Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du mardi 20 janvier 2026
Politique de la ville

Politique de la ville : un collectif d'élus fustige la disparition annoncée des « Quartiers de demain »

Plus d'un millier d'élus, de chercheurs et d'architectes demandent à l'État de renoncer au « démantèlement » de l'opérateur qui pilote « Quartiers de demain » et permet d'accompagner les collectivités sur des « enjeux centraux » tels que le logement ou la transition écologique. Dans le même temps, le gouvernement réclame des « Ã©conomies supplémentaires » en 2026 sur les opérateurs de l'État. 

Par A.W.

« Brutalité »  et « absurdité ». Dans une tribune publiée hier dans Le Monde, un collectif d'élus, de chercheurs et d’architectes appelle l'Etat à revenir sur sa décision d’amputer de 70 % le budget du groupement d'intérêt public (GIP) qui pilote notamment le programme « Quartiers de demain »  (qui était jusque-là soutenu par Emmanuel Macron au bénéfice des quartiers populaires). Une structure largement méconnue, mais qui joue un rôle important pour imaginer l'habitat de demain.

Un appel qui arrive, toutefois, au pire moment puisque la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a annoncé, hier, des « économies supplémentaires »  sur les opérateurs de l’État dans le but de contenir le déficit public à 5 % du PIB en 2026 – après les concessions faites ces derniers jours par Sébastien Lecornu pour obtenir un budget tout en évitant la censure. 

Salué un jour, démantelé le lendemain

Ce « démantèlement »  pur et simple du GIP « L’Europe des projets architecturaux et urbains »  (Epau) – une émanation des ministères de la Culture et du Logement – est ainsi dénoncé par les auteurs de cette tribune signée notamment par la présidente de l’Union sociale pour l’habitat (USH), Emmanuelle Cosse, et l’ancienne ministre de la Ville (2024-2025), Juliette Méadel. 

On y retrouve également des maires de tout bord. De Gilles Leproust, maire communiste d’Allonnes et président de l’association d’élus Villes & Banlieues, à Camille Galtier, maire divers droite de Manosque, en passant par Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen (PS), Anne Vignot, maire de Besançon (écologiste) ou encore Jean-René Etchegaray, maire de Bayonne (Renaissance) et Philippe Laurent, maire de Sceaux (UDI) et vice-président de l’AMF. Parmi les auteurs même de la tribune, on peut citer l'adjoint au maire de Caen, le géographe Nicolas Escach, qui évoquait dernièrement une décision « prise sans rien comprendre des enjeux, à rebours de tout ce qu’il faut pour préparer l’avenir... » 

Si tous déplorent une décision qui « affaiblit l’action publique face aux crises écologiques et territoriales », ils s’étonnent aussi de « la brutalité de l’annonce », faite à la mi-décembre 2025. Quelques jours après la présentation des dix lauréats de la consultation internationale « Quartiers de demain »  – programme lancé à la fin de 2024 par le président de la République (pour améliorer le cadre de vie des habitants de quartiers populaires, en les associant à toutes les étapes des projets) – durant laquelle plusieurs ministres saluaient encore « unanimement »  le travail du GIP.

Vantant à cette occasion « une promesse de nouvel élan pour nos quartiers », Emmanuel Macron affirmait à son auditoire de la Cité de l’architecture et du patrimoine vouloir « redonner sens à la parole habitante ». Et leur assurait : « Vous avez le droit à ce qu’il y a de plus beau ». Alors que l'ambition initale était de répliquer l'opération pour la faire bénéficier aux 1 500 quartiers de la politique de la ville, le tout a donc été rayé d'un trait de plume.

« L’engagement de l’État, à travers le GIP EPAU, du programme Quartiers de demain s’arrête à la consultation », peut-on lire dans le compte-rendu d’une réunion interministérielle, relatée récemment par Le Monde. Les projets devront donc se réaliser sans le dispositif d’accompagnement.

Plusieurs programmes menacés

De quoi stupéfier les « près de 200 collectivités territoriales, de toutes tailles et de toutes sensibilités politiques, plus de 1 200 professionnels de l’aménagement, 900 chercheurs, ainsi que de nombreux artistes et citoyens »  qui étaient impliqués dans les ambitieux programmes de recherche et d’expérimentation du GIP. « Tous craignent de voir disparaître un espace rare de coopération, de confiance et d’intelligence collective au service de l’intérêt général », selon les quelque 1 000 signataires. 

« S’il est envisagé une possible intégration de certains de ces programmes au sein de l’administration, d’autres seront purement et simplement interrompus », préviennent les auteurs de la tribune, regrettant au passage la mise au « chômage »  des 21 salariés du GIP. La réduction « drastique »  du budget du groupement menace ainsi les programmes centrés sur l’observation des projets et stratégies territoriales (Popsu), l’innovation dans le logement (Engagés pour la qualité du logement de demain), la préservation de la biodiversité (Erable), mais aussi le concours d’architecture Europan ou encore la caravane des ruralités.

Pourtant, les signataires mettent en avant les champs d’intervention « larges »  du groupement : logement, architecture, urbanisme, politiques territoriales, transition écologique et biodiversité. Mais aussi « sa méthode claire » : « Organiser le dialogue entre l’État et les collectivités, et la coopération entre chercheurs, concepteurs, élus, professionnels et citoyens au niveau local, afin de renouveler l’action publique et la démocratie ».

« Indispensables pour soutenir la transition socio-écologique et outiller les politiques locales », les actions du GIP portent sur des « enjeux centraux », tels que « les effets sociaux et environnementaux des mouvements de métropolisation, la recomposition des territoires ruraux et des petites villes, l’adaptation du logement et de l’architecture à l’évolution des modes de vie, au vieillissement de la population et au changement climatique, ou la prise en compte de la biodiversité et des ressources naturelles dans les projets urbains et territoriaux », rappellent-ils, avant de pointer le fait que, « à l’heure où le monde de la recherche est appelé à participer à la coconstruction des politiques publiques, il est pour le moins paradoxal de condamner l’un des lieux qui y contribue activement ».

Des économies « incertaines » 

La remise en cause du GIP est également jugée « absurde »  et « inquiétante sur le fond ». « En prétendant renforcer l’efficacité de l’État, elle consiste en réalité à supprimer ce qui lui permet justement d’être efficace : un pilotage interministériel effectif, une relation horizontale avec les collectivités, les réseaux scientifiques, les professionnels et les citoyens, une présence sur le terrain et la capacité à explorer des solutions adaptées à tous les contextes », fustigent les auteurs de la tribune, qui assurent que, « en sacrifiant cet opérateur et la recherche, l’État ne se modernise pas, il se rigidifie ».

Voulues par le gouvernement dans le cadre de sa promesse de supprimer ou fusionner « un tiers des opérateurs de l’État », les économies budgétaires réalisées grâce à ce « démantèlement »  sont d’ailleurs remises en cause, leur ampleur réelle étant jugée « incertaine ». 

D’autant que « cette entreprise de "rationalisation" menace des compétences, des réseaux et des écosystèmes de travail patiemment construits depuis deux décennies », critiquent les signataires. « À force de prétendre "rationaliser" l’action publique, l’État finit par détruire ce qui lui permet d’en renouveler les modalités et l’efficacité », estiment-ils, en condammant une forme « d'aveuglement ». 

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