Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du lundi 7 septembre 2026
Handicap

Handicap : la société « pleinement accessible » risque de se faire encore attendre un peu

Lors de la Conférence nationale du handicap du 4 septembre ont été annoncés 16 engagements et 65 nouvelles mesures à mettre en œuvre pour les trois prochaines années. Les derniers décrets d'application de la loi du 11 février 2005 viennent seulement d'être signés.

Par Bénédicte Rallu

À l’heure où se tenait la 7e Conférence nationale du handicap (CNH) le 4 septembre, pour la première fois en dehors de l’Élysée, au Prisme à Bobigny (Seine-Saint-Denis), la loi du 11 février 2005 ne s’applique … pas encore pleinement.

Les derniers décrets (bâtiments à usage professionnel et accessibilité pour l'accueil dans les services publics des personnes sourdes ou malentendantes) viennent seulement d’être signés et n’entreront en vigueur que dans quelques mois. Le président Emmanuel Macron avait pourtant fait du handicap une priorité de son premier quinquennat.

Symboles 

En dix ans, certains sujets ont certes avancé avec quelques symboles, dont le remboursement par l’Assurance maladie, depuis le 1er décembre 2025, des fauteuils roulants. La mesure aurait bénéficié à 280 000 personnes pour un investissement d’environ 70 millions d’euros, selon l’Élysée. L’allocation aux adultes handicapés a été « déconjugalisée ». À l’école, la France est passée de 43 000 accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) en 2017 à 140 000 cette année, toujours selon les chiffres mis en avant par l’entourage du chef de l’État.

Les pôles d’appui à la scolarité (PAS), chargés de trouver les solutions pour scolariser tout enfant en situation de handicap, sont en cours de développement : il y en aurait aujourd’hui 1 500, l’objectif étant de 3 000. En termes d’emploi, le taux de chômage des personnes en situation de handicap a baissé de 8 %, mais reste, avec 11%, supérieur à la moyenne nationale. Le bilan présidentiel en matière de handicap est savamment listé dans le dossier de presse de l’événement. 

« 90 % des communes ont fait le travail » 

Certains participants à la CNH 2026 reconnaissent une évolution de la société sur le sujet du handicap, à l’instar de Xavier Odo, maire de Grigny-sur-Rhône (Rhône), élu référent sur le handicap à l’AMF, à la sortie de la conférence : « 90 % des communes ont fait le travail. Nous sommes les principaux financeurs, nous sommes ceux qui trouvent les solutions sur le terrain et il y en a plein ! Il ne s’agit pas seulement de financement, mais parfois de plein de petites choses comme installer des bancs pour permettre aux personnes de se reposer : ils servent à la fois aux personnes en situation de handicap mais aussi aux personnes âgées. Ce qu’il faut maintenant, c’est surtout de la cohérence entre toutes les politiques, les normes, les contraintes. Il faut arrêter de nous emmerder ! » 

« Associer les élus » 

« Des progrès restent à faire », constate Isabelle Assih, maire de Quimper et également référente AMF, réaliste. Les maires, par sa voix, demandent à l’exécutif (avant l’arrivée du président de la République à la CNH, une quinzaine de ministres assuraient la représentation lors de la matinée) « une évaluation sincère des engagements pris lors de la précédente CNH, une méthode pour associer les élus locaux à chaque étape. Ce n’est toujours pas le cas dans le Finistère, témoigne-t-elle. On a appris par hasard le jour de la rentrée la création d’un pôle d’appui à la scolarité…Les moyens doivent être à la hauteur. Un fonds dédié à l’accessibilité universelle doit être créé pour plus de visibilité. L’accessibilité ne doit pas être diluée dans d’autres dotations comme la DSIL ».

Mettre les moyens

Le slogan de la CNH2026 « Passer d’une société inclusive à une société pleinement accessible »  ne convainc pas.  Arnaud de Broca, le président du collectif Handicap qui regroupe 53 associations nationales, a dû faire « une explication de texte » : « Nous sommes très loin de la société inclusive ! Passer à une société pleinement accessible signifie une accessibilité universelle et pour tous les types de handicap. Le slogan est un engagement fort de l’État, encore faut-il qu’il y mette les moyens et sanctionne »  l’inaccessibilité. 

« Associer les personnes en situation de handicap » 

Le gouvernement s’est vanté d’avoir préparé cette CNH 2026 avec tous les acteurs et les personnes concernées, dans « les territoires ». La Conférence était d’ailleurs retransmise dans chaque ville préfecture de métropole et d’outre-mer – permettant à l’Élysée de revendiquer 5 000 participants.  

Là encore, sans pleinement convaincre. « La consultation pour avis, ce n’est pas super constructif. Les personnes en situation de handicap doivent être associées dès le départ des projets » , a lancé Violette Viannay, présidente de l’Association des personnes de petite taille. Traduit par Florence Jablonski, élue municipale à Vesoul et en situation de handicap intellectuel : « Rien pour nous sans nous ! » 

« Beaucoup reste à faire » , admet sans détour le président de la République, venu conclure la CNH 2026 avec dans sa besace 16 engagements et 65 nouvelles mesures (listées elles aussi dans le dossier de presse) à mettre en œuvre lors des trois prochaines années. Ambition affichée de l’exécutif : une société qui ne demande plus aux personnes de s’adapter à son fonctionnement, mais qui s’organise pour être accessible à tous. 

Des groupes de travail pour finaliser

Emmanuel Macron a rapidement présenté quelques-unes des pistes de travail : beaucoup doivent encore être travaillées en groupe de travail à partir de cet automne, comme « la stratégie nationale autisme et neurodéveloppement 2026-2029 »  qui doit encore être finalisée. En matière de logements doit être créé d’ici janvier un répertoire des logements accessibles, ce « qui n’existe pas aujourd’hui, constate le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun. On ne sait pas où sont les logements accessibles… ». Ce qui est évidemment ennuyeux lorsque l'on veut aider les personnes en situation de handicap à en trouver un… Le chef de l’État souhaite des parcours depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte « sans rupture »  encore trop nombreuses aujourd’hui. L’exécutif veut aussi renforcer l’emploi accompagné avec un objectif de 20 000 en 2028. Tous les pans de la vie sont visés : école, enseignement supérieur, emploi, santé, parentalité, logement, culture, sport accès aux droits, innovations et nouvelles technologies, citoyenneté, vie affective et sexuelle, etc.

Budget et présidentielle 

Plusieurs bémols toutefois… Jamais l’exécutif n’a abordé la question des financements à venir, ni du projet de loi de finances, ni du projet de loi de financement de la Sécurité sociale. L’entourage de Camille Galliard-Minier, ministre déléguée chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées, a évoqué lors d’un brief presse téléphonique la nécessité d’avoir un budget pour avancer sur le sujet du handicap. 

En revanche, la future échéance présidentielle a, elle, bien été rappelée. « Je ferai tout pour que nous ne puissions reculer. Je souhaite que ce chantier soit inarrêtable »  a promis Emmanuel Macron. Mais chacun sait pertinemment que le risque budgétaire et le calendrier s’avèrent trop complexes pour transformer les annonces en politiques publiques. Aucun comité interministériel du handicap ne s’est tenu depuis 18 mois, n’ont aussi pas manqué de rappeler les associations. Et il a fallu 21 ans pour que tous les décrets d’application soient publiés !

À l’issue de la CNH, le réseau associatif Unapei, composé de 330 associations, a, par voie de communiqué, « déploré des engagements purement symboliques » . Seul point positif, fait tout de même remarquer Xavier Odo : « Après les Jeux paralympiques, l’événement permet de remobiliser ». Même s'il faut bien bien reconnaître que la politique du handicap passe souvent au second plan. La société pleinement accessible risque en effet de se faire attendre encore un peu. « Il faut une volonté nationale » , a martelé Isabelle Assih. 

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