Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du lundi 28 juin 2021
Numérique

Numérique : quelles pistes pour faire reculer l'illectronisme en zone rurale ?

L'Association des maires ruraux de France (AMRF), la start-up We Tech Care et l'opérateur SFR se sont réunis jeudi lors d'une webconférence consacrée aux enjeux de l'inclusion numérique dans les communes rurales.

Par Ludovic Galtier

Malgré le changement de dimension de la lutte contre l’illectronisme ces dernières années et l’attribution de nouveaux moyens, le premier vice-président de l’Association des maires ruraux de France (AMRF), Dominique Dhumeaux, ne se fait guère d’illusions : « On a cru pendant très longtemps que la dématérialisation serait une piste pour réduire le coût du fonctionnement de l’Etat et des administrations. Résultat : on a laissé un citoyen sur cinq sur le bord du chemin […] Cette masse de 13 millions de Français en difficulté avec le numérique ne va pas disparaître comme ça », soutenait, jeudi, le maire de Fercé-sur-Sarthe (Sarthe), au cours d’une webconférence dédiée aux enjeux de l’inclusion numérique dans les communes rurales.

Les chiffres de l’illectronisme pourraient, argumentait ensuite Dominique Dhumeaux, suivre la même tendance que ceux de l’illettrisme, qui « n’a jamais diminué »  en France, si « le lien avec les services  publics de proximité »  n’est pas maintenu. 

La piste du facteur

Consultante auprès de la start-up We Tech Care, qui a fait de l’inclusion numérique son cœur d’activité, Léa Courtois confirme que « l’éloignement structurel »  des habitants des campagnes combiné à celui des services publics, provoqué par la dématérialisation, crée pour eux une sorte de « double peine ». « Les guichets d’accompagnement existent bien trop peu : c’est là que l’échelon communal apparait comme une clé pertinente ».

Patrick Chaize, sénateur de l’Ain, a, lui aussi, récemment mis en évidence dans un rapport qu’il « manque un maillon entre les services publics et les habitants ». Pour le président de l’Avicca, « il faut aller chez les gens pour les ramener vers l’utilisation du numérique, le facteur pourrait jouer ce rôle en assurant l’interface entre l’administré et le service public ». « Le facteur est une piste, lui a répondu Dominique Dhumeaux, bien que La Poste réduise ses tournées ».

Protéger juridiquement les secrétaires de mairie

Le vice-président de l’AMRF voit davantage comme « premier recours »  les espaces France services et les communes. « Un accompagnant numérique sur deux est un agent d’accueil (secrétaire de mairie) dans les territoires ruraux. »  Problème : plus que former les usagers aux outils numériques, les secrétaires de mairie répondent souvent à l’urgence. 

« Les secrétaires de mairie créent souvent une adresse mail à l’usager puis un compte sur le site de l’ANTS puis conservent des mots de passe sur un fichier qu’ils n’ont pas le droit d’avoir », résumait Dominique Dhumeaux, pour qui l’une des priorités est de « protéger juridiquement les accompagnants de ces actions hors cadre ». Ils devraient aussi, dans l’idéal, être formés afin qu’ils puissent intégrer le numérique dans leur pratique d’accueil.

Dominique Dhumeaux a conclu en évoquant les « claques »  que la masse de gens en difficulté avec le numérique recevaient lors de la présentation du moindre progrès technologique. Pour atténuer cette douleur, il semblerait naturel pour le maire de « corriger certains outils numériques en termes de compréhension »  pour qu’il ne soit pas « plus facile », par exemple, « de payer son PV sur internet que de réaliser une demande de carte grise. Il faudrait que les deux soient aussi simples ».

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