Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux

Édition du vendredi 26 juin 2026
Climat

Avant la canicule, quatre Français sur dix étaient déjà « très inquiets » des conséquences du dérèglement climatique

Bien que la protection de l'environnement reste l'une des préoccupations majeures des Français, peu de leurs efforts sont vraiment motivés par des raisons écologiques, constate l'Insee. En parallèle, des chercheurs viennent de confirmer que la canicule qui frappe le pays aurait été « impossible » il y a encore 50 ans et que le changement climatique est bien le responsable.

Par A.W.

Alors que la quasi-totalité de l’Hexagone est toujours écrasée par une canicule dont l’intensité est inédite, quatre personnes sur dix vivant en métropole se déclaraient, l’an dernier, déjà « très inquiètes »  des effets du dérèglement climatique. C’est ce que dévoile une étude l’Insee publiée hier, dans laquelle l’Institut constate que cette inquiétude était davantage marquée dans les zones urbaines denses (43 %), chez les plus diplômés (46 %) et chez les femmes (41 %).

Pourtant, à peine un Français sur dix (9 %) citait l’environnement comme premier enjeu pour le pays en 2025, bien que ce thème fasse partie de leurs préoccupations majeures « depuis plusieurs années ». 

Une préoccupation liée au « contexte conjoncturel » 

Si la préoccupation autour de cette thématique augmentait aussi avec le diplôme, le revenu et la satisfaction dans la vie, elle arrivait encore très loin derrière la santé (citée comme enjeu le plus important par 24 % des personnes), la violence et l’insécurité (24 %), ainsi que les inégalités et le pouvoir d’achat (19 %). Autant de sujets qui seront regardés de près par les candidats à l’élection présidentielle.

Mais ça, c’était avant les canicules de mai et celle, exceptionnelle, qui frappe actuellement le pays puisque les différentes données sur lesquelles se fonde l’étude ont été récoltées en juin, septembre et décembre 2025. On peut donc raisonnablement penser que la position de l’environnement dans la hiérarchie des priorités nationales des Français, qui est particulièrement sensible au « contexte conjoncturel », a dû faire un bond en avant dans le classement en juin 2026. 

D’autant que le réchauffement climatique entraîne des conséquences importantes sur la santé et les inégalités, deux enjeux dans le top 3 des priorités des Français. La crainte face à la crise climatique est d’ailleurs parfois si forte qu’elle peut même avoir un impact non négligeable sur la santé mentale. L'Insee estime ainsi à 10 % la part de la population qui présenterait des symptômes psychologiques liés à l’éco-anxiété.

Comme le rappellent d’ailleurs les auteurs de l’étude, « l’environnement et les questions écologiques ont atteint un point haut dans les préoccupations des Français en 2019, avec notamment la publication du rapport du GIEC sur les conséquences du réchauffement climatique, la plus grande place occupée par ces questions dans le débat public, ainsi que la médiatisation d’actions telles que les marches pour le climat ».

Des efforts… si la dynamique est collective

Les Français sont-ils, dès lors, prêts à fournir des efforts pour protéger l’environnement et agir pour le climat ? En grande majorité, la réponse est positive puisque seuls 2,6 % des personnes interrogées disent clairement qu’elles « refusent de faire des efforts »  et 18 % considèrent en « faire déjà assez ». 

Et si près de neuf personnes sur dix estiment « faire autant »  (49 %) ou « plus d’efforts »  (39 %) que les autres, « la motivation à agir dépend en partie du comportement perçu chez les autres », observe l’Insee. Ainsi, 34 % des personnes souhaiteraient avoir la preuve que leurs efforts améliorent la situation globale, 26 % seraient davantage motivées si « l’ensemble de la population faisait des efforts »  et 14 % si « les plus riches montraient l’exemple ». La dynamique collective apparaît donc importante.

Quelques nuances intéressantes sont, en outre, rappelées par les auteurs de l’étude, en lien notamment avec les niveaux de vie. Ainsi, si les personnes les plus aisées ont plus souvent le sentiment d’en faire davantage que les autres et bien que leur capacité à adopter certaines pratiques environnementales soit plus grande, il s’avère que « leur empreinte carbone n’est pas nécessairement plus faible ». À l’inverse, s’il est reconnu que les ménages les moins favorisés ont une capacité à agir en faveur de l’environnement plus réduite, dans les faits, leurs pratiques se révèlent « moins émettrices ».

Pour des raisons budgétaires, plus qu’environnementales

Reste que, dans les pratiques quotidiennes, les efforts ne sont pas majoritairement motivés par des raisons écologiques mais plutôt budgétaires, reconnaissent les personnes interrogées sur trois comportements à fort impact carbone : le chauffage, la consommation de viande rouge et les déplacements de plus de 100 kilomètres. Au cœur des débats ces derniers jours, l’usage de la climatisation n’a pas été étudié.

Résultat : si 82 % des personnes déclarent limiter la température de chauffage de leur pièce principale (salon, séjour) en hiver, seules 12 % d’entre elles le font avant tout pour protéger l’environnement, quand 65 % s’y astreignent pour réaliser en premier lieu des économies.

S’agissant de la limitation de la consommation de viande rouge (70 % des Français), les principales motivations sont là aussi souvent d’ordre économique pour un tiers des personnes, mais aussi sanitaire pour un autre tiers des personnes. En revanche, seuls 10 % des Français le font pour protéger l’environnement.

Contrairement aux deux autres sujets, l’usage de la voiture pour les trajets de plus de 100 kilomètres reste largement privilégié (75 %) par rapport aux transports collectifs terrestres (16 %). En outre, les utilisateurs de ces derniers mettent surtout en avant « leur aspect pratique et leur moindre coût ». 

Canicule de juin 2026 : le changement climatique coupable 

On peut, par ailleurs, signaler qu’une étude publiée aujourd’hui par un groupe de scientifiques révèle que le changement climatique est bien responsable de l'intensité de la canicule frappant actuellement l'Europe de l'Ouest. Et ce, « sans équivoque ».

Les températures très élevées durant la journée, mais aussi la nuit, auraient été « pratiquement impossibles »  à cette période de l'année en 1976 – année également marquée par une canicule exceptionnelle –, estime ainsi le World Weather Attribution (WWA), un réseau international de scientifiques qui mène des études sur les liens entre le dérèglement climatique dû aux activités humaines et les événements climatiques extrêmes. Une canicule similaire ayant lieu alors aurait été moins chaude de 3,5 °C pendant la journée, et 2,4 °C pendant la nuit, selon leur calcul.

« Cet épisode n'aurait pas été possible en juin sans changement climatique », a ainsi affirmé l’un des auteurs lors d'une présentation à la presse, expliquant que si le phénomène climatique en jeu « n'est pas particulièrement inhabituel », les températures, elles, « le sont ». 

Selon l'étude, près de 45 % des 854 villes analysées dans 30 pays européens ont déjà battu, ou sont sur le point de battre, leur record historique de stress thermique au moment où l'Europe de l'Ouest subit depuis plus d'une semaine des températures extrêmes. En France, ce sont 61 départements qui restaient en vigilance rouge ce vendredi, alors que la canicule commence à refluer après le pic de l'épisode atteint jeudi.

Consulter l'étude.

Suivez Maire info sur Twitter : @Maireinfo2