Édition du lundi 6 avril 2020


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Épidémie : quel impact sur la culture dans les communes ?

 

Annulations d’événements en série, pertes financières, incertitudes qui pèsent sur la saison à venir… L’épidémie de coronavirus impacte les milieux culturels et, comme pour les autres sujets, les interrogations commencent à monter dans les territoires. Exemple dans la commune de Soustons (8 000 habitants), dans les Landes.


« Pertes sèches » et visibilité nulle
« Tous les événements prévus jusqu’en mai ont été annulés sans possibilité de report : le festival de jazz avec une vingtaine de rendez-vous, deux concerts, deux spectacles, l’un pour les écoliers et l’autre tout public... », énumère la maire de la commune Frédérique Charpenel. À Soustons, comme partout sur le territoire, l’annulation de ces événements a d’ores et déjà entraîné des « pertes sèches ». D’abord, pour les compagnies et les artistes : pour les deux seuls mois de mars et avril, elles sont estimées à hauteur de 35 000 euros. « Les compagnies ont peur pour leur survie, avec les intermittents, elles n’ont aucune visibilité et sont vraiment inquiètes que les budgets ne soient pas là. Il va falloir collectivement les soutenir, sinon il n’y aura plus d’art vivant… », met en garde l’élue.
Des pertes, il y en aura également pour la commune, qui évalue les recettes perdues à près de 17 000 euros pour les deux mois de confinement. Sans compter la programmation de mai (évaluée à plus de 14 000 euros) qui est, elle aussi, désormais compromise. « Notre activité se fait entre les mois d’octobre et de mai. Ensuite, on laisse la place aux festivals d’opéra et de cornemuse portés par les associations » qui ne peuvent, pour l’instant, pas répéter, pour l’une, ou ignorent encore comment faire venir les intervenants étrangers, pour l’autre.

La prochaine saison en question
S’il faut bien continuer à s’organiser sans sortir du confinement, Frédérique Charpenel « n’est pas en capacité de dire si les contrats du mois de mai seront maintenus. On ne sait d’ailleurs pas comment vont réagir les assurances, mais, ce qui est sûr, c’est que l’on doit rembourser les spectateurs ». Et les annulations pourraient d’ailleurs ne pas s’arrêter aux températures clémentes du printemps : « On se pose beaucoup de questions sur les festivités de cet été. À Bayonne, par exemple, ils réfléchissent déjà sur la tenue ou non de leurs Fêtes ».
Les mêmes incertitudes planent sur la prochaine saison culturelle qui devrait déjà être bouclée, mais qui ne l’est pas. « Outre la désorganisation et la difficulté de se projeter sur l'année prochaine avec des compagnies régionales qui ne savent pas si elles vont pouvoir survivre, la question se pose aussi sur nos comportements collectifs futurs : les gens seront-ils dans une logique de soif de culture ou un repli sur eux par peur de se retrouver dans des espaces clos ? » Dans le doute, Soustons « continuera d’offrir des spectacles, et on verra bien ».

Moral atteint et lien social mis à mal
Reste que les questions financières et organisationnelles ne représentent pas les seules préoccupations entraînées par cette mise en suspens de la culture locale. « C’est tout le lien social qui accompagne ses actions qui est également mis à mal et toute la dynamique associative », reconnaît Frédérique Charpenel. Avec la mise entre parenthèses du tissu créé par la centaine d’associations, certaines personnes se retrouvent « désœuvrées » et le rôle social de la culture rejaillit. « On le sent, ça craque. Je commence à voir des visages fermés, des personnes enjouées ne le sont plus autant », observe la maire de Soustons. Le Festival de la tulipe, qui aurait dû se tenir ce week-end et qui rassemble habituellement pas moins de 10 000 personnes pour fêter l’arrivée du printemps, en est la parfaite illustration : « Normalement, en ce moment les bénévoles auraient dû être en train de le préparer, on voit que cela impacte leur moral. Les apéros Skype c’est bien, mais ça ne suffit pas, il faut du contact physique. »

Contes-Facebook et fracture numérique
Pour pallier cette absence et maintenir le lien culturel, la médiathèque s’est tout de même tournée vers le numérique. Un certain nombre de ressources ont été mises en ligne : des conférences, des concerts, des BD, des tutoriels, des contes filmés et réalisés par les agents avec des marionnettes sont postés sur Facebook… L’Ehpad local a pu également profiter de l’entrée de la culture numérique dans ses locaux avec des documentaires, de l’opéra ou encore la livraison d’un « synthétiseur pour une mamie qui en voulait un ».
La multiplication de ces initiatives numériques est, toutefois, confrontée aux inégalités sociales exacerbées par la fracture numérique : certains n’ont pas d’ordinateurs, le réseau internet en milieu rural est limité… « Il n’empêche, il faut amener la culture dans ces foyers. Ici, les collectivités ont beaucoup travaillé pour que tous les collégiens aient un ordinateur, les écoliers une tablette. On essaie de pallier aux manques avec le matériel que l’on a en stock et que l’on prête… », explique Frédérique Charpenel, qui souhaite que « les nouvelles perspectives inexplorées jusqu’à présent et qui ont été ouvertes par la crise ne soient pas refermées quand celle-ci sera terminée ».

Une plateforme qui centralise l’offre sur tout le territoire
Pendant ce temps, dans le cadre du projet « Culture chez nous » - lancé par le ministère de la Culture au début du confinement et qui visait à référencer tous les sites des opérateurs nationaux afin que les Français accèdent à une offre culturelle en ligne depuis chez eux - , le ministère planche sur une plateforme élargie qui « recenserait et éditorialiserait les contenus des opérateurs nationaux, mais aussi des centaines de structures labellisées ou conventionnées et sont pour la plupart sous la tutelle de collectivités locales, ainsi que les contenus en ligne des services en régie voire directement des collectivités locales ».
L’objectif est de « s’adresser directement aux habitants, sur tous les territoires, métropolitains et ultramarins, afin que, pendant cette période de confinement, ils puissent découvrir à la fois les offres des grands opérateurs nationaux mais aussi des opérateurs situés près de chez eux, qu’ils pourront avoir envie de visiter après la fin du confinement ».
Cette plateforme élargie - qui a vocation à être pérennisée et devenir un outil permanent - pourrait ouvrir progressivement durant la semaine du 20 avril et s’adressent à tous les services et opérateurs des collectivités. Pour proposer d’y référencer leurs sites, ceux-ci peuvent en faire la demande ici  et remplir le formulaire d’ici mercredi 8 avril.

Aurélien Wälti

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