Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du lundi 6 juillet 2020
Gouvernement

Jean Castex, un Premier ministre qui affirme « croire aux territoires »

Le nouveau Premier ministre, Jean Castex, devrait faire connaître la composition de son gouvernement aujourd’hui. Présenté depuis sa nomination comme un « homme des territoires », Jean Castex est aussi un habitué des cabinets ministériels – voire de ceux de l’Élysée – et un haut fonctionnaire aux multiples casquettes. 

Élu local
Jean Castex, 65 ans, est certes « fils d’une institutrice du département du Gers, issu de l’école républicaine », comme il s’est présenté samedi soir sur TF1, mais il est également petit-fils de maire et de sénateur : son grand-père, Marc Castex, a été maire de Vic-Fezensac pendant 18 années (1971-1989), conseiller général du Gers pendant 24 ans et sénateur (UDF) du même département de 1980 à 1989. 
Le nouveau Premier ministre a lui aussi eu de nombreux mandats électifs locaux : maire de Prades, dans les Pyrénées-Orientales, depuis 2008, il vient d’y être réélu au premier tour, avec 75,7 % des voix. Jusqu’à sa nomination à Matignon, il était également, depuis janvier 2015, président de la communauté de communes Conflent-Canigó et conseiller départemental des Pyrénées-Orientales, là aussi depuis 2015. Enfin, Jean Castex a été conseiller régional du Languedoc-Roussillon de 2010 à 2015. Il a également tenté d’être député, se présentant en 2012 dans la 3e circonscription de son département, mais a été battu par la socialiste Ségolène Neuville. Jean Castex était membre du parti les Républicains jusqu’à sa nomination à Matignon, à l’occasion de laquelle il a « rendu sa carte ». 

Haut fonctionnaire
Cet ancrage local ne doit pas faire oublier que Jean Castex est un haut fonctionnaire qui a eu de nombreuses fonctions au cœur de l’État. Passé par Sciences Po en 1986 et l’Ena en 1989, il a débuté sa carrière à la Cour des Comptes avant d’entamer un parcours classique de haut fonctionnaire dans diverses administrations et préfectures : directeur des affaires sanitaires et sociales dans le Var, secrétaire général de la préfecture du Vaucluse, président de la chambre régionale des comptes d’Alsace, il a ensuite rejoint, à partir de 2005, l’administration centrale puis les cabinets ministériels. Jean Castex a été directeur de l’hospitalisation et de l’administration des soins entre 2005 et 2006, avant de devenir directeur de cabinet de Xavier Bertrand, d’abord au ministère de la Santé puis à celui du Travail. Il a enfin rejoint le cabinet du président de la République, Nicolas Sarkozy, d’abord comme conseiller aux affaires sociales en 2010, puis comme secrétaire général adjoint de l’Élysée de 2011 à 2012. 

Responsabilités nationales
Par la suite, le maire de Prades a été sollicité par le gouvernement pour coordonner un certain nombre de tâches complexes : depuis septembre 2017, il était délégué interministériel aux Jeux olympiques et paralympiques de 2024, avant de prendre la présidence de la nouvelle Agence nationale du sport le 20 avril 2019. Le 2 avril dernier, il a été chargé par le Premier ministre de coordonner la stratégie du déconfinement – ce qui apparaît, a posteriori, comme une ultime étape avant Matignon – on rapporte qu’il était alors surnommé au sein du gouvernement le « vice-Premier ministre ». 
Féru, à titre personnel, des questions ferroviaires, Jean Castex avait été pressenti, en juillet 2019, pour prendre la succession de Guillaume Pepy à la tête de la SNCF, avant que Jean-Pierre Farandou lui soit finalement préféré.
À peine arrivé à Matignon, Jean Castex a annoncé les prémisses d’un cabinet politiquement œcuménique, puisque son directeur de cabinet sera un homme catalogué à gauche, le socialiste Nicolas Revel, lui ancien secrétaire général adjoint de l’Élysée, mais sous François Hollande, sous la tutelle d’un certain… Emmanuel Macron, dont il est très proche. 

Premières orientations
Quelques heures après sa nomination, Jean Castex a accordé une interview à TF1, samedi soir, pour présenter ses premières orientations. « Je n’étais pas, jusqu’à aujourd’hui, un homme politique national, a notamment déclaré le nouvel hôte de Matignon. Je suis un homme politique enraciné dans mon territoire, un homme politique local, un homme politique de la vie quotidienne des gens. »  Il s’est présenté comme « un gaulliste social », qui estime « qu’on ne peut pas tout attendre de l’État ». « Mes valeurs, c’est la laïcité – je ne peux pas admettre certains comportements, certains replis sur soi, certains communautarismes. » 
Au chapitre des priorités, le nouveau Premier ministre en a fixé plusieurs : « Le plan de relance, le dialogue social, la confiance dans les territoires ». Il aura également la charge de mettre en musique les propositions – globalement acceptées par le chef de l’État – de la Convention citoyenne. « L’approfondissement de la relation avec les territoires »  est « une autre »  de ses priorités, « parce que c’est un gage d’efficacité ». Jean Castex, sur ce terrain, juge « absolument indispensable de faire évoluer notre logiciel : tout ne peut pas se décider depuis Paris. Je crois aux territoires, je crois à la confiance et aux valeurs de responsabilités. »  Sur la question écologique notamment, le Premier ministre juge qu’il est possible de faire avancer cette question « au plus près des citoyens, dans les territoires ». 
Le projet de loi sur la décentralisation sera donc très probablement le vecteur de cette politique. Reste à savoir qui le portera. Jacqueline Gourault restera-t-elle chargée des relations avec les collectivités territoriales ? La réponse devrait arriver aujourd’hui avec la nomination du gouvernement. Ou plutôt – ce qui est une première – la nomination d’une première partie du gouvernement : seuls les noms des ministres devraient être connus aujourd’hui, ceux des secrétaires d’État l’étant plus tard. Le discours de politique générale du nouveau Premier ministre, devant l’Assemblée nationale, ne devrait être prononcé qu’à partir du 15 juillet, après l’intervention du président de la République qui, a-t-on appris hier, devrait intervenir le jour de la fête nationale. 

Franck Lemarc

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