Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux

Édition du jeudi 25 juin 2026
Canicule

Le gouvernement interpellé sur le manque de moyens dont disposent les maires face aux canicules

La question des moyens dont disposent les maires pour adapter leur commune aux chaleurs extrêmes a été au centre des questions au gouvernement, hier, au Sénat, sans trouver de réponse convaincante. Pendant ce temps, des inquiétudes se font jour sur les conséquences sanitaires de cet épisode.

Par Franck Lemarc

Chaque jour tombe un nouveau record : hier a été la journée la plus chaude jamais enregistrée en France, le précédent record datant de… la veille. Le seuil symbolique d’une température moyenne de 30 °C à l’échelle du pays sur une journée a été franchi hier. Plusieurs communes ont battu leur record historique de chaleur, comme Nantes (42,2 °C), Tours (41,4 °C) et Paris (40,3 °C). 

Aujourd’hui, avec 72 départements désormais placés en vigilance rouge (soit 50 millions d’habitants touchés), l'épisode devrait atteindre son pic. Il est prévu par Météo-France que les températures commencent à refluer, du moins dans certains départements, à partir de ce soir. 

TER à l’arrêt en Nouvelle-Aquitaine

Cet épisode, par son intensité comme par sa durée, désorganise de façon tangible la vie économique et sociale. Ce sont les transports qui sont les plus touchés. Au-delà des perturbations qui touchent un peu partout le réseau ferroviaire, les métros et les trams, la région Nouvelle-Aquitaine a pris hier une décision particulièrement lourde de conséquences : aucun TER ne circulera dans la région entre 10 h et 18 h jusqu’à demain vendredi, au moins. Une décision, explique la SNCF, qui vise à « préserver au mieux les installations ferroviaires, le matériel, et garantir la continuité de service dans des conditions de confort adéquates ». 

1 800 établissements scolaires restent également fermés et 8 000 sont « perturbés », selon le ministère de l’Éducation nationale, tandis que des tensions importantes commencent à se faire jour sur le réseau électrique dans plusieurs départements (Gironde, Loire-Atlantique, Val-d’Oise, Finistère…), du fait de la surchauffe de certaines installations ou des réseaux enterrés sous le bitume. 

La sécheresse qui vient

La canicule aura un effet secondaire qui va se faire ressentir sans doute durant tout l’été : les réserves d’eau sont en chute libre. Chaleur extrême et absence de pluie (il n’est tombé que 27 mm de pluie en moyenne en France, en juin, contre une moyenne normale de 68 mm) sont en effet en train d’effacer les bénéfices des mois de janvier et février très pluvieux qui avaient rechargé les nappes phréatiques, les lacs et les cours d’eau. 

Déjà, la Garonne va devoir être renflouée par des lâchers d’eau de barrage, ce qui n’est encore jamais arrivé si tôt dans la saison. En Loire-Atlantique, dans la Creuse ou le Massif central, certains cours d’eau ont déjà les débits les plus faibles constatés depuis des décennies à cette date. Quant aux nappes qui font l’objet de captages, elles sont confrontées à une demande en eau beaucoup plus importante qu’à l’accoutumée, tant pour les besoins domestiques qu’agricoles. 78 départements ont d’ailleurs déjà pris des arrêtés de restriction ou d’économie d’eau. 

Une autre inquiétude tient au réchauffement très important de la température des cours d’eau, qui met à mal les écosystèmes. Hier, la température de la Loire a été mesurée à 31 °C en Loire-Atlantique. 

Premières tensions sur le système de santé

Un communiqué de Santé publique France, diffusé hier, fait état « d’augmentations très importantes de recours aux soins pour hyperthermies/coups de chaleur sont observées pour toutes les classes d’âge et en particulier chez les 15-44 ans ». La fréquentation des services d’urgence est en forte hausse, sans toutefois qu’il y ait, pour l’instant, de risque de saturation. Le 22 juin, SPF indique avoir recensé « 650 passages aux urgences »  pour des troubles liés à la canicule, ce qui dépasse le pic de 2019 mais reste gérable. 

Il est quoi qu’il en soit bien trop tôt pour faire le bilan humain de cet épisode : depuis 2003, on sait que les conséquences sanitaires d’une canicule ne peuvent se mesurer avant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. En 2025, où la canicule avait été bien moins intense et bien moins étendue que cette année, elle avait provoqué, selon Santé publique France, la mort de quelque 5 700 personnes. 

Le Fonds vert pourrait financer la climatisation à l’avenir

Cette situation a évidemment été au cœur de la séance de questions au gouvernement, hier, au Sénat, où la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a été soumise à un feu roulant de questions des sénateurs. Au cœur de ces questions : la diminution des aides de l’État aux collectivités pour adapter les communes au changement climatique, et les normes qui « paralysent »  l’action des maires. 

Un sénateur a par exemple évoqué l’impossibilité d’installer des stores ou des volets dans certains quartiers historiques du fait du veto des Architectes des bâtiments de France (ABF). Un autre, le fait que le Fonds vert ne peut pas servir à financer l’installation de climatiseurs dans les écoles. Plusieurs sénateurs ont fustigé, souvent avec colère, la baisse « de 66 % »  du Fonds vert. « Allez-vous enfin entendre que les collectivités ont besoin de moyens ? », a martelé Cécile Brulin (PCF), tandis que son collègue François Bonhomme (LR) lançait à la ministre : « Sortez de l'incantation et passez à l'action ! Les communes veulent des réponses opérationnelles et claires ! ».

Monique Barbut a tenté de défendre la politique du gouvernement, estimant qu’il est « injuste »  de dire que « rien n’est fait ». Sur le Fonds vert, elle a indiqué que celui-ci « n’a jamais eu pour objet de financer la totalité des projets locaux »  – ce qui est une évidence, mais ne justifie pas pour autant qu’il soit diminué dans des proportions pareilles. 

Sur les questions précises posées par les sénateurs, la ministre s’est montrée « ouverte ». « Peut-être faudrait-il en effet revoir la façon dont les ABF travaillent », a-t-elle reconnu. « Si vous me dites que le Fonds vert ne finance pas la climatisation dans les écoles », ce qu’elle semblait donc ignorer, « je suis prête à changer la règle », a répondu Monique Barbut à une sénatrice. Plus tôt dans la journée, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, s’était également dite favorable à ce que le Fonds vert « puisse aussi, là où c’est nécessaire, financer la climatisation ».

Mais Monique Barbut a insisté, hier, sur le fait que ces opérations « ne doivent pas être financées seulement par de l’argent public ». Elle a rappelé que les collectivités peuvent « proposer à un établissement financier de jouer le rôle de tiers payant et d'avancer l'argent aux collectivités en se remboursant sur les économies d'énergie. Ce système est vertueux : les écoles pourront s'équiper sans que cela ne coûte rien à l'État ni aux collectivités territoriales. » 

Cette déclaration, si l’on en croit le compte rendu de la séance du Sénat, a provoqué « des marques de perplexité »  chez les sénateurs. 

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