Créer un « pass Navigo » rural : une piste à explorer en pleine crise du carburant, selon la Fondation Jean-Jaurès
Par Lucile Bonnin
Rémi Branco, expert associé à la Fondation Jean-Jaurès et maire de Puy-l’Évêque dans le Lot, « propose de créer un « pass Navigo » rural à 50 euros par mois pour permettre à un million de Français dépendants de leur voiture d’accéder à un véhicule électrique ».
Le maire rappelle en préambule qu'en 2018 le prix moyen du gasoil à la pompe était de 1,50 euro contre 2,39 euros en avril 2026, et qu'il « n'est jamais passé en dessous de 1,80 euro en moyenne depuis ». La crise touche aussi bien les professionnels que les particuliers, et le maire s’intéresse particulièrement à la situation des ménages habitant dans les communes rurales.
Dans ces territoires, « ce sont des libertés élémentaires – celle de travailler, de se soigner, de partir en vacances – qui sont remises en cause » , écrit-il.
Citant une étude menée par la Fondation Jean-Jaurès avec l’Ifop, le maire rappelle que « trois habitants sur quatre dans les territoires ruraux affirment qu'il devient trop cher d'aller travailler. » Pourtant, « dans les grandes métropoles comme dans plusieurs régions, des choix ambitieux ont été faits pour permettre à chacun de se déplacer plus facilement, à moindre coût et de manière plus durable » – Navigo, gratuité des transports à Montpellier, politique tarifaire de l'Occitanie. Au nom de la justice territoriale, l’auteur de ce rapport propose une solution pour le rural.
Créer un leasing populaire pour un million de Français ruraux
« Évidemment, l'équivalent du pass Navigo ne peut pas être un plein d'essence à 50 euros par mois, précise Rémi Branco. Ce serait économiquement insoutenable pour les finances publiques, écologiquement incohérent et cela nous enfermerait durablement dans notre dépendance au pétrole. »
Le maire propose « d'investir pour permettre à un million de Français de passer à l'électrique grâce à un plan de leasing populaire massif » . Il baptise ce dispositif « pass Navigo rural » , en référence au pass francilien pour les transports publics, dont le reste à charge est « d'une cinquantaine d'euros par mois » grâce à la participation obligatoire des employeurs. Son objectif : « qu'un salarié rural puisse se déplacer pour un reste à charge comparable ».
Concrètement, ce « leasing populaire à grande échelle » irait plus loin que le leasing social qui existe déjà et que beaucoup jugent trop limité (« environ 50 000 bénéficiaires » ).
Pour ce « pass navigo rural » , l'auteur estime qu'un loyer à 50 euros par mois « suppose un soutien économique de l'ordre de 10 000 euros par voiture » , soit environ 10 milliards d'euros pour un million de véhicules. « Ce montant doit être mis en regard des plus de 70 milliards d’euros d’impact budgétaire brut mobilisés en 2022 et 2023 pour amortir les conséquences de l’inflation » , peut-on lire dans le rapport.
Le nombre de bénéficiaires visé par ce nouveau pass serait de « un million de Français » , soit 20 fois plus que le leasing social qui existe actuellement. Concernant l’éligibilité, l’auteur évoquent « les Français des territoires ruraux qui dépendent quotidiennement de leur voiture » , en insistant sur l'inclusion des « classes moyennes aujourd'hui exclues du leasing social ».
Faisabilité financière et technique
Le financement de ce « pass navigo rural » pourrait reposer sur plusieurs leviers selon l’auteur de la proposition : les certificats d'économies d'énergie (CEE), la Banque des territoires et la Caisse des dépôts, et « les collectivités territoriales » qui pourraient « bonifier le loyer » et accompagner le déploiement de « bornes de recharge accessibles et peu coûteuses ». Le modèle de référence explicitement revendiqué est celui du logement social, financé selon « un équilibre entre financements publics, prêts de très long terme, participation des collectivités, bailleurs sociaux et investisseurs ».
Mais dans le contexte financier actuel que l’on sait très tendu, il est difficile d’envisager qu’un tel dispositif puisse voir le jour rapidement. Alors que le déficit dépasse 5,1 % du PIB, les dépenses des collectivités sont dans la ligne de mire du Premier ministre pour établir un budget pour 2027 (lire Maire info du 18 septembre). La mobilisation des collectivités locales pour ce dispositif paraît ainsi très incertaine pour les régions, départements et communes.
De même, le leasing social déjà mis en place depuis 2024 a souffert de nombreux dysfonctionnements. Le dispositif a été suspendu à cause d’un manque d’anticipation, puis des fraudes ont été identifiées avant que soit finalement acté une baisse significative de l’aide moyenne par véhicule de 13 000 à 7 000 euros. Sans garanties opérationnelles, ces difficultés déjà observées à l'échelle de 50 000 bénéficiaires interrogent sur la capacité à mettre en place aujourd’hui un dispositif pour un million de Français…
Le gouvernement va annoncer, ce soir, de nouvelles mesures de soutien aux automobilistes face à la hausse des prix du carburant.
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