Édition du lundi 27 avril 2020


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Tourisme : comment les communes littorales et de montagne se préparent à la relance

 

Restaurants, hébergements, remontées mécaniques… « En l’espace d’un week-end à peine (14-15 mars) », la vie du domaine alpin Villard-de-Lans / Corrençon-en-Vercors « s’est arrêtée net », se souvient, pour Maire info, Chantal Carlioz, vice-présidente du département de l’Isère chargée du Tourisme et maire de Villard-de-Lans. Sur le littoral, l’hôtellerie et la restauration sont les « premiers touchés » par le confinement, constate Jean-François Rapin, sénateur Les Républicains du Pas-de-Calais (ancien maire de Merlimont, entre 2001 et 2016) et président de l’Association nationale des élus du littoral (Anel). Quand la saison n’a « même pas pu démarrer » à La Grande Motte (Hérault), s’inquiète le maire Stéphan Rossignol. 
Dans cette station balnéaire - « qui ne vit que du tourisme » depuis sa construction dans les années 1960 (120 000 touristes par an, 9 000 habitants à l’année) - les pertes pour la commune pourraient avoisiner les 6 millions d’euros en 2020. Hormis 70 commerces (sur les 500 de la commune), alimentaires pour l’essentiel, et les marchés le mercredi et le dimanche, l’activité est au point mort. Au fil des jours, ce sont des millions d’euros qui s’évaporent. Source de recettes parmi les plus importantes (3,5 millions d’euros en 2019), le prélèvement communal sur le produit des jeux dans les casinos pourrait déjà être inférieur de 1,5 million d’euros cette année. 

Pertes de recettes et exonérations
Dans un courrier adressé au Premier ministre, Édouard Philippe, et à la ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, Jacqueline Gourault, que Maire info s’est procuré, Stéphan Rossignol estime qu’au 15 mai, « sans compter les répercussions à long terme », les pertes pourraient atteindre 1,3 million d’euros sur le budget principal, 250 000 euros sur le budget du port, 100 000 euros sur l’exploitation du Palais des congrès et 400 000 euros sur le budget du golf. « Nous estimons, en parallèle, que les mesures d’exonération pour les plages et les terrasses pourraient osciller entre 2 et 3 millions d’euros », écrit le maire. « On ne sait pas encore quand nos 16 lots de plages privées pourront rouvrir ou si même elles ouvriront cet été au regard de la situation sanitaire, on ne va donc pas pouvoir leur faire payer la même redevance que si leur saison avait débuté le 9 avril (la commune reçoit 900 000 euros de loyers dans une saison normale, ndlr) », explique à Maire info Stéphan Rossignol, confronté, de surcroît, aux difficultés de son office de tourisme, impacté par l'annulation de plusieurs événements et manifestations, à l'image du festival de feux d'artifice.
C’est pourquoi, le maire réclame au gouvernement, en perspective de la relance, « une exonération du fonds de péréquation sur plusieurs années (450 000 euros par an) ; une augmentation de la dotation globale de fonctionnement bonifiée des communes touristiques (2 785 000 euros cette année) ; une augmentation de la dotation nationale de péréquation cette année (176 000 euros) ». Quel que soit le « geste de l’État » à leur égard, « les communes touristiques devront pouvoir bénéficier d’une aide spécifique pour garantir leur survie budgétaire et le service public local », conclut-il.

« Une stratégie de proximité » pour cet été
La montagne aussi connaît son lot de déconvenues. « Quand tout fonctionne normalement, le chiffre d’affaires des deux dernières semaines de mars est aussi important que celui du mois de mai » pour les entreprises touristiques en Isère (au premier rang desquelles les hébergeurs et les restaurateurs), a calculé Chantal Carlioz, vice-présidente chargée du tourisme du département composé à 40 % de territoires de montagne (22 stations, 4 massifs). 
Résultat : ce sont 120 millions d’euros de perdus entre le 15 et le 31 mars et 376 millions d’euros quand on se projette sur la période 15 mars-31 mai. Pour soutenir l’économie touristique iséroise, qui pèse 2 milliards d’euros et 23 300 emplois directs (2019), le département réfléchit à un « New Deal made in Isère », auquel participeraient l’État, l’Europe et la région.
Une campagne visant à promouvoir les atouts de l’Isère au niveau national (spots télévisés) pourrait ainsi voir le jour ces prochaines semaines. À la faveur de l’appel du gouvernement à passer ses vacances d’été en France, Chantal Carlioz insiste, par ailleurs, sur la nécessité de « faire de la clientèle de passage une clientèle de séjour » en misant sur « une stratégie de proximité ». « L’Isère, où il y a tout sauf la mer, a sa carte à jouer », soutient l’élue, convaincue que les Français fuiront le « tourisme de masse » au profit du « grand air » cet été. Des professionnels de la montagne (deux syndicats et une association) plaident d'ailleurs pour « un redémarrage raisonné et au plus tôt (dès le 11 mai) des activités de montagne de pleine nature », comme la randonnée pédestre, équestre, cycliste et cyclotouriste ou la course à pied et l'escalade en site sportif et de l'escalade, l'alpinisme, la spéléologie ou le VTT « dans les départements ou les régions ne subissant pas de tension particulière sur les services d'urgences hospitalières et les unités de secours ». Des activités sur lesquelles compte typiquement Thierry Monin, maire des Allues (Savoie), pour lancer la saison estivale. « Des activités idéales pour ceux qui redouteraient d'être trop tassés sur les plages ».
En montagne comme au bord de la mer, le déconfinement du 11 mai - dont le plan détaillé sera dévoilé par le Premier ministre Édouard Philippe demain à 15 heures - n’apportera pas de réponses à toutes les interrogations des élus. Le 25 avril, le secrétaire d’État, Jean-Baptiste Lemoyne, précisait sur BFMTV, que le « rendez-vous » avec les professionnels du tourisme - que le président de la République, Emmanuel Macron, « a érigé en priorité nationale » (lire article ci-dessous) - aurait lieu « fin mai », après le Conseil interministériel du tourisme (CIT) du 14 mai. Un temps évoquée le 15 juin, la date de réouverture des bars et des restaurants pourrait être, à cette occasion-là, officialisée.

Ludovic Galtier

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