Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du vendredi 12 mars 2021
Coronavirus

Covid-19 : trois régions concentrent les inquiétudes, les variants sont désormais « la norme » dans tout le pays

« Stable » en apparence, l'épidémie est disparate, a insisté hier le ministre de la Santé, Olivier Véran, et se propage principalement dans trois régions : l'Île-de-France, les Hauts-de-France et Paca. Face à des variants « plus contagieux et plus dangereux », « la pression sur les capacités de réanimation devrait s'accentuer dans les semaines à venir ».
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© Capture d'écran BFMTV

 « Tendue et inquiétante », la situation sanitaire « s’approche de celle constatée lors du pic de la deuxième vague », a commenté, hier, le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran. Aucune nouvelle restriction n’a été annoncée (le gouvernement a, au contraire, dès ce vendredi assoupli les conditions de déplacements hors de l'espace européen), lors du point hebdomadaire du gouvernement, mais « si la situation venait à s’accélérer, nous prendrions toutes les mesures qui s’imposent pour stopper la circulation du virus et sauver des vies », notamment en Île-de-France où un confinement local pourrait être instauré. 
« Une approche régionalisée est plus que jamais pertinente », a confirmé Olivier Véran, qui n’a dévoilé aucun nouveau confinement local en plus de ceux déjà connus. Pour rappel, le confinement partiel, du vendredi 18 heures au lundi 6 heures, a été prolongé ce week-end (13 et 14 mars) le long du littoral des Alpes-Maritimes et jusqu’au week-end des 27 et 28 mars dans le Dunkerquois (communes de la Communauté urbaine de Dunkerque et de la Communauté de communes des Hauts-de-Flandre). Les habitants du Pas-de-Calais entament ce soir, quant à eux, leur deuxième week-end sous cloche.

L’hôpital tient mais pour combien de temps encore ? 

Le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, n’a pas dissimulé son inquiétude face à l’augmentation constante du nombre de patients en réanimation. Plus de 4 000 personnes occupent désormais un lit dans ces services débordés, une première depuis fin novembre 2020. Ils représentent à présent « 80 % des capacités françaises », alerte le ministre. Et cela pourrait encore s’aggraver. « La pression sur les capacités de réanimation devraient s’accentuer dans les semaines à venir ».
Ce niveau est éloigné toutefois des pics des première (7 000 au printemps) et deuxième vagues (4 900 à l'automne), mais le rythme des admissions s'est nettement accéléré depuis la mi-janvier. A titre de comparaison, 2 900 patients en réanimation étaient recensés le 27 octobre, au moment où l’exécutif a décidé d’instaurer le deuxième confinement national.

Des centaines de transferts de patients franciliens

Avec 350 cas pour 100 000 habitants en moyenne chaque semaine, et même plus de 400 dans le Val-de-Marne et en Seine-Saint-Denis, contre environ 220 au niveau national, l’Île-de-France « préoccupe tout particulièrement »  le gouvernement. 1 080 patients franciliens sont désormais en réanimation, un seuil bientôt équivalent au pic de la deuxième vague. « Si le rythme continue à être le même, nous dépasserons 1 500 à la fin du mois de mars, ce qui correspond à un seuil critique pour les hôpitaux de cette région ». Un autre chiffre parle de lui-même : « Toutes les 12 minutes, un Francilien est admis, nuit et jour en réanimation ». 
Dans ce contexte, l’État a demandé aux Agences régionales de santé un soutien du privé pour ouvrir plus de lits de réanimation et l’ARS d’Île-de-France a intimé, lundi, l’ordre aux cliniques et hôpitaux franciliens de déprogrammer 40 % de leurs activités médicales et chirurgicales. « Nous déprogrammons parce que nous cherchons à libérer des lits, s’est justifié Olivier Véran. Nous irons plus loin en termes de déprogrammations si la situation devait l’imposer ». 
Des dizaines voire des centaines de patients franciliens seront, en parallèle, évacués vers d’autres hôpitaux du territoire national d’ici la fin de cette semaine. Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal avait annoncé mercredi « un certain nombre d'évacuations sanitaires »  d'hôpitaux franciliens vers d'autres régions « dans les jours qui viennent », sans en préciser l'ampleur.

Variants majoritaires

Autre réalité dissimulée derrière l’apparente stabilité de l’épidémie en France (une moyenne de 21 000 nouvelles contaminations chaque jour au niveau national) : la progression des variants. « Plus contagieux et plus dangereux », dixit Olivier Véran, ils représentent deux tiers des contaminations en France (le variant britannique représente 67 % des cas positifs) et sont désormais majoritaires dans les 23 départements placés sous surveillance renforcée. « Ils sont donc devenus la norme en France ». 
C’est leur propagation qui expliquerait la multiplication des formes graves du covid-19 et la progression du nombre de patients en réanimation. Une étude anglaise publiée mercredi concluait en effet que le variant anglais était non seulement plus contagieux mais aussi 64 % plus mortel que le coronavirus classique. Constat plutôt rassurant du ministre : il n’y aurait « pas de sur-risque chez les jeunes ».

« Il n’y a pas lieu de suspendre la vaccination avec AstraZeneca » 

D’autres risques, des troubles de la coagulation (formation de caillots sanguins) intervenus après l’injection du vaccin AstraZeneca, ont, en revanche, inquiété le Danemark, la Norvège et l’Islande, à tel point qu’ils ont décidé de suspendre l’injection de ce vaccin à leur population. L'Italie, quant à elle, a interdit l'utilisation d'un lot du vaccin après avoir été informée de graves effets secondaires. « A ce stade, il n'y a pas lieu de suspendre la vaccination »  avec AstraZeneca, a estimé, pour sa part, Olivier Véran, en soulignant que « le bénéfice est jugé supérieur au risque ». « Sur 5 millions d'Européens (vaccinés avec AstraZeneca), 30 personnes ont présenté des troubles de la coagulation », a-t-il poursuivi, en soulignant que cela ne constituait pas de « surrisque statistique »  par rapport à des gens non-vaccinés.
En effet, le risque de troubles de la coagulation qui a motivé la décision des pays nordiques n'est statistiquement pas plus fort chez les patients vaccinés avec AstraZeneca que chez les autres, a-t-il expliqué. C'est aussi ce qu'a estimé l'Agence européenne des médicaments (EMA), qui a conseillé de poursuivre les injections. 
Pour l'instant, 4 544 897 personnes ont reçu au moins une injection d'un des trois vaccins disponibles, et 2 164 978 ont eu leurs deux doses. Et à terme, la France disposera d'un quatrième vaccin, après l'autorisation européenne accordée hier à celui de Johnson & Johnson.

Ludovic Galtier

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