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Édition du mardi 5 mars 2024
Égalité femmes-hommes

Emploi : les femmes délaissent davantage leur vie professionnelle pour s'occuper de leurs enfants que les hommes

En 2021, dans 42 % des couples avec un ou plusieurs enfants de moins de 6 ans, ce sont les mères qui mettent de côté leur vie professionnelle et non les pères. C'est ce que montre une étude de la Drees publiée hier qui met en lumière la persistance d'une organisation familiale qui demeure inégalitaire.

Par Lucile Bonnin

Les femmes sont beaucoup plus fréquemment sans emploi ou à temps partiel pour des raisons liées aux enfants. C’est le constat souligné par la direction de la Recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) dans une étude publiée hier intitulée L’articulation entre vies familiale et professionnelle repose toujours fortement sur les mères.

Alors que – comme le rappelle le Conseil de l’Europe – l’égalité entre les femmes et les hommes implique, notamment, une participation égale dans tous les domaines de la vie publique et privée, on observe en France que se sont plus généralement les mères qui se rendent davantage disponibles « en adaptant leur position sur le marché de l’emploi » , d’autant plus pour s’occuper d’un jeune enfant (moins de six ans). 

Concrètement, « les mères ayant déjà été en emploi sont beaucoup plus nombreuses que les pères à être sans emploi ou à temps partiel pour une raison en lien avec les enfants (31 % contre 5 %) » , peut-on lire dans l’étude de la Drees. Globalement, « sur une échelle allant de l’inactivité à l’emploi à temps complet, lorsqu’un des deux parents est plus éloigné de l’emploi que l’autre, il s’agit en effet de la mère dans l’immense majorité des cas ».

« Très peu de changement du côté des pères » 

L’étude souligne d’abord qu’en 2021, dans 42 % des couples avec enfant(s) de moins de 6 ans, ce sont les mères qui se rendent davantage disponibles au détriment de leur carrière professionnelle. La Drees souligne que la situation inverse, où le père serait celui qui délaisse davantage sa vie professionnelle « est beaucoup plus rare »  car c’est le cas dans 8 % des couples. 

« Au total, parmi les couples avec jeunes enfants, les mères sont deux fois plus souvent sans emploi que les pères (28 % contre 13 %) » , pointent les auteurs de l’étude. De plus, celles qui n’occupent pas d’emploi « s’investissent davantage dans la sphère familiale que les pères sans emploi »  et, de surcroît, « dans les couples où l’un des parents est en emploi à temps complet et l’autre est sans emploi, les enfants de moins de 6 ans passent beaucoup plus de temps en semaine seuls avec le parent sans emploi lorsque c’est la mère (25 heures par semaine) plutôt que le père (9 heures) ». Cette dernière statistique laisse entendre que lorsque les pères sont sans emploi ce n’est que très rarement pour s’occuper du jeune enfant. En effet, « beaucoup plus de mères que de pères déclarent être sans emploi pour des raisons liées aux enfants : 16 %, contre 4 % ».

Ce que montrent les chiffres en suspens c’est une réalité sociale parfois difficile à percevoir directement : « La tendance vers un rapprochement des situations d’emploi au sein des couples s’est surtout jouée via un plus fort investissement des mères dans la sphère professionnelle, avec très peu de changement du côté des pères ». 

La Drees rappelle qu’une « plus forte participation des pères dans la sphère familiale est un levier important pour atteindre l’objectif d’égalité entre les femmes et les hommes ». 

Des situations contraintes 

L’étude ne relève pas uniquement des inégalités de genres persistantes. Elle souligne également les inégalités sociales qui peuvent contraindre les mères à se retirer du monde professionnel. En effet, « la part de couples où la mère est plus éloignée de l’emploi que le père diminue avec l’élévation de la catégorie sociale : les couples avec une mère sans emploi et un père à temps complet sont trois fois plus nombreux quand la mère est employée ou ouvrière (27 %) que lorsqu’elle est cadre ou de profession intellectuelle supérieure (9 %). Les mères employées ou ouvrières sont plus éloignées de l’emploi que celles qui sont cadres ou de professions intellectuelles supérieures : elles sont moins souvent à temps complet (44 % contre 74 %) et lorsqu’elles ne le sont pas, elles sont plus souvent sans emploi (62 %), tandis que les mères cadres ou de professions intellectuelles supérieures sont plus souvent à temps partiel (58 %) » 

Pourquoi ces différences ? Faibles rémunérations, conditions d’emploi plus contraignantes : selon la Drees, certaines femmes n’ont d’autres choix que de quitter leur emploi pour garder leur jeune enfant. « De fait, les mères employées ou ouvrières sont plus souvent sans emploi en partie pour une raison « contrainte »  en lien avec les enfants : c’est le cas de 11 % d’entre elles, contre 3 % des mères cadres ou de professions intellectuelles supérieures ». 

Autre facteur à prendre en compte : la difficulté que peuvent rencontrer de nombreux couples à trouver une solution d’accueil pour leur enfant. « Dans 18 % des couples avec un enfant de moins de 3 ans, les parents gardent eux-mêmes leur enfant le plus jeune alors que leur premier choix était une solution d’accueil extérieure (crèche ou assistance maternelle) » . Or le problème la garde des enfants est « un frein majeur »  au retour vers l'emploi d'un certain nombre de femmes. Ce sont donc encore une fois les mères qui assurent cette garde, faute d’autres moyens. Ainsi, les femmes « passent en moyenne 22 heures seules avec leur enfant de 8 h à 19 h du lundi au vendredi, contre moins de 5 heures pour les pères ». 

Consulter l'étude de la Drees. 

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