Sécheresse : une situation déjà jugée « très préoccupante » par le gouvernement
Par Franck Lemarc
La situation hydrologique de l’Hexagone se « dégrade rapidement » du fait d’un épisode de sécheresse « particulièrement précoce et intense » , qui fait craindre un été plus sec encore qu’en 2022, année où, fin août, 78 départements étaient en situation de « crise », soit le niveau le plus élevé d’alerte. Cette sécheresse de 2022, pour mémoire, avait généré un coût que le ministère de la Transition écologique avait estimé à quelque 5 milliards d’euros.
Sécheresse « généralisée »
Le problème est aujourd’hui que la situation se rapproche déjà de celle de 2022, alors que l’on est à peine à la mi-juillet. Malgré les pluies très abondantes tombées entre mi-janvier et début février, qui avaient très largement rechargé les nappes phréatiques et les lacs de barrage (74 % pour les barrages EDF et 70 % pour ceux gérés par VNF), la survenue de trois canicules en deux mois et la quasi-absence de précipitation en juin et juillet amènent une dégradation très rapide de la situation, et le gouvernement ne peut que constater « un dérèglement du cycle de l’eau : les épisodes de pluies intenses ne suffisent plus à prévenir les périodes de sécheresse durable ».
La sécheresse des sols est désormais « généralisée sur l’ensemble du territoire » , indique dans un communiqué daté du 13 juillet la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut. Le Massif central, « véritable château d’eau de la France », est particulièrement touché.
La situation des cours d’eau est « la plus préoccupante », car « les débits diminuent rapidement sur l’ensemble du territoire » . Un tiers des stations de mesures enregistrent des niveaux « inférieurs aux minima observés sur les 20 dernières années » , et un quart des petits cours d’eau sont « à sec ». Il s’agit, poursuit la ministre, d’une situation « inédite depuis le début du suivi national, en 2012 ».
Conséquence de cette situation : la mobilisation des réserves dans les barrages-réservoirs a débuté bien plus tôt qu’à l’accoutumée pour tenter de soutenir le débit des cours d’eau.
La situation est un peu moins préoccupante du côté des nappes phréatiques, grâce à la recharge exceptionnelle de cet hiver, mais leur niveau baisse rapidement, notamment en Auvergne, dans le Limousin et le Grand est.
Restrictions
Cette situation entraîne déjà des conséquences : tensions sur l’eau potable dans certaines communes, ralentissement de l’activité industrielle dans d’autres, surmortalité de la faune aquatique et « fortes pertes dans les élevages piscicoles » - du fait du réchauffement de la température de l’eau.
Le gouvernement a donc activé, là encore de façon très précoce, le dispositif national de gestion de la sécheresse. Dès le début du mois de juillet, la ministre a signé une instruction à ce sujet, demandant aux préfets de « mettre en œuvre avec réactivité des mesures de restriction » à chaque fois que nécessaire, dans un délai maximum de trois jours ouvrés « à partir du franchissement des seuils de gravité » fixés dans leur département. Il a également été demandé aux préfets de réunir les « comités ressource en eau » avant le 10 juillet, afin de faire le point sur la situation.
Quant aux préfets coordonnateurs de bassin, il leur est demandé dans cette instruction de porter une attention particulière « aux impacts de la sécheresse », qu’ils devront pendant tout l’été faire remonter au ministère chaque mardi, et de surveiller de très près la question de l’alimentation en eau potable (difficultés d’alimentation, mise en œuvre de mesures d’urgences comme l’approvisionnement par citerne, etc.).
Conflits d’usage
Lors d’un point presse organisé hier matin, la ministre Monique Barbut a indiqué que ce sont désormais 99 départements – soit la totalité du territoire métropolitain – qui sont touchés par des restrictions d’eau, dont 43 sont au niveau « crise », ce qui signifie que l’eau est réservée aux usages prioritaires.
Dans ce contexte grave, où les conflits d’usage risquent de se multiplier, il conviendra d’être particulièrement attentif à l’examen en commission mixte paritaire du projet de loi d'urgence – qui se tient aujourd’hui – pour la protection et la souveraineté agricoles. Ce texte en effet, comme Maire info le relatait le 8 juillet, a été largement modifié par le Sénat sur la politique de l’eau, dans un sens très défavorable aux collectivités locales. Le ministère de la Transition écologique lui-même se dit préoccupé de ces modifications qui auraient pour conséquence « d’aboutir à un bouleversement profond de la politique de l’eau en France ».
Plusieurs acteurs, dont l’AMF, craignent que les nouvelles dispositions incluses dans ce texte aboutissement à un déséquilibre de la politique de l’eau au profit de l’agriculture, au détriment de l’eau potable et de l’assainissement. A l’initiative des Chambres d’agriculture, le texte prévoit également de retirer la présidence des comités de bassin aux élus, pour la confier au préfet coordonnateur.
Alors que la sécheresse risque d’être dévastatrice cette été, ce projet de loi modifié, qui risque de relancer une nouvelle « guerre de l’eau », tombe particulièrement mal.
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