Maire-info
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Édition du vendredi 27 mars 2026
Elections municipales

Municipales : le « privilège de l'âge » en cas d'égalité des voix en question

Les règles du Code électoral, qui bénéficient aux plus âgés en cas d'égalité des voix, passent mal à Val-de-Scie, ville de Seine-Maritime de 2 600 habitants, où cet improbable scénario s'est produit dimanche au deuxième tour des municipales. Sept communes au total ont connu une égalité parfaite. Une pétition a été lancée pour réécrire la loi.

Par Benjamin Massot (AFP)

Lors du dépouillement, voix après voix, après recomptage, la liste du maire sortant Christian Suronne a récolté autant de bulletins (642) que celle de la liste citoyenne menée par Adèle Bourgis. Pour une victoire finalement accordée au maire sortant au privilège de l'âge, la moyenne d'âge des candidats de sa liste étant plus élevée.

« Au fur et à mesure des résultats, on a vu approcher l'égalité et on la redoutait parce que c'était évident qu'on était plus jeunes. C'était un peu la consternation », confie à l'AFP Adèle Bourgis, 37 ans, professeure de chant.

Même nombre de voix... mais 21 sièges de moins

Un sentiment de dépit encore accentué par la répartition des postes au conseil municipal à l'issue d'un calcul complexe. Sur les 27 sièges, la liste de Mme Bourgis, en obtient six.

« C'est fou, on représente quasiment 50 % de la population, puisqu'il y avait une troisième liste qui a fait un tout petit résultat et on va être représentés à 22 % au conseil ! », s'indigne Adèle Bourgis. « Alors qu'on a une démocratie un petit peu en difficulté, le message donné est catastrophique », cingle-t-elle.

Pour l’attribution du dernier siège – le 27e au conseil municipal – préférence a là aussi été donnée à l'âge, écartant ainsi Émilie Masseron, 43 ans, colistière d’Adèle Bourgis. « On est allé de déception en déception. Cette loi date du XIXe siècle, on est quand même au XXIe siècle ! Il faudrait que les choses changent alors qu'on demande aux jeunes de s'investir dans la politique », estime Émilie Masseron, qui travaille dans la communication.

Ce scénario rocambolesque a fait réagir de nombreux internautes, une pétition, demandant la réécriture de l'article L262 du Code électoral, a déjà été lancée sur le site de l'Assemblée nationale. Intitulée « Cas d'égalité aux élections : la valeur n'attend point le nombre des années ! », la pétition propose d'organiser une « gouvernance partagée », un troisième tour, « une alternance organisée »  ou encore un tirage au sort.

Sept communes dans ce cas de figure

Sept communes au total ont connu une égalité parfaite au second tour des élections municipales.

Mais comment expliquer une telle prime à l'âge ? « C'est lié à l'histoire institutionnelle républicaine qui veut que l'âge soit associé à la sagesse et à la stabilité », explique le politologue Romain Pasquier. « Et, en cas d'égalité, il faut bien trouver une solution. Historiquement, la prime était au plus âgé dans des sociétés où il y avait beaucoup de jeunes. Mais effectivement, on peut se poser la question de la prime au plus ancien dans des sociétés qui déjà vieillissent : c'est vrai que c'est sans doute peut-être à revisiter mais ce sera difficile à faire évoluer », relève Romain Pasquier, directeur de la recherche à Sciences Po Rennes.

Pour manifester leur mécontentement, lors du conseil municipal d'installation, la liste perdante appelle tous ses soutiens à se rendre vendredi à 18 h 30 devant la mairie normande en brandissant une carte d'électeur.

Christian Suronne, 79 ans, qui siège au conseil municipal depuis 1977 et qui devrait entamer vendredi son cinquième mandat comme maire, dit « comprendre la frustration »  de la liste perdante, se disant même « étonné »  par la règle d'attribution des sièges. Mais « je n'en aurais pas fait tout un pataquès. Moi aussi, il y a des lois qui ne me plaisent pas. Mais je ne dis rien et je respecte la loi ». 

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