Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du mercredi 6 mars 2013
Politique de la ville

Bilan en demi-teinte de dix années de PNRU

Le Programme national de rénovation urbaine (PRNU) a dix ans. À cette occasion, le ministère de la Ville a demandé en septembre dernier à l’Observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus) de « réaliser le bilan évaluatif le plus complet possible de ce programme ». Ce bilan a été effectué sous la direction de Bernadette Malgorn, conseillère à la Cour des comptes et présidente du conseil d’orientation de l’Onzus, dont le rapport a été remis lundi à François Lamy, ministre délégué à la Ville.
Dans la présentation de son rapport, Bernadette Malgorn expose une situation mitigée : si le PNRU a bien été doté « de moyens puissants » et s’il a été « plébiscité » par les habitants, il n’a toutefois pas atteint ses objectifs : « les indicateurs de la situation des quartiers sensibles évoluent peu. Le chômage y est toujours à peu près le double des autres quartiers, et la pauvreté trois fois plus prégnante ». Même au niveau des objectifs chiffrés, on reste loin du compte : alors que le programme défini par Jean-Louis Borloo en 2003 prévoyait 250 000 démolitions en cinq ans, 200 000 nouveaux logements et 200 000 rénovations, le PNRU n’a toujours pas atteint ces chiffres… alors qu’il a été prolongé de dix ans supplémentaires. Selon Bernadette Malgorn, ce sont 140 000 logements qui ont été détruits, pour 150 à 165 000 recréés (« 80 à 85 000 hors logement social et 70 à 80 000 logements sociaux »).
Au chapitre des réussites, la conseillère à la Cour des comptes note que les habitants expriment « une large satisfaction », et que les élus locaux « constatent une transformation du paysage urbain ». Au 31 décembre 2012, « plus de 20 milliards d’euros de travaux avaient été réalisés » – sur 45 milliards programmés.
Alors, pourquoi cet échec relatif à améliorer la situation globale des quartiers sensibles ? En partie, explique Bernadette Malgorn, parce qu’ils restent soumis à d’importants phénomènes de « mobilité résidentielle » : les familles qui ont acquis quelques moyens s’empressent de quitter ces quartiers, et sont remplacées par de nouvelles familles « en situation plus difficile ». L’un des enjeux de la politique de la ville reste donc, pour l’auteure du rapport, la promotion de la mixité sociale - mixité que le PNRU a échoué à promouvoir, estimait récemment le comité d'évaluation et de suivi de l'Anru (voir Maire Info du 14 février).
Parmi les écueils qui guettent le PNRU – car il se prolonge encore jusqu’en 2018 – Bernadette Malgorn note bien entendu les questions de rigueur budgétaire. C’est pourtant encore « 6 milliards d’euros que l’Anru va devoir mobiliser jusqu’en 2018 ». Autre risque qu’entrevoit la conseillère : la montée en puissance, encouragée par l’État, du « niveau intercommunal ». Bernadette Malgorn rappelle que « la forte mobilisation des élus locaux a été un des facteurs de la dynamique du PNRU ». La montée en puissance de l’intercommunalité pourrait, d’après elle, « porter le risque d’un moindre investissement des maires et des élus communaux ».
Le programme de rénovation urbaine, conclut-elle, doit évidemment « s’adapter à un contexte sensiblement différent de celui qui a présidé au lancement du programme ». Mais, même s’il n’a pas résolu tous les problèmes, « le PNRU a enclenché une dynamique ». Celle-ci, conclut la conseillère, « ne doit pas être brisée ».


Télécharger la première partie du rapport.
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