Un jeune sur cinq cherche à s'informer via les réseaux sociaux : un nouveau défi démocratique à relever
Par Franck Lemarc
Comment s’informent aujourd’hui les jeunes générations ? Alors que la campagne pour les municipales est encore en cours dans environ 2 000 communes et que la future élection présidentielle approche, il est important de comprendre dans quel environnement informationnel évoluent ceux qui sont « les électeurs de demain ».
L’Association e-Enfance/3018 a ainsi mené une étude auprès de 1 049 jeunes âgés de 11 à 18 ans. Les résultats montrent, sans grande surprise, que « les réseaux sociaux occupent désormais une place centrale dans l’accès à l’actualité » pour les jeunes mais que, contrairement à certaines idées reçues, cette génération reste « attentive à l’actualité et consciente des risques de manipulation ».
Des réseaux sociaux incontournables
L’étude montre que dès 11 ans, un jeune sur cinq cherche déjà directement de l’information sur les réseaux sociaux. Pour les plus jeunes (11-13 ans), 20 % déclarent rechercher directement des informations sur les réseaux sociaux et ce chiffre monte à 69 % chez les 16-18 ans, qui déclarent même « que les réseaux sociaux constituent leur premier canal d’exposition à l’information. »
L’association précise que « ce constat interroge d’autant plus que l’accès aux réseaux sociaux est en principe interdit aux moins de 13 ans. »
Un réseau social semble remporter la préférence des jeunes : 70 % des adolescents se tournent vers TikTok, dont plus d’un sur deux (55 %) chez les 11-13 ans. « La plateforme s’impose ainsi très largement comme la principale porte d’entrée vers l’actualité, loin devant les autres réseaux sociaux » , précise l’Association e-Enfance/3018.
Intelligence artificielle, algorithmes, fake news : l’environnement informationnel des réseaux sociaux est complexe, parfois hostile. « Les adolescents expriment une perte de repères croissante face à la fiabilité de l’information, peut-on lire dans l’étude. 81 % des jeunes déclarent ne plus savoir à qui faire confiance face aux fausses informations qui se multiplient. » De même, 55 % des jeunes estiment qu’il devient « difficile de distinguer le vrai du faux » et « 53 % déclarent que la désinformation finit par réduire leur envie de s’informer ».
Sur l’intelligence artificielle, 40 % des jeunes interrogés « reconnaissent remettre rarement, voire jamais, en cause une information provenant d’une IA, ce qui souligne l’importance croissante de ces technologies dans l’écosystème informationnel des jeunes ».
Cependant, « les adolescents ne se déclarent pas naïfs face à la désinformation » , précisent l’association et « 73 % des jeunes disent repérer régulièrement des fausses informations, toutes sources confondues, et 60 % déclarent « vérifier » les contenus qu’ils consultent. »
Ces résultats témoignent d’un changement profond dans les façons de s’informer mais les médias dits « traditionnels » (journal télévisé, radio, presse d’information en ligne, etc.) ne sont pas totalement boudés par les jeunes. Pour rechercher de l’information, les 16-18 ans se tournent à 40 % vers des médias classiques mais via les réseaux sociaux. Si le canal prioritaire ne change pas drastiquement, le support change.
Se pose alors la question de savoir comment atteindre ces jeunes générations, que cela soit en tant qu’élu ou en tant que média d’information. Pendant cette campagne pour les élections municipales, de nombreux maires ont posté des vidéos sur le réseau TikTok, et pas uniquement les maires des grandes villes. De l’autre côté, il existe des médias spécialement conçus pour les réseaux sociaux comme « HugoDécrypte », « Brut » ou « Vakita » par exemple. Une démarche « d’aller vers » se développe ainsi sur les réseaux.
Une étude publiée hier par la Fondation Jean-Jaurès sur la protection des mineurs en ligne met aussi en lumière l’importance des « créateurs de contenus » (ou influenceurs) dans les usages des jeunes générations. Pour les auteurs, il apparaît aujourd’hui « nécessaire de reconnaître le rôle qu’ils jouent déjà dans l’expérience des réseaux sociaux des jeunes et de leur proposer un programme d’engagement clair, volontaire et structuré » : « Ces créateurs engagés pourraient contribuer à la diffusion de campagnes de sensibilisation, à la cocréation de contenus pédagogiques adaptés aux codes des jeunes générations et à la mise en visibilité de dispositifs encore trop méconnus, tels que les outils de signalement, les paramétrages de confidentialité ou le 3018, proposent les auteurs. Ils pourraient également être associés à des échanges réguliers avec les pouvoirs publics, afin que l’expérience de terrain nourrisse les politiques publiques. »
Un texte pour interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans
Dans une vidéo publiée au début de l’année 2026 (sur les réseaux sociaux), le président de la République a annoncé qu’il engageait une procédure accélérée au Parlement sur un texte porté par la députée macroniste Laure Miller visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans. Objectif fixé par le chef de l’État : voir cette interdiction entrer en vigueur dès la rentrée scolaire de septembre 2026. Ce texte, présenté en novembre dernier par la députée de la Marne, a été adopté en début d’année à l’Assemblée nationale en séance publique et devra désormais être discuté en séance publique au Sénat.
Reste à savoir comment les parlementaires vont relever le défi de faire faire voter un texte conforme au droit européen, notamment au règlement sur les services numériques (DSA) (lire Maire info du 26 janvier) et, in fine, de veiller à la bonne application de cette loi.
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