L'aide aux réfugiés représente désormais 75 % de l'aide publique au développement
Par Franck Lemarc
L’aide publique au développement des collectivités a atteint un niveau record en 2024, en frisant les 200 millions d’euros (+ 8,9 % entre 2023 et 2024). Mais ce chiffre cache une autre réalité : si l’on exclut l’aide aux réfugiés, qui représente 75 % de l’APD, les autres aides (eau et assainissement, agriculture, aide à la reconstruction, etc.) sont en baisse, pour la première fois : elles passent de 63 à 50 millions d’euros, soit une diminution de 20 %.
75 % pour l’aide aux réfugiés
C’est donc une lente modification de la structure même de l’APD qui s’opère. Il faut rappeler que c’est depuis 2017 seulement que l’OCDE a autorisé le fait de faire entrer les dépenses d’aides aux réfugiés présents sur le territoire au titre de l’APD. En France, ce poste a donc pris de plus en plus d’importance au sein de celle-ci, en particulier après 2022 et l’arrivée importante de déplacés ukrainiens dans le pays. Il représente désormais les trois quarts de l’APD (presque 150 millions d’euros sur un total de 200).
Conséquence de cette évolution, soulignée dans le rapport annuel sur l’APD des collectivités : les autres postes de l’aide au développement diminuent désormais, assez fortement, et ne totalisent plus qu’une cinquantaine de millions d’euros – le chiffre le plus faible depuis 2020.
L’Afrique, toujours destination prioritaire de l’APD
Plus de la moitié (53 %) de ces 50 millions d’euros de l’APD hors réfugiés va au continent africain, quand le Proche et Moyen-Orient en recueille 11 % et l’Asie 9 %. De façon contre-intuitive, la France capte 10 % de ces aides : cela s’explique par le fait qu’une partie des collectivités versent leur aide à des organisations humanitaires françaises, qui sont chargées ensuite de la redistribuer aux pays bénéficiaires.
Les pays qui ont perçu le plus d’APD en 2024 sont le Sénégal (5,1 millions d’euros) et Madagascar (3,8 millions). Suivent le Bénin, l’Arménie, la Palestine et le Liban.
Les aides liées à l’eau et l’assainissement restent, de loin, le secteur le plus plébiscité par les collectivités, avec 10,6 millions d’euros consacrés à ce poste, devant les aides à l’agriculture (4,6 millions d’euros).
Qui donne ?
En valeur absolue, ce sont les conseils régionaux qui portent la plus grande part de l’APD (hors aide aux réfugiés) des collectivités : ils ont consacré 18,4 millions d’euros à l’APD en 2024. Les EPCI ont donné 10,4 millions d’euros, presque autant que les villes de plus de 100 000 habitants (9,9 millions). Il faut toutefois noter que sur ce dernier chiffre, la Ville de Paris représente à elle seule les trois quarts du total (7,3 millions d’euros). La deuxième grande ville la plus généreuse, Marseille, est loin derrière avec 640 000 euros consacrés à l’APD.
Les conseils départementaux ont financé l’APD à hauteur de 9,5 millions. Et enfin, les villes de moins de 100 000 habitants ont contribué pour 2 millions d’euros. Certaines très petites villes, comme Fleury-sur-Orne -5 600 habitants) ou Fraize (Vosges, 2 800 habitants) parviennent à mobiliser des sommes non négligeables (plusieurs milliers d’euros) pour l’APD.
En tout, ce sont 84 pays qui ont bénéficié, en 2024, de l’APD des collectivités françaises. Rappelons que les collectivités et leurs groupements doivent obligatoirement déclarer leur contribution à l’APD à la Commission nationale de la coopération décentralisée. Toutes les données sont publiées en accès libre sur le site data.aide-developpement.gouv.fr.
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