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Édition du jeudi 21 mai 2026
Santé publique

La situation financière des hôpitaux publics s'est « fortement dégradée » en 2024

Avec « sept établissements sur dix » déficitaires, la situation financière des hôpitaux publics a continué de se dégrader en 2024, selon une étude la Drees qui pointe la fin des aides liées à la crise sanitaire, mais aussi l'inflation et les revalorisations salariales décidées par l'État. Bien qu'en recul, le résultat global des cliniques privées était, pour sa part, resté légèrement positif.

Par A.W.

Alors que le gouvernement cherche à faire 6 milliards d’euros de nouvelles économies cette année, dont 2 milliards rien que pour la Sécurité sociale, la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) a rappelé hier que la situation financière des hôpitaux publics s’était « fortement dégradée »  durant l’année 2024.

Selon les premiers éléments publiés hier de son « panorama des établissements de santé en 2024 »  (qui sera présenté dans sa globalité au cours du mois de juillet), le déficit global des hôpitaux publics s’est ainsi encore aggravé cette année-là, par rapport aux 2,4 milliards d’euros constatés en 2023.

Hôpital public : le déficit creusé de 500 millions d’euros

Le service statistique ministériel dans les domaines de la santé et du social estime ainsi qu’il s’est creusé de 500 millions d’euros, pour atteindre les 2,9 milliards d’euros. « Rapporté aux recettes, le résultat net est négatif à hauteur de - 2,7 % (après -2,3 % en 2023) », expliquent les auteurs de l’étude qui soulignent que cette proportion est « inédite »  depuis 2005, année qui constitue le « point de départ des observations ».  

« Cette nouvelle dégradation est largement attribuable à la détérioration du résultat d’exploitation, qui peut notamment s’expliquer par le non-dégel du coefficient prudentiel de 0,7 % des tarifs, décidé fin 2024 et par la réduction des dispositifs de soutien mis en place pendant la crise sanitaire », détaille la Drees, en précisant que cette situation « s’inscrit aussi plus généralement dans un contexte de hausse passée de l’inflation, mais également d’accélération du glissement vieillesse technicité (GVT), suite aux revalorisations salariales décidées lors du Ségur de la santé en 2020 ».

Le creusement du déficit s’explique donc par une « forte progression »  des dépenses, « amorcée depuis la crise sanitaire »  (+ 3,9 % en 2024 après + 6,6 % en 2023), qui a été supérieure à celle des recettes (+3,4 %). Dans le détail, cette hausse des dépenses a été principalement portée par celles consacrées au personnel et celles à caractère médical. Et ce, malgré la chute des dépenses à caractère hôtelier et général dont le recul (- 12,9 %, soit 10,5 milliards d’euros) s’explique par la normalisation des coûts de l’énergie, de l’électricité et du chauffage, qui avaient entraîné de fortes hausses en 2023 notamment (+ 34,5 %). Résultat, la capacité d’autofinancement des hôpitaux s’est « repliée fortement », bien que l'encours de la dette ait diminué « pour la troisième année consécutive ». 

Finalement, la Drees juge ce bilan « contrasté »  car si « les plans de soutien et de relance mis en place depuis la crise sanitaire portent leurs fruits sur la dette », l’effort d’investissement a, lui, « marqué le pas ». En 2024, ce sont ainsi « sept établissements sur dix »  qui étaient déficitaires, la part de ceux surendettés remontant ainsi « à un niveau proche de celui observé en 2020 (33 % en 2024, 34 % en 2020) », indique l'étude.

Il faut également noter que la situation risque encore de se dégrader cette année du fait de la forte hausse des cotisations à la CNRACL (+ 12 points sur trois ans), qui ne touche pas seulement les collectivités mais également la fonction publique hospitalière. Au moment de cette décision, l'an dernier, la Fédération hospitalière de France avait alerté « sur l’impact dramatique de cette hausse massive des cotisations, menaçant la viabilité de l’offre publique sanitaire ». 

« Fortes disparités »  au sein des cliniques privées

Du côté des cliniques privées, la situation financière est globalement meilleure puisqu’elle est restée « légèrement positive », bien que leur bénéfice net cumulé soit en recul. En 2024, leur résultat net s’est ainsi établi à 194 millions d’euros, soit « 1 % de leurs recettes en recul par rapport à 2023 (1,7 %) », indique la Drees.

Si leur situation économique est donc « globalement excédentaire », celle-ci masque de « fortes disparités selon les activités ». Le résultat net rapporté aux recettes des cliniques psychiatriques est ainsi « plus de onze fois supérieur »  à celui des établissements de médecine, chirurgie et obstétrique (les MCO, pour des hospitalisations en soin de courte durée) et de soins médicaux et réadaptation (les SMR, qui accueillent les patients à la suite d'une hospitalisation, via une rééducation par exemple).

Reste que la proportion de cliniques privées déficitaires a augmenté, passant de 33 % en 2023 à 36 % en 2024. « Cette augmentation s’observe dans toutes les disciplines d’activité [mais] la proportion de cliniques déficitaires atteint 44 % en SMR (+5 points), 37 % en MCO (+3 points) et 20 % en psychiatrie (+1 point) », observe l'étude qui constate que « la proportion de cliniques privées surendettées augmente également et atteint 21 % en 2024 (19 % en 2023) ».

Sécurité sociale : les administrations déficitaires en 2025

Plus globalement, après avoir connu un excédent de 1,1 milliard d’euros en 2024, on peut rappeler que les administrations de Sécurité sociale (Asso) sont devenues déficitaires, à hauteur « de 6,7 milliards d’euros »  en 2025, selon les premières données des comptes nationaux présentées fin mars par l’Insee.

Réalisé chaque année, ce bilan relatait au passage une réduction du déficit des administrations publiques locales (Apul) – dont font partie les collectivités – de 2,2 milliards d’euros. 

L’an passé, le solde des administrations de Sécurité sociale s’est ainsi « dégradé de 7,9 milliards d’euros pour atteindre - 6,7 milliards d’euros, malgré la situation excédentaire usuelle »  de la Caisse d'amortissement de la dette sociale (Cades) qui a dégagé 15,4 milliards d’euros. Pour le reste, le déficit de l’ensemble des autres composantes s’est creusé à 22,1 milliards d’euros, après 14,4 milliards d’euros en 2024. 

Bien que dépenses et recettes aient ralenti, la hausse des dépenses a été plus marquée que celle des recettes. Dans le détail, « les cotisations sociales ont perdu en dynamisme en lien avec le ralentissement de la masse salariale », tandis que les dépenses – très largement constituées de prestations sociales – ont affiché « une croissance pour partie structurelle avec le vieillissement de la population (affectant les dépenses de retraites et de santé), mais en ralentissement dans un contexte de revalorisations des prestations sociales moins importantes que les années précédentes ».

Consulter l'étude la Drees.

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