Édition du mardi 23 février 2016


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Essais nucléaires dans le Pacifique : François Hollande promet réparation

Le président de la République, en visite officielle dans le Pacifique, a ouvert la porte au règlement d’un conflit vieux de plusieurs décennies : celui des conséquences sanitaires et environnementales des essais nucléaires français. François Hollande a en effet solennellement « reconnu » les « impacts » de ces essais et s’est engagé à « traiter ces conséquences ».
Entre 1960 et 1996, l’armée française a procédé à 193 tirs nucléaires dans les atolls polynésiens de Mururoa et Fangataufa, dont 46 atmosphériques. Il est de notoriété publique que dans les premières années de ces essais, aucune protection n’a été assurée ni pour les militaires ni pour les riverains : aussi étonnant que cela puisse paraître, alors que les conséquences des irradiations étaient bien connues au moins depuis Hiroshima, « on nous disait de nous mettre les mains sur les yeux et de tourner le dos au champignon », raconte dans la presse un ancien militaire du CEP (Centre d’expérimentation du Pacifique). Depuis, des centaines de cas de cancers suspects se sont déclarés : vétérans de l’armée, employés locaux du CEP, mais aussi personnes possiblement contaminées par l’accumulation de substances dangereuses dans la nature.
L’État français a mis bien longtemps à accepter et reconnaître ses responsabilités. Certes, une fois la fin des essais annoncée par le président Chirac en 1996, une dotation annuelle d’un milliard de francs (150 millions d’euros) a été accordée pour compenser la perte d’activité économique liée à la fermeture du CEP – c’est le fameux « milliard Chirac », comme il est appelé en Polynésie. Certes, encore une quinzaine d’années plus tard, la loi Morin du 5 janvier 2010 a prévu « une réparation intégrale du préjudice » subi par « toute personne souffrant d’une maladie radio-induite résultant d'une exposition à des rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français », notamment, poursuit la loi, les personnes ayant résidé « entre le 2 juillet 1966 et le 31 décembre 1998 dans les atolls de Mururoa et Fangataufa », ou encore à Tahiti ou dans l’atoll de Hao.
Mais sur place, c’est surtout un sentiment d’abandon qui est ressenti. Témoin, cette lettre envoyée en 2002 à Jacques Chirac par le maire de la commune de Tureia, dont font partie les atolls de Mururoa et de Fangataufa, qui en dit long sur ce que l’on ne peut appeler autrement qu’une forme de mépris de la part de l’État : en guise de « compensation », l’État « a fait don à la commune de Tureia d’un chariot élévateur complètement rouillé », écrivait Ternauri Fariki. « Deux blockhaus » construits par le CEP « sont toujours en place et complètement délabrés, les enfants vont jouer à l’intérieur (malgré) l’amiante qui est dangereux pour la santé des enfants. Les propriétaires des terres où sont construits ces blockhaus essayent de les détruire. Je pense, Monsieur le Président, que ce n’est pas à eux de les détruire mais à ceux qui les ont bâtis… »
Quant à la loi Morin, elle n’a guère eu plus d’efficacité : sur un millier de dossiers déposés, quatre avaient abouti à une indemnisation en 2012, et aujourd’hui « une vingtaine », a reconnu hier le chef de l’État. Il a promis à cette occasion que le décret d’application de la loi allait être modifié pour permettre une révision des demandes d’indemnisation.
François Hollande également promis la « sanctuarisation » du « milliard Chirac », ramené en l’occurrence à « 90 millions d’euros ». L’État achèvera « le démantèlement des installations et la dépollution de l’atoll de Hao » et ceux de Moruroa et Fangataufa feront l’objet d'une « vigilance méticuleuse », ajouté François Hollande.
Les élus locaux se sont dits satisfaits de ces déclarations, mais ils promettent de rester vigilants et de veiller à ce que ces promesses soient suivies d’effet.
Franck Lemarc
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