Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du vendredi 21 mai 2021
Transports

Politiques vélo : 2020, année historique

Alors que vient d'être lancée la première édition de « Mai à vélo », un webinaire organisé par l'AMF, Agir et le Club des villes et des territoires cyclables s'est tenu hier sur les politiques cyclables. Au programme : tirer les leçons de la crise sanitaire - qui a joué un rôle d'accélérateur considérable - , et évoquer les perspectives de développement du vélo dans ce nouveau cadre extrêmement favorable.

Par Caroline Saint-André

« Coronapistes », explosion du trafic et des ventes de vélos : l’année 2020 restera dans les annales de la progression du vélo en tant que mode de transport à part entière. Avec la crise, les mobilités douces ou actives ont trouvé une place inédite. Craintes des transports en commun, aménagements transitoires (700 km de pistes créés), tout a concordé pour faire du « vélo pour tous et toutes un idéal atteignable », selon la formule de Françoise Rossignol, maire de Dainville, vice-présidente de la communauté urbaine d’Arras et du Club des villes et territoires cyclables, introduisant la conférence. Objectif pour 2021 : « transformer l’essai, pérenniser le transitoire ». La loi Climat et Résilience devrait conforter certains dispositifs : prime à la conversion, appui à la filière économique du vélo. Lancée cette année, l’opération « Mai à vélo »  (700 évènements dans toute la France) est également appelée à se pérenniser. 
Si l’effet Covid est incontestable, « les maires, en tant qu’aménageurs des territoires, n’ont pas attendu la crise pour développer des modes doux de déplacement : la crise a simplement accéléré des processus en cours », a rappelé Frédéric Cuillerier, maire de Saint Ay et co-président de la commission mobilité à l’AMF, dont la volonté est d’« inverser la tendance entre l’automobile et le vélo ». Avec une suggestion importante pour inciter au développement de ce transport propre, silencieux et bon pour la santé: sortir les pistes cyclables en site propre du calcul du zéro artificialisation nette, le fameux ZAN qui déboussole les communes et EPCI depuis le plan Biodiversité de 2018.  

Relance : 200 millions débloqués pour le vélo

Thierry du Crest, coordonnateur interministériel pour le développement de l'usage du vélo au ministère de la Transition écologique et solidaire, a rappelé l’engagement sans précédent de l’État et de ses partenaires en matière de politique cyclable. Depuis le plan vélo présenté par Edouard Philippe en 2018 – enrichi par la loi d’orientation des mobilités (LOM) – les ambitions nationales et les moyens alloués sont inédits. Objectif : tripler la part modale du vélo (actuellement de 3 %) d’ici 2024, via des mesures fortes en matière de sécurité, de lutte contre le vol, d’incitation et de « culture vélo ». 
Pour soutenir les collectivités, responsables de la construction des pistes cyclables, le plan prévoyait le déblocage de 350 millions d’euros sur sept ans, dans le cadre du fonds mobilités actives entériné par la LOM, et d’appels à projet (AAP) – le lancement du 4e AAP étant imminent. 
Promesse tenue : depuis 2018, 500 projets sur 330 territoires différents ont été soutenus par l’État, pour 215 millions d’euros. Un succès qui ne devrait pas faiblir, tant la crise sanitaire a accéléré les projets de développement du vélo. Le bilan de l’année 2020 par rapport à 2019 est historique : le trafic et les ventes de vélos à assistance électrique (VAE) ont augmenté de 30 %, et près de 2 millions de vélos ont été réparés. Dans le cadre du plan de relance, 200 millions d’euros seront également débloqués, dans le cadre de nouveaux AAP (150 millions par an) et via la DSIL (40 millions d’euros). 21 millions d’euros seront consacrés au programme « savoir rouler à vélo », avec pour objectif la formation d’une « génération vélo ». Autre outil fourni par l’État : les programmes « À vélo »  – porté par l’Ademe – et « Employeurs pour le vélo ».

Plan de mobilité : concertation et intermodalité 

Le témoignage de Boris Ravignon, maire de Charleville-Mézières, autorité organisatrice de la mobilité, a été particulièrement éclairant. Avant la crise, la politique cyclable de la commune et de l’agglomération était déjà particulièrement aboutie : projet « Vélo taf »  pour les déplacements domicile-travail, projet mixte de 14,5 km de voies cyclables sur l’axe nord-sud, aménagements sur une 2x2 voies, zones à 30 en centre-ville, aides à l’acquisition de vélos fabriqués en France… Le maire de Charleville s’est saisi de tous les outils et recommandations du Cerema, porté par un guide dédié, tout en innovant pour tenir son objectif d’une ville 100 % cyclable. Prochaines étapes : changer le plan de mobilité en concertation avec les habitants via un référendum local, et adopter un schéma cyclable communautaire rassemblant l’ensemble des communes de l’agglomération. Un retour d’expérience essentiel pour les maires freinés par les arbitrages à faire entre voiture, vélo et piétons.
Pour Fabien Bagnon, vice-président en charge de la voirie et des mobilités actives à la métropole de Lyon, « les transports en commun doivent être les alliés du vélo. »  L’intermodalité – soit l’articulation du vélo avec les transports en commun et le train – est cruciale, relève-t-il.  Et les atouts de la solution vélo ne sont plus à démontrer pour « une transition environnementale rapide, réussie et bon marché ». Mais pour aboutir à cet avenir heureux, une réflexion systémique est à mener, estime Valérie Faucheux, maire adjointe aux mobilités à Rennes. « On ne naît pas cycliste, on le devient. » 

Accéder au guide du Cerema « Rendre sa voirie cyclable : les clés de la réussite ».
Consulter le guide du club des villes et territoires cyclables sur le coût des politiques vélo.

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