitant, alors qu’ils n’étaient qu’un peu plus d’un sur deux (53 %) en 2019. Les médecins sont, en revanche, « un peu moins nombreux à être amenés à refuser des patients occasionnels dont ils ne sont pas le médecin traitant »  (40 %, contre 45 % trois ans plus tôt).

A noter également la part de médecins ne pouvant plus suivre régulièrement certains patients, notamment ceux souffrant de maladies chroniques, qui est passée de 40 % en 2019 à 44 % en 2022.

De manière globale, les auteurs de l’étude observent que « ce sont plutôt les médecins de moins de 50 ans, ceux qui ont un volume d’activité élevé, qui exercent en groupe ou encore ceux qui doivent faire face aux plus grandes difficultés de démographie médicale qui adaptent davantage leurs pratiques ». Ils ont ainsi tendance à mettre en œuvre un plus grand nombre de mesures d’adaptation de leurs pratiques que les médecins plus âgés.

Des CPTS en fort développement

Dans une seconde étude, publiée également ce matin, la Drees constate que les généralistes sont plus souvent amenés à se coordonner au sein de communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) puisqu’un médecin généraliste sur trois fait désormais partie de l’une de ces structures, qu’elle soit en fonctionnement ou en projet.

Regroupant des professionnels de premier ou de second recours, mais aussi hospitaliers, médico-sociaux et sociaux (dans le but de répondre aux besoins de santé spécifiques de la population dans un territoire donné), ces CPTS sont « en fort développement »  ces dernières années avec, l’an passé, « 20 % des médecins généralistes libéraux [qui] déclar[ai]ent faire partie d’une CPTS en fonctionnement, alors qu’ils n’étaient que 7 % début 2019 ». De la même manière, « 12 % des médecins généralistes indiquent faire partie d’une CPTS au stade de projet en 2022 et 14 % déclarent qu’ils souhaiteraient en faire partie ».

Reste que si quatre médecins sur dix ont un avis positif sur le dispositif, ils ne sont que 13 % à le considérer comme « un mode d’organisation incontournable dans les années à venir »  et à peine 7 % chez ceux qui ne font pas encore partie de l’une de ces CPTS.

A noter que les médecins généralistes qui exercent en leur sein sont « plus souvent des femmes, des médecins exerçant en groupe ou dans des maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) ». « De même, il existe des disparités régionales avec une part plus élevée de médecins en CPTS dans la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur (29 %) et dans les Pays de la Loire (27 %) que dans le reste du territoire », selon les auteurs de l’étude. 
 

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