Édition du jeudi 12 mars 2020


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Dans les noms de listes aux municipales, le choix d'un lexique spécifique

 

« Faire respirer Orléans », « Villeurbanne au cœur », « Ensemble pour Cergy »: aux élections municipales, les noms des listes relèvent d’un savant cocktail de valeurs, d’idées, et de clichés, où le vocabulaire de l’écologie prime souvent sur les considérations partisanes.
Pour Amélie Salmon, consultante en communication politique auprès d’élus et de candidats avec l’agence Plebiscit, le nom d’une liste doit être « différenciant des autres candidats », et « positif ».
D’une analyse effectuée par l’AFP sur le nom des listes de candidats dans les 134 villes de plus de 50 000 habitants, il ressort que le champ lexical lié à l’écologie est de loin le plus utilisé. 
Parmi les plus de 1 200 listes analysées, 132 possèdent ainsi directement dans leur nom un mot lié à l’écologie.
« Ça correspond à une attente très forte qui a été confirmée par les élections européennes de l’année dernière », analyse Amélie Salmon, en référence au score de 13,5% obtenu par EELV en 2019.
« L’écologie aujourd’hui, c’est la première raison de s’intéresser au politique, au sens très noble », évalue la sémiologue Mariette Darrigrand de l’Observatoire des mots.
La notion d’écologie conserve une identité prononcée surtout à gauche, puisque sur 132 listes, une seule possède le marqueur « divers droite » contre plus de 40 « divers gauche » ou « union de la gauche », le reste étant des listes de partis écologistes. 
Pour Amélie Salmon, les idées écologistes commencent tout de même à imprégner les débats au-delà du clivage droite-gauche et du nom des listes: « Quand vous lisez les programmes, très clairement (l’écologie) se retrouve partout, il y a un vrai effort. » 
« À l’intérieur même de l’écologie, se dessinent de façon embryonnaire des distinctions de couleur politique (...) qui vont probablement s’accentuer à l’avenir », abonde le sémiologue Denis Bertrand de l’université de Limoges.

« Le cliché absolu »
Après le champ lexical de l’écologie, c’est le terme consensuel « ensemble » que l’on retrouve le plus fréquemment avec près d’une centaine de listes.
« C’est vraiment le cliché absolu de la politique », considère la sémiologue Mariette Darrigrand. Un terme « tentant » selon elle à n’importe quelle élection, mais dommageable pour le candidat qui l’utilise et qui « prend ainsi la langue de bois du politique lointain », au détriment de la proximité.
« ‘’Ensemble’’ renvoie à une désignation du sujet comme collectif non-hiérarchisé, où chacun est à égalité. C’est une conception de la totalité où chaque unité qui la compose est respectée », considère en revanche le sémiologue Denis Bertrand. Selon lui, le terme donne « une sorte d’image conviviale du collectif et non pas une image de bloc compact comme le terme ‘’nation’’ ».
Grands absents des listes, les mots « gauche » et « droite » ne semblent pas ou plus avoir la cote pour les candidats. 
« Les échecs extrêmement durs lors des dernières élections de la droite et de la gauche de pouvoir (...) ont probablement fini par disqualifier la valeur des mots droite et gauche », estime Denis Bertrand. « Se revendiquer de droite ou de gauche, c’est un peu porter le drapeau de la défaite », précise-t-il.
Pour Lutte ouvrière, une distinction dans le nom des listes, ville par ville, n’est pas nécessaire. Comme en 2014, le parti a choisi de porter sur chaque liste le slogan « Lutte Ouvrière - Faire entendre le camp des travailleurs ». (Robin Legrand, AFP)
 

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