Propreté des espaces publics : où les fumeurs jettent-ils leurs mégots ?
Par Lucile Bonnin
La propreté des espaces publics est sans aucun doute un enjeu important pour les prochaines élections municipales. Ainsi, s’intéresser à ce « déchet minuscule » qu’est le mégot de cigarette « permet de comparer villes, quartiers et configurations d’espace public, de dégager une géographie de leur présence ».
C’est ce que propose la nouvelle enquête de l’Institut Terram qui s’appuie notamment sur le cas de trois communes : une métropole, Grenoble ; une ville moyenne, Ambérieu ; une commune touristique et balnéaire, Banyuls-sur-Mer.
Des communes plus touchées, des lieux stratégiques
« Où les fumeurs jettent-ils leurs mégots ? » C’est la question à laquelle tente de répondre l’auteur de cette enquête, Jean-Laurent Cassely.
Premier enseignement, de bons sens : « Les communes les plus denses concentrent jusqu’à trois fois plus de mégots que les petites et moyennes villes, et cette quantité baisse selon un gradient qui va de l’hyperdense au rural. » Il faut aussi retenir que « la saisonnalité » a un impact sur ce type de comportement. « La quantité de mégots par mètre linéaire augmente avec les beaux jours, en particulier dans les grandes villes et sur les lieux publics les plus intensément fréquentés (terrasses des cafés, grandes places, marchés de plein air, parcs…). Elle se réduit en revanche en période de vacances estivales lors des grands départs dans les villes qui n’accueillent pas de vacanciers. » Par ailleurs, les communes touristiques qui sont résidentielles et peu denses à l’année et qui « deviennent hyperdenses en haute saison » sont ponctuellement soumises « à la même pression que celle des grandes villes ».
Mais il est surtout intéressant pour les maires de comprendre dans quels lieux de la commune on retrouve le plus régulièrement des mégots au sol. Cinq zones ont été identifiées par l’Institut Terram : les lieux de transit et de passage (gares SNCF, gares routières…), les lieux de commerce et de consommation (commerces de centre-ville, marchés…), les lieux d’attente et les seuils d’établissements (immeubles de bureaux, écoles…), les lieux de regroupement, de détente et de loisirs (terrasses des bars, cafés et restaurants, abords des boîtes de nuit…) et enfin les lieux de tourisme et de loisirs en lisière des espaces naturels.
A cette occasion, il est utile de rappeler que le décret du 28 juin sur les espaces sans tabac interdit l'usage de la cigarette dans les parcs, les lieux de baignades, aux abords des écoles et des établissements sportifs (lire Maire info du 30 juin).
Des bonnes pratiques à retenir et à valoriser
« De nombreuses collectivités mettent en œuvre également des arrêtés municipaux pour sanctionner l’abandon de déchets et particulièrement le jet de mégots sur l’espace public » , observe l’auteur de l’enquête. Il faut rappeler, au passage, que le Code pénal interdit le jet d'un mégot au sol au même titre que tout autre déchet, ce qui est passible d'une amende de 135 euros. Mais dans la plupart des cas, cette démarche engagée notamment par certaines communes est « l’aboutissement d’une démarche globale qui commence par la sensibilisation et la mise à disposition de dispositifs permettant de bien jeter son mégot (équipement des corbeilles avec un éteignoir, cendriers de rue ou cendriers de poche) ».
La municipalité de Banyuls a par exemple proposé aux établissements de la principale rue commerçante de signer une charte dite « zéro mégot à terre ». « Les commerçants volontaires s’engagent à disposer des cendriers sur toutes les tables (les clients peuvent même en demander un par QR code) et à nettoyer les terrasses après le service. »
Dans les communes plus rurales, les municipalités organisent des journées citoyennes pour nettoyer la ville. « À Ambérieu, une journée "Nettoie ta ville" a lieu au début du mois d’octobre. Lors de l’édition 2024, les 200 volontaires ont collecté 15 000 mégots, 1 800 litres de déchets recyclables ou encore 700 litres d’ordures ménagères et d’encombrants. » Il faut cependant souligner que ces moments de mobilisation citoyenne « agrègent une population souvent déjà convaincue et impliquée » en la matière et ont avant tout « une efficacité et une portée symboliques ».
Un enjeu politique pour les municipales
Alors comment aller plus loin ? L’enquête montre que les stratégies les plus efficaces reposent sur une « combinaison équilibrée entre équipements adaptés, présence humaine, médiation, mobilisation citoyenne et sanction proportionnée » . Comme l’explique l’auteur, « l’amélioration durable de la propreté ne peut être obtenue sans une vision politique claire, capable d’articuler aménagement urbain, services publics, participation des habitants et responsabilité individuelle. »
« Les services de propreté des communes sont très efficaces, souvent très investis, observe Cyrille Bader, spécialiste des questions d’environnement, de déchets et de propreté publique. Mais l’ordre de grandeur est d’environ 1 agent pour 1 000 habitants, et les maires ne peuvent pas leur donner des moyens illimités, même en période préélectorale. Ils ont besoin de relais qui vont dans le même sens. » Ainsi, la médiation « demeure l’outil le plus puissant pour faire évoluer les comportements ». « Les élus savent qu’il faut aller faire du porte-à-porte et serrer des mains pour remporter une élection et qu’une campagne d’affichage ne suffit pas. Il en va de même pour les déchets » , ajoute le spécialiste.
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