Maire-info
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Édition du jeudi 21 janvier 2021
Montagne

Remontées mécaniques fermées en février : « La montagne a été sacrifiée », regrette le sénateur Jean-Michel Arnaud

En montagne, « une saison blanche » se profile, a prédit, hier, le secrétaire d'État au Tourisme, Jean-Baptiste Lemoyne. Les remontées mécaniques ne rouvriront pas dans les stations de ski françaises pour les vacances de février. « Nos montagnes disparaissent sous un épais brouillard », a réagi sur Twitter, le sénateur des Hautes-Alpes, Jean-Michel Arnaud.

Pour « l’écosystème montagne », 250 000 à 400 000 emplois directs et indirects, la pente s’annonce raide. Le mince espoir de réouverture des remontées mécaniques pour les vacances de février s’est définitivement envolé, hier, avec la prise de parole du secrétaire d’État au Tourisme. À l’issue d’un Conseil de défense, consacré à la crise sanitaire qui ne s’améliore pas, Jean-Baptiste Lemoyne a même préparé les esprits à « une saison blanche ». 

« Aucune perspective jusqu’en décembre 2021 » 

Pire, réagit, ce matin auprès de Maire info, le sénateur Union centriste des Hautes-Alpes et président de l'association des maires du département, Jean-Michel Arnaud, « c’est une année noire que nous sommes en train de vivre ». La saison dernière, on s’en souvient, s’est terminée dans la précipitation le week-end des 14 et 15 mars (lire Maire info du 27 avril 2020). « Nous sommes extrêmement déçus, pour ne pas dire effondrés, par la décision du gouvernement de maintenir fermées les remontées mécaniques en stations, poursuit le conseiller municipal de Tallard. Nous n’avons aucune perspective jusqu’en décembre 2021 ». 
Ce n’est pas faute, pour le sénateur, membre d’une délégation reçue en début de semaine à l’Élysée, d’avoir tenté de convaincre le gouvernement : « Nous avons proposé de renforcer nos protocoles sanitaires en demandant, par exemple, la production d’un test antigénique négatif à ceux qui auraient séjourné dans nos stations », détaille-t-il.

« Les canons à indemnisation doivent être au rendez-vous » 

Pour le sénateur, « la question des regroupements se pose en des termes identiques en montagne et en ville, il n’y a donc pas de raison de faire preuve de discrimination négative à l’égard de la montagne ». En résumé, « nous n’avons pas été entendus (…) la montagne a été sacrifiée »  sur l’autel de « l’hygiénisation de la société », regrette Jean-Michel Arnaud, amer. « On risque la disparition du modèle montagne sur des préjugés », se désolait, hier sur Twitter, Jean-Luc Boch, président de l'Association nationale des maires des stations de montagne et maire de La Plagne-Tarentaise (Savoie). L'AMF a également, ce matin, pris position sur ce dossier. L'association pointe les « conséquences considérables »  que va avoir la décision du gouvernement sur l'économie des stations, et note que « la concertation organisée cette semaine avec les élus locaux et les parlementaires, au plus haut niveau de l’Etat, n’avait pas pour objet de trouver des solutions partagées ». « On risque la disparition du modèle montagne sur des préjugés », se désolait, sur Twitter, Jean-Luc Boch, président de l'Association nationale des maires des stations de montagne et maire de La Plagne-Tarentaise (Haute-Savoie).
Pour tenter de rassurer les élus, Jean-Baptiste Lemoyne a filé la métaphore. « Les canons à neige ne vont pas fonctionner, les canons à indemnisation doivent être au rendez-vous », a déclaré le secrétaire d’État au Tourisme. Un ton qui tranche avec la « sortie »  en 2021 du « quoi qu’il en coûte », annoncée le même jour, dans Les Échos, par son collègue Olivier Dussopt (Comptes publics). Le Premier ministre Jean Castex recevra dans les jours qui viennent les acteurs de la montagne afin de « finaliser les mesures de soutien économique »  qui permettront de renforcer l’accompagnement des entreprises touchées par cette fermeture prolongée, a annoncé Jean-Baptiste Lemoyne.

Et les collectivités de montagne ?

Aujourd’hui, 25 départements vivent partiellement ou complétement du tourisme hivernal. En moyenne montagne, les collectivités locales soutiennent les acteurs de la montagne : en gérant, par exemple, les remontées mécaniques via des syndicats mixtes, elles engagent leurs propres deniers. Les déficits des remontées mécaniques peuvent donc avoir un douloureux impact sur leurs budgets annexes. « Il y a un vrai danger dans la capacité de faire face aux révisions trentennales, dont nous avons demandé le moratoire », prédit Jean-Michel Arnaud, qui a préparé avec huit de ses collègues, en perspective du plan montagne, piloté par l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) et dont le lancement est prévu en juin 2021, une note « pour sauver ce qui est sauvable ». 
Au-delà du soutien en ingénierie prévu par ce plan calqué sur le modèle du plan « Petites villes de demain », « nous demandons un changement de méthode (avec l’implication des collectivités des massifs français, des parlementaires) afin de redonner une perspective à la destination montagne et d’accompagner les collectivités et les acteurs de la montagne dans un effort indispensable, la crise sanitaire l’a démontré, de modernisation et de diversification des métiers ». De façon très concrète encore, Jean-Michel Arnaud recommande au gouvernement que la fermeture de classes dans les communes accueillant des stations fassent l’objet d’un moratoire pour l’année scolaire 2021-2022, la population étant moins nombreuse sans la présence du personnel saisonnier, pour « ne pas déstabiliser notre écosystème éducatif ». Il souhaite également la mise en place par l'Etat d'un fonds d'aide dédié aux pertes de recettes liées à l'eau et à l'assainissement ainsi qu'une exonération partielle ou un dégrèvement du fonds national de péréquation des ressources intercommunales et communales (FPIC).

L'AMF demande des mesures de soutien renforcées à la montagne

Dans le même esprit, l'AMF demande désormais « des mesures de soutien renforcées à la montagne » : « L’AMF souhaite que l’Etat prenne l’initiative de concevoir et de mettre en œuvre pour les élus locaux et les parlementaires des régions concernées, un dispositif financier, fiscal et réglementaire d’accompagnement dans la durée des acteurs privés et publics de l’économie des territoires de montagne. » 
« La montagne n'est (donc) pas un problème mais une solution pour prendre l'air et se refaire une santé mentale et physique », tweete en conclusion Jean-Michel Arnaud. L'importance du sport pour la santé a été d’ailleurs rappelée, hier, par 73 sénateurs, emmenés par Michel Savin (Isère, Les Républicains). Dans un courrier adressé au Premier ministre Jean Castex, ils demandent « une dérogation au couvre-feu après 18 heures pour la pratique d’une activité physique individuelle de plein air et sans regroupement pour tous les Français ».

Ludovic Galtier

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