Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du mardi 6 janvier 2026
Aménagement du territoire

Services postaux : des augmentations tarifaires qui menacent la presse dans les territoires ruraux

La Poste a annoncé une nouvelle hausse des tarifs postaux au 1er janvier 2026 d'en moyenne 7,4 % pour l'acheminement des courriers et des colis. C'est surtout la hausse de l'ordre de 7 % des tarifs presse qui inquiète. Elle risque de mettre en péril des titres de presse régionale, particulièrement ceux ancrés dans les territoires ruraux.

Par Lucile Bonnin

Le volume de courrier en France a drastiquement chuté. En 2023, 6 milliards de lettres ont été envoyées alors qu’en 2018 on en comptait 18 milliards, soit le triple. La Poste prévoit même que moins de 3 milliards de courriers seront envoyés d’ici 2030.

C’est dans ce contexte que La Poste augmente chaque année un peu plus ses tarifs. Ainsi, en 2026, le timbre d'usage courant Marianne de couleur verte, par exemple, passe de 1,39 euro à 1,52 euro. Les tarifs pour les lettres recommandées augmentent également de 6,5 %. Surtout, de nouveaux tarifs vont être appliqués à la distribution de la presse. Ces derniers vont subir une augmentation de 7 %, ce qui est largement dénoncé ces derniers jours. 

En effet, selon l’Arcep, qui a publié un avis concernant cette évolution des tarifs postaux, « en 2024 le compte de l’activité de service public de transport postal de presse présente un déficit brut à hauteur de 636 millions d’euros, ce qui, compte tenu de la compensation de 42,8 millions d’euros versée par l’État, conduit à un déficit net de 594 millions d’euros ». Ce déficit net est en augmentation de 27,5 % par rapport à 2023.

Le manque à gagner est certes préoccupant pour la Poste, mais le groupe s’était engagé à appliquer une augmentation raisonnable. Comme le rappelle la sénatrice Corinne Féret, à l’occasion d’une question écrite au Sénat, « le protocole État/Presse/Poste, qui court jusqu'au 31 décembre 2026, prévoit une augmentation des tarifs postaux de 2 % maximum par an. »  La Poste aurait donc décidé, « de manière unilatérale », porter celle-ci à 7 % dès le 1er janvier 2026. 

Équilibre économique, démocratique et territorial en danger 

Cette décision n’est pas sans conséquence. Au mois de décembre, sénateurs et députés ont interpellé le gouvernement sur la question à travers des question écrites. Car cette augmentation risque de « mettre en péril l'équilibre économique de médias déjà fragilisés, notamment la presse agricole, rurale et cynégétique », comme le souligne le sénateur de la Vienne Bruno Belin. Aujourd’hui, deux millions de journaux sont livrés quotidiennement et fournissent 80 % des revenus du secteur de la presse papier, selon le sénateur du Nord Alexandre Basquin. Didier le Gac, député du Finistère, donne un exemple concret : « Les frais postaux de l'hebdomadaire Paysan breton représentent actuellement 920 000 euros par an. Avec cette nouvelle hausse, ces frais augmenteraient de 64 000 euros pour atteindre 984 400 euros par an. » 

Cette hausse des tarifs s’ajoute à une dégradation du service de distribution de la presse. Comme en témoigne le député de la Charente-Maritime Christophe Plassard, « de nombreux éditeurs de presse agricole et rurale font état, depuis plusieurs mois voire plusieurs années dans certains départements, d'une forte dégradation de la qualité de distribution, avec des retards pouvant atteindre plusieurs jours et rendant l'information livrée caduque pour les abonnés comme pour les annonceurs. Cette situation fragilise directement ces journaux locaux, qui doivent assumer des pertes d'abonnés mécontents, des coûts de traitement des réclamations en hausse et des indemnisations envers les annonceurs dont les campagnes deviennent obsolètes du fait des retards de distribution ».

Cette augmentation des tarifs constitue donc une véritable menace pour la presse mais aussi une menace territoriale et démocratique. « Au-delà même des conséquences économiques, cette situation interroge le respect du pluralisme, la cohésion territoriale et l'accès équitable à l'information », interpelle le député du Finistère dans une question écrite. Le député de la Charente-Maritime abonde dans ce sens en expliquant que ces journaux, « souvent édités par de petites structures », « assurent un maillage fin du territoire » « et constituent parfois le principal, voire l'unique, vecteur d'information professionnelle et citoyenne dans certains bassins ruraux. Leur fragilisation pourrait conduire à des disparitions de journaux, avec pour conséquence une réduction significative de l'offre de presse et une aggravation des inégalités d'accès à l'information entre les citoyens urbains et ruraux ». De plus, la mise en danger de la presse papier apparaît comme contreproductive dans une époque qui « connaît une propagation inédite de fausses informations, qui peuvent être fabriquées en masse par des robots et véhiculées par des réseaux sociaux parfois au service de lobbies ou de puissances étrangères », ajoute le sénateur du Nord. 

Rappelons que la Direction générale des entreprises (DGE) a lancé en fin d’année une consultation publique sur la mission de service public de transport et de distribution de la presse opérée par La Poste. Si elle est désormais terminée, il faut espérer qu’elle puisse aboutir à une réflexion concernant l’évolution des services postaux qui prendrait en compte la réalité des territoires. 

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