Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux

Édition du vendredi 16 décembre 2022
Crise nergtique

Délestages : pour l'instant, ça tient !

Malgré la baisse brutale des températures, le premier pic de consommation électrique de l'hiver a été passé sans encombre, et l'indicateur ÉcoWatt n'indique pas de tension pour les jours à venir. Explications.

Par Franck Lemarc

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© RTE

- 10 ° C à Charleville-Mézières, dans les Ardennes, ce matin, et des températures annoncées encore à la baisse pour le week-end à venir : dimanche prochain, les températures attendues sont inférieures de plus de 6 ° C aux températures normales de saison. Et pourtant, le site ÉcoWatt, qui indique les risques de tension sur la production d’électricité à quatre jours, affiche toujours un beau vert. Autrement dit, aucune alerte en cours, et aucun risque de coupures d’électricité dans les jours à venir. 

Baisse de la consommation

De multiples facteurs expliquent le fait que le système tient. Au premier chef, la baisse de la consommation : par rapport à une moyenne établie sur la période 2014-2019 (hors covid-19 donc), la consommation électrique des quatre dernières semaines est en baisse de 9 %, et s’accélère même pour friser les 10 % sur les sept derniers jours. 

Cette baisse est en grande partie due à l’industrie, dont la consommation électrique est en forte diminution, non seulement par rapport à 2019 mais même par rapport aux années marquées par le covid. À titre d’exemple, à la même période, l’industrie avait soutiré 4 894 GWh en 2017, 4 377 GWh en 2020 (année covid), et seulement 3 758 GWh cette année. Cela n’est pas forcément une bonne nouvelle, car c’est probablement en grande partie dû à une baisse d’activité, voire à la fermeture temporaire de certains sites. 

Une baisse importante de la consommation hors industrie est également constatée. Il est évidemment difficile de déterminer dans quelle mesure elle est due à des gestes volontaires de « sobriété », comme le demande le gouvernement… ou à une « sobriété »  contrainte, due au niveau stratosphérique des prix de l’électricité. 

Reprise partielle du nucléaire

À cette baisse de la consommation s’ajoute une situation plus favorable que prévue sur le front de la production. 

Premier facteur : le nucléaire. La situation est aujourd’hui un peu moins pire qu’il y a deux mois, quand la moitié du parc nucléaire français était à l’arrêt. EDF a réussi à remettre en service un certain nombre de tranches, ce qui permet une augmentation marquée de la production. Sans toutefois atteindre, loin de là, les niveaux enregistrés il y a un an : en novembre, les centrales nucléaires françaises ont produit 21,6 TWh d’électricité, contre 30,3 TWh un an plus tôt. 

Les graphiques en temps réel produits par RTE, qui permettent de comparer deux périodes, sont révélateurs. Si l’on compare la production, à 8 h, enregistrée aujourd’hui, vendredi 16 décembre, et qu’on la compare avec celle du vendredi 21 décembre 2018, on constate une baisse notable de la part du nucléaire (- 10 %) dans le mix énergétique : on passe de 66 à 56 % de nucléaire dans le mix. 

Le retour du charbon… et des importations

Le système tient également grâce à l’apport des centrales à charbon, programmées pour disparaître cette année (celle de Saint-Avold a même fermé en mars dernier). Face à la crise, le gouvernement a fait le choix de les relancer, et de rouvrir la centrale de Saint-Avold. Résultat, la part du charbon dans le mix énergétique a augmenté au lieu de disparaître. Le vendredi 21 décembre 2018 à 8 h, les centrales à charbon françaises ont produit 3 MW d’électricité. Elles en produisent… 1 700 MW ce matin. 

Les centrales à gaz fonctionnent normalement, malgré la fin des importations de gaz russe. Des précautions ont été prises, et les réserves de gaz remplies à 100 % cet été. La part du gaz est en forte hausse dans le mix énergétique (4 500 MW en 2018 le 21 décembre, contre plus de 9 000 aujourd’hui).

Enfin, ce qui ressort avec le plus d’acuité de ces graphiques est que ce matin, le système ne tient que grâce aux importations. À la date que nous avons choisie comme référence (21 décembre 2018), la France n’importait pas le moindre électron, et était même capable d’exporter quelque 10 333 MW d’électricité à l’étranger. Ce matin, la tendance est inversée : les exportations sont à zéro, et le pays importait 2 800 MW d’électricité pour faire face aux besoins. 

Incertitudes sur janvier

Tout cela veut-il dire qu’Enedis et le gouvernement ont inutilement crié au loup en annonçant de possibles délestages cet hiver ? Non. Si, à court terme, la situation semble sécurisée – d’autant que les températures sont prévues à la hausse la semaine prochaine –, rien ne dit que le système tiendra en janvier et février, qui sont les mois les plus froids. Les réserves de gaz faites cet été vont mécaniquement diminuer. Et la dépendance aux exportations met le système français à la merci des aléas qui peuvent toucher nos voisins européens. 

Lueur d’espoir toutefois : le rétablissement des réacteurs nucléaires devrait se poursuivre. Selon EDF, alors que 41 réacteurs sur 56 fonctionnent aujourd’hui, ce chiffre pourrait atteindre 45 en janvier – du fait, notamment, d’un travail de titans mené par les salariés d’EDF dans les centrales. Si cet objectif est atteint – et si d’autres réacteurs ne doivent pas être mis à l’arrêt pour cause de découverte de nouvelles dégradations, ce qui reste possible –, il semble donc possible que le système électrique français passe finalement l’hiver sans encombre. Cela serait évidemment une excellente nouvelle, vu les inquiétudes exprimées notamment par les élus locaux vis-à-vis du plan mis en place par le gouvernement en cas de coupures, dont beaucoup de maires craignent qu'il soit un facteur majeur de désorganisation pour les services publics. 

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