Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du lundi 21 septembre 2026
Santé publique

Plus de 8 000 morts « en excès » durant l'été dernier, selon un bilan provisoire

Santé publique France a publié la semaine dernière son quatrième bulletin analysant la surmortalité pendant cet été caniculaire. Au total, 8 124 décès « en excès », par rapport à la moyenne des années précédentes, ont été comptabilisés entre fin mai et fin août. 

Par Franck Lemarc

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Le quatrième bulletin concerne la période allant du 27 juillet au 20 août, qui a marqué le plus long – mais pas le plus intense – phénomène de vague de chaleur que le pays ait connu. Pendant cette période, 79 départements ont été touchés par la canicule, et presque 90 % de la population hexagonale. 

Décès « en excès » 

Durant cet épisode, Santé publique France (SPF) a comptabilisé une surmortalité de 5,2 % par rapport aux chiffres attendus, soit 817 décès en excès. 

Rappelons la méthode permettant d’aboutir à ce chiffre : SPF récupère, via l’Insee, les données d’état civil (certificats de décès) d’un échantillon de 5 000 communes, puis extrapole ces données à l’échelle de tout le territoire. Ces certificats informent sur l’âge de la personne décédée et son lieu de décès (domicile, hôpital, ehpad…) mais pas sur la cause de la mort. On parle alors de « décès toutes causes ». Le chiffre obtenu est alors comparé à une moyenne quotidienne établie sur la base des chiffres des 6 années précédentes. SPF peut ainsi connaître, jour par jour, le nombre de morts en excès. 

Il s’établit donc à 817 pour la période du 27 juillet au 20 août, soit une surmortalité de 5,2 %. Ce qui est très inférieur à la période du 17 juin au 2 juillet, pendant laquelle la surmortalité a été de 36,2 %. 

Pour mémoire, les précédents bilans établis par SPF ont fait état de 300 décès en excès pendant la première canicule (fin mai), puis 5 764 entre le 17 juin et le 2 juillet, puis 1 243 entre le 3 et le 22 juillet. Total sur la période : 8 124. 

Santé publique France insiste sur le fait que ces chiffres sont provisoires et devront être consolidés par l’Insee, et que l’on ne peut pas affirmer qu’ils sont tous imputables à la chaleur. Il ne s’agit donc que d’un indicateur statistique, qui permet toutefois d’affirmer que l’été 2026 a été le plus meurtrier depuis 2003.

Les personnes âgées presque seules touchées

La dernière publication de SPF donne une information notable : contrairement aux autres épisodes de l’été, la surmortalité a touché pendant cette période presque exclusivement les personnes âgées (75 ans et plus), avec 751 décès en excès sur 817, soit 91 %. Pendant le reste de l’été, la surmortalité a touché de façon bien plus importante les autres classes d’âge, même les plus jeunes : en juillet, il y a eu 30 % de décès en excès dans la tranche 15-44 ans. SPF ne donne, pour l’instant, pas d’explication à ce changement de la typologie des morts en excès.

On apprend également dans cette étude que toutes les régions en dehors de la Normandie et de l’Occitanie ont été touchées par un phénomène de surmortalité pendant cette dernière période, allant de 1,6 % en Corse à 17,6 % en Bretagne. 

Adapter la société

Il faudra maintenant attendre le début de l’année 2027 pour disposer des données consolidées de l’Insee, qui permettront d’établir de façon certaine le lien de cause à effet entre la canicule et le nombre de morts. Mais compte tenu de l’évolution du climat, tous les experts s’accordent à dire que l’été 2026 est certainement le premier d’une longue série – voire, pourrait devenir la norme dans la période à venir. 

C’est donc toute la société qui va devoir s’adapter à cette situation, et ce sujet va certainement animer bien des débats dans les mois qui viennent. Sur le terrain budgétaire, d’abord : il pourrait sembler évident que l’État doive consacrer des moyens en hausse à l’adaptation aux canicules, en particulier dans les écoles et les hôpitaux mais également dans les logements. Pourtant, on a appris récemment que le gouvernement avait renoncé à débloquer les crédits promis cet été pour rafraîchir 10 000 écoles ; et les plus grandes incertitudes règnent encore sur la prolongation du programme Actee pour les trois prochaines années (lire Maire info du 4 septembre). 

Au-delà de la question financière se pose également celle de la réponse organisationnelle des pouvoirs publics à ces graves vagues de chaleur. Cela prendra, forcément, du temps : ne serait-ce que pour comprendre et appliquer le nouveau plan Orsec-chaleurs extrêmes élaboré en urgence cet été (lire Maire info du 15 juillet).

Évolution du registre communal

Pour les maires, un autre enjeu majeur va se jouer autour de l’évolution du registre communal – et sur cette question, un certain flou règne encore. Rappelons que jusqu’à présent, le registre communal ne concernait que les personnes fragiles qui demandaient à y figurer (ou qu’un proche avait signalées). Depuis un décret paru le 4 juillet, le registre a été étendu aux bénéficiaires de l’APA (allocation personnalisée d’autonomie), de la PCH (prestation de compensation du handicap) ou de « prestations d'action sociale versées au titre de la perte d'autonomie par des organismes d'assurance vieillesse », qui seront inscrits d’office (sauf opposition). Mais les choses ne s’arrêtent pas là : dans une circulaire parue pendant l’été, le Premier ministre a dit souhaiter que pendant les épisodes de chaleur extrême, les maires soient en mesure de « protéger »  également « les femmes enceintes, les nourrissons et les jeunes enfants », sans en dire plus sur la façon dont les services communaux peuvent recenser ces personnes à un instant T. 

En l’état actuel des choses, si l’on s’en tient au décret du 4 juillet, ce sont environ 1,5 million de personnes, bénéficiaires des aides sociales mentionnées plus haut, qui devraient être intégrées dans les registres communaux. De nombreuses questions restent aujourd’hui sans réponse sur l’impact de cette réforme sur les communes et EPCI, avec un registre bien plus dense et donc plus coûteux à établir et à gérer, d’autant que de nouvelles finalités sont confiées au registre et donc au maire – le tout sans le moindre accompagnement financier de l’État. 

Un groupe de travail organisé par la Direction générale de la cohésion sociale devrait se mettre en place incessamment, associant notamment les associations d’élus et l’Union nationale des CCAS, avec l’objectif de préparer les modalités d’application du décret à partir du mois d’avril 2027. Tout en appelant à une compensation financière des charges nouvelles pesant sur les communes, l’AMF a également dès à présent mis en avant le besoin pour les maires de disposer « d’outils très opérationnels afin de les accompagner dans la mise en œuvre de leurs nouvelles obligations ». 

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