Maire-info
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Édition du vendredi 26 juin 2026
Canicule

Face à des hôpitaux saturés et à une canicule hors normes, le gouvernement active le plan Orsan au niveau 3

Face à une vague de chaleur qui ne faiblit pas et des services hospitaliers saturés, le gouvernement a franchi jeudi un cap inédit en activant le niveau 3 du plan Orsan. C'est la première fois que ce niveau d'alerte est déclenché au niveau national.

Par Lucile Bonnin

Hier matin, la ministre de la Santé Stéphanie Rist et le Premier ministre Sébastien Lecornu ont annoncé l’activation « du plan Orsan niveau 3 ». Comme l’explique Stéphanie Rist sur son compte X, le lancement de ce plan « acte le passage de l’anticipation à la gestion de crise, pour renforcer les effectifs, coordonner tous les acteurs de santé et adapter l'activité hospitalière dès que nécessaire. » 

Le niveau 2 du dispositif d’Organisation de la réponse du système de santé en situations sanitaires exceptionnelles (Orsan) avait été activé le 23 juin dernier pour mieux faire face à la canicule. Hier, et c’est une première au niveau national, le gouvernement a enclenché le niveau 3 du plan Orsan, « le niveau le plus élevé de mobilisation sanitaire », précise le Premier ministre sur son compte X.

Des services hospitaliers saturés à Paris 

Cette décision a été prise par le gouvernement dans un contexte de très fortes tensions dans les hôpitaux, notamment à Paris et alors que « la canicule ne faiblit pas » , selon le Premier ministre. 

Les hôpitaux « sont saturés » , a affirmé hier soir le préfet de police de Paris, Patrice Faure. « Le nombre d’hospitalisations ne cesse d’augmenter » , a-t-il ajouté. Ce dernier a, dans la foulée, annoncé l’interdiction de consommer de l’alcool sur la voie publique ce vendredi à partir de 12 heures et l'interdiction de vente d'alcool à partir de 18 heures. Ce matin, il a aussi été annoncé l'annulation du festival Solidays et de la marche des Fiertés.

Selon les informations transmises au journal Le Monde, à Paris 25 arrêts cardiaques ont été recensés « en vingt-quatre heures »  mercredi, contre « moins de 10 habituellement ». Ce matin, le chef des urgences de l'hôpital parisien Georges-Pompidou, Philippe Juvin, qualifie la situation d'« extrêmement grave ». « Les couloirs sont pleins » , a t-il confié à l'AFP de patients « plutôt âgés »  ou ayant entre 50 et 60 ans, présentant « des hyperthermies très fortes ». Il y a aussi des personnes « SDF qui arrivent avec 42 degrés de température ».

« Le nombre d’appels au 18 a également augmenté de plus de 50 % », a précisé le préfet de police de Paris. Selon Le Parisien, la brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) déploie 197 ambulances sur le terrain chaque jour, un effectif deux fois plus important qu’en temps normal.

La canicule persistante met en effet à rude épreuve les services d'urgences hospitaliers. Les passages aux urgences liés à la chaleur ont été multipliés par quatre au niveau national selon les autorités sanitaires. Dès le 22 juin, Santé publique France enregistrait plus de 650 passages aux urgences en une seule journée. 

Et ces hospitalisations ne concernent pas que les personnes âgées ou les plus fragiles. Selon le témoignage de nombreux soignants, les plus jeunes sont concernés aussi. Le cabinet de la ministre de la Santé a indiqué à l’AFP que les hospitalisations « ne concernent pas que des personnes âgées déshydratées »  mais aussi « des jeunes qui font des arrêts cardiaques ».

Il n’est pas possible d’établir encore clairement le nombre de décès causés par l’extrême chaleur de ces derniers jours. Il y a bel et bien un risque de voir s’établir un bilan humain aussi dramatique qu’en août 2003, où la canicule avait fait quelque 15 000 morts (lire Maire info du 22 juin).

Plan Orsan de niveau 3 : une première 

C’est la première fois que le niveau 3 du volet Orsan EPI-CLIM est activé au niveau national. Pendant le Covid, des volets comme l'Orsan REB avaient certes été activés, mais sans qu'un déclenchement national au niveau maximal (niveau 3) ne soit prononcé.

Ce dispositif comprend plusieurs volets spécifiques. Celui activé hier est le volet Orsan EPI-CLIM qui couvre les tensions sur le système de santé liées à des phénomènes saisonniers, climatiques ou environnementaux. C’est en quelque sorte un outil de gestion des crises sanitaires « diffuses »  liées au climat ou aux épidémies saisonnières.

Pour mémoire, le plan Orsan se décline en quatre niveaux. Le niveau 1 est une phase de veille, le niveau 2 renforce la coordination entre acteurs, le niveau 3 correspond à une réponse face à une tension maximale, et le niveau 4 est une phase post-crise vers un retour à la normale.

Le niveau 3 du plan Orsan « nécessite l'activation d'une cellule régionale d'appui et de pilotage sanitaire (Craps) »  qui « constitue l'organe de décision et de conduite de crise en cas de situation sanitaire exceptionnelle ». Il « impose la mobilisation des personnels des différentes directions de l'ARS, selon les besoins identifiés ». Ce niveau ainsi la « montée en puissance de l'offre de soins critiques » , qui repose sur « l'ouverture de lits supplémentaires en hospitalisation conventionnelle et en soins critiques (réanimation éphémères) nécessitant la mobilisation des ressources humaines issues des dispositifs de mobilisation des professionnels préalablement identifiés et formés »  ainsi que « la solidarité entre établissements de santé coordonnée par l'ARS : mutualisation des équipes soignantes et des équipements biomédicaux ». Des « déprogrammations d'activités non urgentes »  peuvent être également prévues. 

Selon le média Harmonie Santé, la ministre Stéphanie Rist a demandé aux professionnels de santé libéraux de maintenir leurs cabinets ouverts et d’assurer des visites à domicile. En plus de l’implication de la médecine de ville, la ministre entend mobiliser des étudiants en médecine en renfort. Un arrêté va être pris en ce sens.

« Concrètement, cette décision permettra : de renforcer les effectifs hospitaliers, notamment grâce à la mobilisation de la réserve sanitaire ; de renforcer la coordination entre les hôpitaux, la médecine de ville, les cliniques et le secteur médico-social ; d’adapter les activités hospitalières afin de garantir la prise en charge des conséquences de la canicule, avec des déprogrammations ciblées d’interventions non urgentes lorsque cela est nécessaire », a indiqué le Premier ministre sur X

100 millions d’euros pour les hôpitaux 

Six hôpitaux sur dix n'ont toujours pas de climatisation. Pour y remédier dans l'urgence, 100 millions d'euros vont être débloqués afin d'installer des dispositifs de rafraîchissement temporaires. C’est ce qu’a annoncé la ministre de la Santé mercredi soir sur France 2. « Les chefs d'établissements publics et privés de santé sont invités à procéder sans délai à la location ou à l'achat du matériel d'appoint (climatiseurs, ventilateurs) dont ils auraient besoin afin d'éviter la fermeture de services » , a précisé le Premier ministre dans sa lettre aux maires (lire article ci-contre).

« Dans dix ans, 100 % des hôpitaux seront rénovés pour être adaptés au climat », a finalement déclaré Stéphanie Rist dans le journal de 20 heures. Le chantier est colossal – 58,5 % des constructions des établissements de santé étaient considérées vétustes en 2023, selon la Drees, le service statistique du ministère de la Santé – et particulièrement coûteux. Selon France Assos Santé, les hôpitaux dépensent aujourd’hui en effet 5 à 10 % de leur budget en achat d'énergie.

Est-ce que ce défi colossal pourra être relevé sur dix ans ? Il faut espérer, mais des moyens financiers plus importants devront certainement être engagés. Pour le moment, la chaleur pèse lourd dans les hôpitaux et met en danger la santé de certains patients.

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