Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du lundi 5 janvier 2026
Sécurité

Le drame de Crans-Montana relance, en France, le débat sur la sécurité dans les établissements festifs

Le terrible drame survenu pendant la nuit de la Saint-Sylvestre à Crans-Montana, en Suisse, a des répercussions qui dépassent les frontières : en France, des communes ont déjà engagé des contrôles dans les établissements de nuit pour vérifier qu'ils respectent bien les normes de sécurité. 

Par Franck Lemarc

L’incendie qui a coûté la vie à 40 personnes – dont de nombreux mineurs – et fait 119 blessés, dont beaucoup sont très grièvement brûlés, a bouleversé bien au-delà des frontières helvétiques. D’abord parce que, dans cette commune très touristique, les victimes viennent de nombreux pays : on compte parmi les personnes décédées 9 Français, 6 Italiens, mais également des Belges, des Turcs, des Portugais ou des Roumains. Ensuite, la capacité des hôpitaux suisses et, en particulier, des services spécialisés dans le traitement des grands brûlés, étant insuffisante pour faire face à un tel afflux de blessés, la solidarité européenne a joué, et plusieurs victimes ont été héliportées dans les établissements français, allemands ou italiens.

Les dispositifs pyrotechniques en question

Mais au-delà, l’ampleur de la catastrophe oblige à se poser des questions sur les normes de sécurité dans les établissements de nuit. Le drame de Crans-Montana a ravivé, en France, le souvenir de celui survenu à Rouen, lorsque le bar Cuba Libre avait brûlé, entraînant la mort de 14 jeunes gens ; et celui de l’épouvantable carnage survenu le 1er novembre 1970, à Saint-Laurent-du-Pont, dans l’Isère, lorsque 146 personnes avaient trouvé la mort dans l’incendie de la discothèque Le 5-7. 

Il semble désormais acquis que l’incendie du Constellation, à Crans-Montana, est dû à l’utilisation d’éléments pyrotechniques (bougies scintillantes) qui auraient mis le feu au plafond de la cave du bar, revêtu d’une mousse insonorisante. Dès le lendemain du drame, plusieurs appels se sont fait entendre, notamment chez les médecins spécialistes des grands brûlés, pour que l’État interdise définitivement, en France, l’usage de tels engins pyrotechniques dans les lieux festifs fermés. L’Umih Nuit, le syndicat des professionnels des discothèques, a immédiatement demandé à ses adhérents, sans attendre une éventuelle décision réglementaire, de renoncer « immédiatement »  à l’usage de ces « fontaines scintillantes »  ou « bougies étincelantes »  et de les remplacer par des LED. 

Normes drastiques

Mais le problème majeur semble ailleurs : il tient à la multiplication des bars de nuit qui ont une activité de discothèque de façon plus ou moins occasionnelle… sans être pour autant officiellement catégorisés comme discothèque. 

Il faut savoir en effet que les bars et les discothèques appartiennent à des catégories différentes dans la nomenclature des établissements recevant du public (ERP) : les bars et restaurants appartiennent au type N, tandis que les discothèques sont dites de type P (« salles de danse et salles de jeu » ). Et les normes de sécurité sont très différentes selon les cas : elles sont bien plus drastiques pour les salles de type P que pour celles de type N. La jauge des discothèques ne peut, en théorie, être supérieure à « 4 personnes pour 3 m² » , les circulations ne doivent pas être entravées par des tables et des chaises, les matériaux qui composent les plafonds doivent obligatoirement être conformes à la norme M1, c’est-à-dire non inflammables. Des dispositifs de désenfumage doivent être prévus, ainsi qu’un éclairage de sécurité, des extincteurs voire des sprinklers, un système d’extinction automatique de la musique en cas de danger. Il est à noter que le règlement interdit strictement l’utilisation de « bougies »  dans ces établissements – mais en l’absence de précision, il est couramment admis qu’il s’agit de bougies à flamme nue et pas forcément de bougies type « feu de Bengale » . Enfin, ces établissements doivent impérativement être équipés de sorties de secours accessibles et bien indiquées.

Une application stricte de ces règles permet, en théorie, de diminuer fortement les risques. Mais, une fois encore, elles ne s’appliquent qu’aux établissements qui sont officiellement de type P. Or comme l’ont prouvé de nombreux reportages diffusés dans les médias après le drame de Crans-Montana, il existe en France d’innombrables établissements de catégorie N (bars et restaurants) qui, passés une certaine heure, « poussent les tables »  et se transforment en discothèques que l’on pourrait qualifier de clandestines, sans pour autant respecter les normes de sécurité des établissements de type P. Sans parler de ceux où la piste de danse est installée en sous-sol, sans aucun moyen d’évacuation prévu – comme c’était le cas à Rouen au Cuba libre. 

En attendant une éventuelle évolution réglementaire sur l’usage des bougies scintillantes, un certain nombre de communes – voire des préfectures – ont donc, depuis le 2 janvier, multiplié les contrôles dans les établissements festifs. C’est le cas, par exemple, de la préfecture de l’Ardèche, qui a annoncé dès le 3 janvier des contrôles renforcés dans les établissements du département durant tout le mois de janvier.

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