Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du jeudi 12 mars 2026
Guerre au Moyen-Orient

Guerre au Moyen-Orient : le gouvernement dit ne pas craindre de « spirale inflationniste »

En Conseil des ministres, hier, le gouvernement a fait le point sur la situation au Moyen-Orient et se veut rassurant sur les conséquences économiques de ce conflit, en France. Mais malgré les décisions prises hier par les pays de l'Agence internationale de l'énergie, les prix du pétrole repartent à la hausse. 

Par Franck Lemarc

« À ce stade, il n’est pas attendu de spirale inflationniste généralisée et durable. »  C’est le message rassurant qu’a martelé le gouvernement, hier, au sortir du Conseil des ministres, estimant que la part importante de l’électricité produite en France via le nucléaire et les énergies renouvelables met le pays relativement à l’abri des conséquences du blocage du détroit d’Ormuz et de la destruction d’un certain nombre d’infrastructures de production d’hydrocarbures dans les pays du Golfe.

« Pas de risque d’approvisionnement » 

Certes, reconnaît le gouvernement, cette situation entraine « des tensions sur le marché international de l’énergie », et des hausses importantes de prix sont constatées dans les stations-service, « en particulier sur le gazole ». L’augmentation du prix du gaz sur les marchés internationaux aura, en revanche, des effets « moins immédiats »  dans le pays, en particulier parce qu’ils interviennent « dans la période de l’année où les consommations de gaz sont traditionnellement plus faibles ». 

Mais c’est sur les prix de l’électricité que le gouvernement se veut le plus rassurant, écartant le risque d’une explosion des prix similaire à celle de 2022, après l’invasion de l’Ukraine. Les prix sur les marchés de gros « demeurent à des niveaux modérés ». Il « n’existe pas de risque d’approvisionnement »  et « la pleine disponibilité du parc nucléaire français constitue un facteur de protection important par rapport à la situation connue en 2022 »  – période pendant laquelle une importante partie du parc nucléaire français était en maintenance, ce qui avait aggravé la crise.

Si le gouvernement ne peut également que constater que les marchés financiers (actions et obligations) « ont enregistré des replis », il juge qu’il n’est en revanche « pas attendu de spirale inflationniste généralisée et durable ». Si le choc sur les prix de l’énergie demeure « contenu et de courte durée », « son impact sur l’inflation devrait rester limité », commente le gouvernement avec un grand sens de la tautologie : en d’autres termes, si le choc est contenu, il sera contenu.

Contrôles inopérants sur le prix à la pompe

Ces propos se veulent rassurants, mais il n’est pas certain qu’ils rassurent. D’abord, parce que les Français constatent chaque jour en faisant le plein que le « choc »  n’est pas si contenu que cela et surtout que le gouvernement ne peut pas y faire grand-chose : les « contrôles »  annoncés par l’exécutif ont bien eu lieu (« 513 contrôles ont été réalisés les 9 et 10 mars et 13 % des établissements présentaient au moins une anomalie », a-t-il été annoncé en Conseil des ministres), mais ils ne modifient en rien les prix pratiqués, qui sont et restent libres en France. En réalité, la seule chose qu’a pu constater le gouvernement, c’est une éventuelle distorsion entre le prix au litre annoncé sur la plateforme nationale « Prix des carburants », que doivent obligatoirement renseigner les distributeurs, et les prix réellement pratiqués. Ou encore, une différence entre le prix annoncé à l’entrée de la station et le prix réel. Ces éventuelles distorsions, lorsqu’elles sont constatées, donnent lieu à de lourdes amendes, mais cela n’empêche pas que le gouvernement n’a aucun moyen d’empêcher les distributeurs de faire grimper les prix – quand bien même le carburant qu’ils vendent a été acheté bien avant l’éclatement de la guerre.

Ce matin, un bref coup d’œil aux prix pratiqués sur les stations-service autoroutières montre des prix atteignant fréquemment les 2,20 euros/litre, voire 2,30 euros, pour le gazole. 

Peu de risque de pénurie en revanche : un nombre très limité de stations affichent une rupture de stock sur certains carburants. 

Reste que de plus en plus de professions – notamment les transporteurs, les agriculteurs et les pêcheurs –, confrontées à des surcoûts brutaux dus à la hausse du prix du gazole, demandent au gouvernement que des mesures de soutien soient prises d’urgence.

Déblocage des stocks stratégiques

C’est dans ce contexte que, hier, la trentaine de pays membres de l’Agence internationale de l’énergie a décidé d’une mesure rarissime : la mise à disposition sur le marché d’une partie de leurs stocks stratégiques de pétrole. Ce sont quelque 400 millions de barils qui vont ainsi être débloqués et mis progressivement sur le marché pendant trois mois. Le chiffre semble considérable, mais il ne l’est en réalité que relativement : ces 400 millions de barils ne représentent que « environ 20 jours des volumes exportés dans le détroit d’Ormuz », a détaillé hier le président Macron. 

Le risque est de plus en plus important de voir ce détroit, point de passage obligé de 20 % de la production mondiale de gaz et de pétrole, durablement bloqué – l’Iran ne cachant pas son intention non seulement de continuer à attaquer directement les navires qui le franchissent mais également de miner le détroit. Trois bateaux commerciaux ont été coulés hier par l’Iran dans le Golfe.

Conséquence : malgré l’annonce des pays de l’AIE et malgré les déclarations de Donald Trump annonçant une guerre « courte », les prix du pétrole sont repartis dès hier soir à la hausse, repassant à nouveau la barre des 100 dollars. Les espoirs du gouvernement de voir la crise ne pas être « durable »  risquent, hélas, d’être déçus. 

Suivez Maire info sur Twitter : @Maireinfo2