Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du vendredi 20 février 2026
Catastrophes

Inondations : le gouvernement prodigue les premiers secours sans prescrire, pour l'instant, de traitement de fond

Trois départements sont maintenus en vigilance rouge. Mais les prévisions météorologiques devraient être plus positives en cette fin de semaine et le Premier ministre annonce vouloir préparer « l'après ». Des déclarations qui, si elles étaient attendues, ne répondent pas entièrement aux problématiques soulevées par les catastrophes de ces derniers jours.

Par Lucile Bonnin

La Loire-Atlantique, la Charente-Maritime et le Maine-et-Loire sont toujours en vigilance rouge pour crues selon le dernier bulletin de 6 heures de Météo France. Les départements de la Gironde et du Lot-et-Garonne sont eux repassés en vigilance orange. 

Hier la tempête Pedro a circulé dans tout le pays, balayant fortement le Roussillon et entraînant « de fortes vagues sur la côte atlantique et de forts cumuls de neige sur les Alpes engendrant un fort risque d'avalanches ». Météo France appelait à la plus grande vigilance étant donné que ces fortes rafales sont intervenues « sur des sols très humides »  et faisait « suite au passage récent de deux tempêtes » . Car la situation est exceptionnelle : il y a eu trente-sept jours de pluie consécutifs. Selon Météo France, « il s’agit de la plus longue période de précipitations depuis le début des mesures en 1959 ». 

Le ministre délégué chargé de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a indiqué hier que cet épisode d’intempéries et de crues « d’une ampleur exceptionnelle »  est « loin d’être terminé ». Mais la situation évolue. En effet la tempête Pedro est partie en direction de l’Italie et le temps va devenir plus sec à partir d’aujourd’hui. Lucie Chadourne-Facon, directrice du service central Vigicrues, interrogée par Le Monde, prévient : « L’arrêt des pluies ne signifie absolument pas l’arrêt des crues ». 

De nombreuses communes comme Bordeaux, Angers, Saintes ou de plus petits villages carrément encerclés par les eaux (Couthures-sur-Garonne, Cheffes) se sont encore réveillés avec des quartiers noyés par les crues. 

Mais après une inertie surprenante (lire Maire info d’hier) – et avec l’accalmie qui se profile dès aujourd’hui – le gouvernement annonce « des mesures pour accélérer les indemnisations par les assurances, soutenir les populations et préparer les opérations de décrue. » 

Les dossiers des communes étudiés mardi, la promesse d’une rapidité

C’est dans un communiqué de presse diffusé hier par Matignon qu’il a été annoncé que la réunion d’une première commission interministérielle catastrophes naturelles (Catnat) se tiendra mardi prochain, « avec deux semaines d’avance, afin d’étudier les premiers dossiers des communes situées le long des fleuves et des rivières concernées (Charente, Dordogne, Garonne, Gironde, Loire, Maine, etc.) ». Déjà, des procédures de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle ont été lancées hier. 

Le gouvernement veut aller vite et « accélérer la prise en charge de tous les sinistres par les compagnies d’assurance ». Ainsi « les procédures de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle des autres communes feront l'objet d'une réunion complémentaire de la commission, à l'appui d'analyses plus complètes, le mardi 3 mars ». Selon le communiqué, « d’autres réunions de commission Catnat seront planifiées très rapidement pour traiter tous les autres dossiers afin de faciliter la reconnaissance d’état de catastrophe naturelle, pour permettre aux sinistrés d’être indemnisés par leurs assureurs dans les meilleurs délais. » 

Ce matin, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut a détaillé les « étapes »  que le gouvernement va suivre : « Il y a l'immédiat, l'urgence. L'urgence, ça va être de nettoyer, de pomper. Nous sommes en train de mettre en place les équipes, aussi bien avec Enedis qu'avec les services de secours. »  La ministre tiendra d’ailleurs ce jour une réunion avec Mathieu Lefèvre et « l'ensemble des écosystèmes pour le nettoyage »  pour organiser la décrue. « Dans le même temps, nous préparons aussi les indemnisations financières, a-t-elle ajouté, et c'est pour ça que cette déclaration de catastrophe naturelle, qui sera mise en place à partir de mardi, est importante. »  Roland-Lescure, ministre des Finances, va réunir ce vendredi les assureurs. Cette réunion doit permettre de mobiliser les assureurs et de faire en sorte « que cela ne dure pas trop longtemps pour les assurés », a expliqué Monique Barbut. 

Le Premier ministre a aussi demandé « aux forces de sécurité civile et militaire de se tenir prêtes à poursuivre l’accompagnement des populations et des communes touchées, en premier lieu pour gérer les conséquences de la tempête Pedro et les décrues à venir ». Certaines populations sinistrées devront en effet faire preuve de patience car, selon la ministre, « l’eau va baisser, mais très lentement. La décrue sera longue, d’autant que les prévisions annoncent encore d’importantes pluies en milieu de semaine ». 

Changement de discours et absence d’un fonds d’urgence

Si le calendrier est posé, les réponses apportées par le gouvernement restent minimales. 

Certes la « dotation de solidarité en faveur de l’équipement des collectivités locales (70 millions d’euros en 2026) peut être activée par les collectivités concernées une fois les dégâts constatés »  et des « dispositifs de soutien de l’Etat, notamment calamité agricole et indemnités de perte de récolte pourront être activés », mais cela suffira-t-il à reconstruire toutes les zones ravagées par les inondations ?  De nombreux élus locaux plaident pour la mise en place d’un fonds d’urgence pour pouvoir faire face à l’ampleur des dégâts que laissera cet épisode météorologique dévastateur. Pour l’heure, cela ne semble pas être une option pour le gouvernement. 

La question des digues, qui a été à l’origine d’une vive polémique cette semaine a été une nouvelle fois abordée par la ministre Monique Barbut. Pour rappel, elle avait expliqué que si les maires n’avaient pas les moyens d’entretenir les digues, c’est parce qu’ils n’utilisaient pas « au maximum »  la taxe Gemapi. Ce matin sur France télévision, la ministre a mis de l’eau dans son vin : « L'entretien [des digues] aujourd'hui est à la charge, c'est vrai, des communes. Mais ce n'est pas un problème de digues qui ont été mal entretenues, il y en a eu plusieurs qui ont été carrément submergées. » 

Le ministre estime que les investissements de l’État « n'ont pas été calibrés pour le type d'intempéries que nous avons vues cette fois-ci. Et bien évidemment, il va y avoir un travail de fond qui va devoir être fait entre l'État et les collectivités, et l'État prendra sa part. Je veux dire, il n'est pas question de dire à des collectivités que ce sera à leur seule charge de devoir financer le travail qui va devoir être fait sur la prévention des inondations. » 

En résumé, le gouvernement veut agir vite et semble vouloir désormais prendre sa part de responsabilité dans la gestion encore fragile de ces risques climatiques qui vont être, avec le réchauffement climatique, de plus en plus fréquents. Mais si ces annonces donnent aux communes et citoyens plus de visibilité à court terme, le gouvernement ne s’avance pas sur les moyens à déployer à long terme pour mieux gérer ces phénomènes climatiques. En première ligne, si beaucoup de maires ont aujourd’hui cette culture du risque, pour construire des territoires plus résilients l’AMF estime qu’il est primordial « de repenser réellement le dispositif de la gestion des inondations, dans une logique de solidarité nationale où l’Etat doit prendre toutes ses responsabilités. » 

Matignon a annoncé qu’un retour d’expérience sera organisé sous l’égide de Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature, et Françoise Gatel, ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation pour « tirer les conséquences de ces crues exceptionnelles ». 

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